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Deuxième partie
ÉVÈNEMENT
[ Sphère LGBT ]
texte
Élie Castiel
Dernier jour de l’événement, demain, le 28 novembre. Des problèmes techniques hors de notre contrôle nous ont empêché de faire paraître cette deuxième (et dernière) partie à temps. Mais bon, les impondérables sont incontournables. Il y a donc matière à couvrir des films, encore une fois « au masculin », qui confirment ce que nous pensions de l’état des lieux de la situation LGBT un peu partout.
Qu’il s’agisse dans leurs pays d’origine ou ailleurs dans le monde dit ouvert à la diversité sexuelle, où ils se sont installés, certains groupes ethniques ont encore du mal à s’adapter aux codes de la pensée libérable et des nouvelles lois régissant la communauté homosexuelle (pour éviter de redire LGBT).
État des lieux… entre prise de
conscience et revendication

Beyto
C’est le cas de la Turquie, dans Beyto, de la réalisatrice suisse Gitta Gsell. Elle signe une comédie dramatique où les rapports de force entre les valeurs ancestrales, fortement patriarcales, et où la femme contribue également à perpétuer, et le libéralisme laïc des nouvelles sociétés accueillantes se confrontent. Bien entendu, à l’intérieur de la cellule familiale, loin des yeux. Et on est prêt à tout pour que l’annonce de son d’homosexualité d’un jeune homme à ses parents subissent les plus étranges manifestations de réprobation. Ici, la Turquie, mais n’est-il pas ainsi dans d’autres territoires encore sous le joug des principes fondateurs ?

A Distant Place
Dans un petit village de la Corée du Sud, le cinéaste Park Kun-young glisse sa caméra avec une extraordinaire discrétation dans A Distant Place (Zhēme yuăn. Nāme jìn). Les remontrances de non-acceptation de l’homosexualité du personnage principal, un fermier sensible et responsable qui s’occupe aussi des brebis dans cet endroit magnifiquement filmé, sont montrées selon une approche purement asiatique, peu démonstrative des désapprobations. Force est de souligner que le thème de l’homosexualité est purement un accessoire et ne sert qu’à une étude magnifiquement raisonnée du plan, du cinéma comme moyen d’exprimer l’émotion, les atmosphères et les non-dits. Mis en contexte, le cadre devient une revendication intellectuelle, voire politique, sur la différence.

Firebird
On passe en Estonie, vers la fin des années 70, dans une base militaire soviétique. Une histoire d’amour entre un haut-gradé et un soldat. Improbable peut-être, mais scénario rédigé à partir d’une histoire vécue. Dommage que le film de Peeter Rebane, Firebird (Tulilind) ait été tourné en anglais, atrophiant toute crédibilité. De facture classique, on suit avec justesse les pérégrinations de deux solitudes en quête de liberté. L’un d’eux épouse les valeurs traditionnelles pour assurer sa carrière, l’autre poursuit ses rêves. Peinture sans doute d’une partie non-négligeable des homosexuels, un peu partout à travers le monde. Même aujourd’hui.

Down in Paris
Dans Down in Paris (Une nuit à Paris), le réalisateur Antony Hickling se donne le rôle principal. Un film nocturne, personnel, multipliant les rencontres solidaires, les baises dans des spots de nuit, les errances en solitaire et une façon de filmer la capitale française avec un sens extraordinaire du détail. Ici, l’homosexualité n’est pas revendiquée, mais déjà assumée, prise pour acquis. Le reste, c’est de se voir vieillir, de plus faire partie du « groupe », de ne plus avoir envie de rien, comme de tourner des films. Et finalement, de s’éveiller en plein jour pour revoir renaître les possibilités d’avancer.

Potato Dreams of America
Une farce, drôle, parfois méchante, et mettant en vedette un jeune homme qui se rend compte qu’il est homosexuel (sans savoir ce que cela veut dire), en Russie, dans les années 80. Et lorsque sa mère, célibataire l’emmène avec elle en Amérique, le monde du cinéma (qu’on ne verra jamais), le sens de la liberté et une nouvelle vie s’annoncent comme des principes à suivre. Sauf que le nouveau mari de la femme en question… Potato Dreams of America (Potato rêve d’Amérique), vous auriez compris que Potato est le prénom du jeune homme, est trop curieux pour convaincre, même s’il s’agit d’une histoire vraie. Comme réalisateur, Wes Hurley qui semble avoir du plaisir à tourner des coutumes autres.
Et nous concluons avec Mascarpone (Maschile singolare), des italiens Matteo Pilati et Alessandro Guida. Ils s’aiment, l’un d’eux ne l’aime plus. Celui qui aime encore va ailleurs. Histoire de nouvelles rencontres, mais surtout de remises en question, une fille parmi ces jeunes hommes, la trentaine, qui fait du mieux pour les aider… à s’assumer. Enfin, ils s’assument, mais on n’arrive plus à savoir qui aimer. Film gai d’une autre époque, mais qu’on a malin plaisir à savourer. Pour le jeu impeccable des comédiens, toujours pour la trame sonore, pour les messages qui pleuvent à tout bout de champ et pour l’Italie, qu’on adore toujours, aussi bien la langue que la bouffe et tout ce qui se rapporte aux individus.

Mascarpone