Fantasia 2025
« I »
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte de
Pascal Grenier
Pèlerinage-rétro

C’est reparti pour un tour. À compter de ce mercredi et jusqu’au 3 août prochain, les fans de cinéma de genre convergeront vers l’Université Concordia pour la 29e édition du festival Fantasia. Une édition qui, à l’image des précédentes, promet d’enivrer les cinéphiles avec un mélange de nouveautés éclatées et de trésors retrouvés. Car oui, parmi les sections devenues absolument incontournables avec les années, le volet Fantasia Rétro s’impose désormais comme un pèlerinage cinéphile : un retour aux sources, certes, mais aussi une redécouverte de classiques du genre. Et cette année encore, le menu s’annonce royal.
Commençons par ce qui est sans doute le joyau absolu de cette section : la présentation du chef-d’œuvre Bullet in the Head (Une balle dans la tête / Dip huet gai tau) de John Woo, dans une magnifique copie restaurée. Oui, on parle bien ici de son film le plus dramatique, le plus personnel, issu de sa grande période hongkongaise, celle où le cinéaste signait coup sur coup des classiques du heroic bloodshed avec une aisance désarmante. Mais avec Bullet in the Head, Woo met son cœur sur la table. Un film de guerre, mais aussi un mélodrame brutal, une tragédie sur l’amitié brisée, un cri de désespoir sur fond de Vietnam — et surtout, un hommage vibrant à The Deer Hunter (Voyage au bout de l’enfer), de l’incompris Michael Cimino, film-culte que Woo révère depuis toujours. Rarement l’action n’aura été aussi viscérale, aussi porteuse de sens : chaque balle tirée est une larme retenue. À voir, à revoir, et à pleurer.

Bullet in the Head
Autre perle présentée : A Chinese Ghost Story 3 (Histoires de fantômes chinois 3 / Sien lui yau Wan III : dou dou dou). Il faut l’admettre, c’est le moins marquant de la trilogie fantastique initiée par Ching Siu-tung et produite par Tsui Hark. Mais ne boudons pas notre plaisir. Car si cette conclusion flirte souvent avec le remake du premier opus, la magie, elle, opère encore. On retrouve cette atmosphère si particulière, entre romance surnaturelle et combats câblés à la limite de l’abstraction. Un pur produit de cette époque bénie du cinéma de Hong Kong, où l’imaginaire primait sur la logique.
Changement de ton, mais pas de folie, avec The Battle Wizard (Tian long ba bu). Pour ceux qui croient avoir tout vu en matière de kung-fu fantasy, préparez-vous : Danny Lee y arrache littéralement le bras d’un gorille. Et ce n’est même pas la scène la plus folle du film. Signé Pao Hsueh-Li (Deadly Angels / Les anges de la mort / Qiao tan nu jiao wa), ce petit délire de moins de 80 minutes de la Shaw Brothers s’apparente à un cauchemar psychédélique, un délire pulp sans queue ni tête, mais où l’énergie contagieuse des chorégraphies et l’imagination débridée emportent tout sur leur passage.
Plus sombre, plus lent, mais non moins fascinant : The House of Laughing Windows (La maison aux fenêtres qui rient / La casa delle finestre che ridono). Le cinéma d’horreur italien des années 1970 regorge de trésors occultes, et ce film-là, signé Pupi Avati, fait partie des expériences singulières. Pas un giallo classique. Pas un film d’horreur explicite. Plutôt une œuvre trouble, dérangeante, où la peinture, la mort et la folie s’entremêlent dans une ambiance suffocante. Le genre de film qui hante longtemps après le visionnement. Un film-labyrinthe qui mérite largement d’être redécouvert.

The House of Laughing Windows
Et pour conclure cette sélection rétro : The Night of the Juggler (en France, New York Connection), de Robert Butler et Sidney J. Furie. Un polar new-yorkais qui, avec le temps, est devenu presque mythique. Pourquoi? Parce que ce thriller sec et tendu, au-delà de sa prémisse simple (un ancien flic tente de retrouver la fille kidnappée d’un ami), propose une des plus belles séquences de poursuite dans le New York poisseux des années 1980. Véritable highlight du film, cette chasse à l’homme dans les rues crasseuses de la Grosse Pomme cristallise tout ce qui faisait le charme de ces thrillers urbains d’époque : sueur, asphalte brûlant et urgence palpable.
Bref, cette 29e édition de Fantasia, côté rétro, s’annonce comme un cadeau pour les vrais mordus. Ceux qui aiment le cinéma qui sent la poudre, la poussière ou le celluloïd jauni. Ceux qui savent que parfois, les films du passé ont encore beaucoup plus à dire que les nouveautés formatées du présent.
Alors, préparez-vous : l’Histoire du cinéma vous attend. Mais avec des balles, des fantômes, des peintres fous et, surtout… un bras de gorille arraché.
Que demander de plus?
