Cloud
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 18 juillet 2025
Ryosuke plaque tout pour vivre de la revente en ligne. Mais bientôt, certains clients menaçants resserrent l’étau autour de lui sans qu’il en comprenne les raisons.
Le FILM
de la semaine
CRITIQUE
Pascal Grenier
★★★ ½
La vengeance dans
le brouillard numérique

On a trop vite tendance à réduire Kiyoshi Kurosawa à son statut d’expert du cinéma d’horreur japonais, lui qui a marqué bien des cinéphiles occidentaux avec Cure (1997) et Pulse (Kairo), en 2001. Mais ce serait oublier que le prolifique cinéaste, loin de se complaire dans une case, déploie depuis plus de trente ans un cinéma d’une richesse thématique et formelle certaine, passant sans complexe du film de fantômes au mélodrame en costumes, en passant par le thriller sec et minimaliste.
Avec Cloud, son plus récent, il signe un retour aux sources tout en poursuivant son exploration d’une société japonaise rongée par des tensions plus diffuses que spectaculaires.
Sur le papier, le film évoque son excellent et sous-estimé Serpent’s Path (La voie du serpent / Hebi no michi), 1998, mais dans une version épurée, presque désincarnée : la vengeance, moteur du récit, y est traitée non pas comme une nécessité tragique, mais comme une logique froide, déshumanisée, au cœur d’une mécanique socio-économique dérangeante. Car sous ses atours de thriller d’action presque classique — mais filmé avec la rigueur et l’élégance clinique qu’on connaît au cinéaste — le film s’intéresse à un phénomène bien contemporain : la prolifération de la revente en ligne et de la contrefaçon. Kurosawa transforme ces pratiques banales en symptômes d’une société liquide, où tout se négocie, tout s’échange, tout se falsifie — jusqu’aux identités mêmes des personnages.

Pris dans son propre jeu.
Cloud reste d’une sobriété exemplaire, refusant l’esbroufe et préférant creuser ses thèmes de prédilection, ces impasses morales dans lesquelles ses personnages se débattent mollement. Le spectre de la vengeance plane, inévitable, mais vidé de toute grandeur mythologique : ici, elle n’est qu’une réponse logique à un monde sans repères.
Le titre même, fonctionne comme une métaphore limpide mais pertinente : cette société numérisée, flottante, où les frontières entre le réel et le virtuel se brouillent, où les relations humaines se diluent dans le commerce et la méfiance. Kurosawa filme cela sans cynisme ni jugement, avec cette distance froide mais non dénuée de compassion qui caractérise tout son cinéma.
Cloud reste d’une sobriété exemplaire, refusant l’esbroufe et préférant creuser ses thèmes de prédilection, ces impasses morales dans lesquelles ses personnages se débattent mollement. Le spectre de la vengeance plane, inévitable, mais vidé de toute grandeur mythologique : ici, elle n’est qu’une réponse logique à un monde sans repères.
Reste que son dernier né, sans être une œuvre marquante dans sa filmographie, confirme que le cinéaste, désormais septuagénaire, reste l’un des observateurs les plus lucides du Japon contemporain. Son thriller, à la fois banal et hanté, confirme surtout une chose : même lorsqu’il emprunte les codes du film de genre, Kiyoshi Kurosawa ne cesse jamais de parler du monde qui l’entoure.
Un cinéma de l’effacement, du doute, mais toujours essentiel.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Kiyoshi Kurosawa
Scénario : Kiyoshi Kurosawa. Direction photo : Yasuyuki Sasaki. Montage : Kôichi Takahashi. Musique : Takuma Watanabe.
Genre(s)
Drame / Thriller psychologique
Origine(s)
Japon
Année : 2024 – Durée : 2 h 04 min
Langue(s)
V.o. : japonais; s.-t.a. & s.-t.f.
Nuage
Kuraudo

Kiyoshi Kurosawa
Dist. [ Contact ] @
Echanté Films
[ filmswelike ]
Diffusion @
Cinémathèque québécoise
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
