Fantasia 2025
« IV »
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte
Luc Chaput
Tensions entre
temps et lieux
Une jeune femme rousse, membre d’une unité de défense contre un envahisseur extraterrestre, découvre qu’elle meurt et ressuscite fréquemment.
Adaptation du roman japonais éponyme All You Need Is Kill d’Hiroshi Sakurazaka devenu manga, cette œuvre contient plusieurs différences avec le film américain Edge of Tomorrow de Doug Liman qui se situe également dans cette boucle temporelle. Rita est une jeune occidentale combattant en Asie et elle a de l’allant malgré les quolibets de son entourage qui la trouve trop frêle. La mise en scène de Kenichiro Akimoto, par les changements récurrents de perspective, lui donne les moyens de comprendre le monde qui l’entoure et de s’étonner constamment de son statut extraordinaire d’apprenti mortel sisyphéen. L’introduction de Kenji, jeune homme timide, change la donne mutant Rita en mentor pour contrer l’effet de cette plante intersidérale aux multiples tentacules. L’animation est de bonne qualité et réserve de belles surprises dans un récit plein de soubresauts sur l’entraide et le sacrifice.

All You Need is to Kill
La télésérie Nyaight of the Living Cat se trouve naturellement reliée à la pléthore de vidéos de chats sur Internet et aux documentaires animaliers (Kedi de Ceyda Torun). Profitant de Takashi Miike en tant que producteur exécutif, elle en prend le contre-pied ironique l’associant aux films de zombie comme le souligne son titre, hommage évident à celui de George A. Romero. Chacun des quatre épisodes visionnés en apéritif des douze contient un court vade-mecum sur le félin domestique et son univers expliqué par le tenancier d’un café-rencontre pour chats. Un quatuor s’en occupe ou s’y retrouve parmi lesquels Kunagi au passé fragmenté qui agit à la manière d’un samouraï dans cette conurbation où un accident industriel a permis aux chats de transformer les humains qu’il attaque en acolytes. L’animation de Tomohiro Kamitani est efficace dans les scènes de petit groupe mais faiblit lorsqu’une multitude est en jeu. S’insère tout au long de ces aventures, des pointes contre les penchants de nos sociétés modernes et l’ajout ultérieur d’une adolescente allergique aux chats offre de nouvelles possibilités narratives à cette proposition imagée au possible long cours.

Taro Okamoto
Issu d’une famille d’écrivains et d’artistes, Tarō Okamoto fut un créateur primordial de l’ère Showa (règne d’Hiro-Hito). Il côtoya des collègues majeurs en Europe puis, revenant dans son pays natal, il accomplit des œuvres iconiques dans diverses formes d’art dont le générique du début d’Onibaba de Kaneto Shindo et la fameuse Tour du Soleil (Taiyō no tō) de l’exposition universelle d’Osaka. Son immense popularité donna lieu à plusieurs émissions de télé créant le personnage de Taroman. Une nouvelle mouture Taroman the Great Expo Explosion est présentée dans le cadre de ce festival. Le terme explosion fait référence à une déclaration d’Okamoto Art is explosion et le réalisateur Ryo Fujii s’y donne à cœur joie dans une ambiance bon enfant. Des forces maléfiques venant de la nouvelle exposition de 2025 dans cette même ville décident de détruire l’expo de 1970 représentante avec les J.O de Tokyo de la réussite économique et de l’optimisme de la seconde partie du XXe siècle. Des acteurs populaires sont associés à des représentations de style Tokusatsu dans laquelle un interprète est grimé ou recouvert d’un costume complet (tel Godzilla) qui, dans ce film. sont fortement inspirés de sculptures célèbres de l’artiste. Des blagues de divers niveaux, des incongruités et des niveaux de jeu très diversifiés permettent, par ce biais, à l’art moderne d’Okamoto d’atteindre un nouveau public. On se prend à espérer que Roussil, Mousseau ou Vaillancourt puissent bénéficier d’une telle approche dans une télé éducative d’ici.

Angel’s Egg
Bien loin de cet univers coloré et primesautier, Angel’s Egg de Mamoru Oshii constitue assurément l’un des sommets de cette édition de Fantasia. Sorti en 1985, ce long métrage, peu visible depuis, est peu disert, de rares minutes de dialogue dans ses soixante-onze replètes de moments étonnants. Nous sommes dans un lieu imprécis. Un immense vaisseau spatial ressemblant d’un côté à un œil à demi ouvert arrive au-dessus d’une planète contenant une ville à l’architecture d’Europe centrale. Une petite jeune femme porte sous ses nombreux atours un gros œuf qu’elle chérit. Elle a l’allure d’un chaperon rouge, déambule, court et marche dans une forêt. Elle croise un jeune homme, chevalier à la sérieuse figure, portant une arme cruciforme, qui s’intéresse à cette forme ovoïde et qui l’accompagne dans ses errances entre autres dans un musée où gisent des squelettes d’immenses animaux.
L’histoire modifiée de Noé, des poissons-ombres volants, une armée d’occupation surgissent dans ce conte enchâssé dans une palette de bleus, de gris et de noirs dans une animation précise de Yoshitaka Amano. Cette vision de la fin du monde ou d’un univers personnel amènera peut-être un grand nombre de spectateurs à se poser des questions fondamentales. Ghost in the Shell et les autres grandes œuvres de ce cinéaste majeur de l’animation trouvent déjà leurs jeunes pousses dans ce terreau d’une planète désolée.
Voilà quelques-uns des films asiatiques qui font la force de ce festival de plus en plus ouvert à des cheminements divers.
