Fantasia 2025
« V »

ÉVÈNEMENT
Cinéma ]

texte
Élie Castiel

Parcours

du

combattant

 

Effectivement, un parcours du combattant pour un festival annuel, certes essentiel, mais qui, tenant compte qu’il retient presque toute notre attention, rend nos autres tâches (car oui, nous avons d’autres choses à faire) presque caduques. Nous avons donc misé sur cinq longs métrages pour nous acquitter de notre devoir.

Flush

Flush – France 2025 / Grégory Morin

Effectivement, Morin évoque Quentin Dupieux, Gaspar Noé et Alex de la Iglesia, ces valeurs certaines d’hier et d’aujourd’hui qui ont déclenché un vague irrésistible de balises dans le cinéma de genre. Mais tout bien considéré, après cet apprentissage en forme de tsunami visuel gore, Morin a déjà quelque chose à transmettre à ses maîtres à penser. Il abandonne sa caméra pour déclencher, intentionnellement, les excès les plus provocateurs, quitte à laisser aux calendres grecques toute logique – d’ailleurs, concept tabou dans ce genre de production. Il en résulte un film savoureusement scatologique (je parle de cinéma, pas de vraie vie), vicieusement mauvais-garçon, choisissant les toilettes d’un club malfamé comme exemple parfait d’emprisonnement, ici, compte tenu de la position où se trouve un Jonathan Lambert parfaitement [dé]séquilibré qui donne la nique à n’importe quel autre acteur de sa génération. Et qui trouve le temps, malgré les embuscades, de nous offrir une finale d’une émotion insoutenable, mélangeant adroitement d’autres idées connexes et des rapports de force. Tout cela en 70 minutes féroces, mal élevés, décomplexés, volontairement gratuits, forçant le cinéma de genre à être autre chose que simplement capteur d’images. On peut bien se demander où Morin a l’intention de se diriger après ce premier long en solo foudroyant.

Fucktoys  – États-Unis 2025 / Annapurna Sriram

L’indo-américaine Sriram dérange, participe volontairement à cette vague de films de genre qui hante nos écrans à une vitesse foudroyante. C’est bel et bien son premier long métrage et a été actrice dans plus de 30 productions. Elle est superbe et aurait pu être engagée dans un Bollywood de bonne augure. Mais bon, c’est John Waters qu’elle évoque pour son côté trash émancipé, qui n’a de comptes à rendre à personne. Un peu maladroitement par contre, car trop prise par un scénario brouillon qui se fie de toutes apparences. Elle cède parfois aux codes déontologiques du cinéma de genre, prend quelques positions du côté LGBTQ, signe un premier queer, qui ne l’est pas tout à fait. Il y a une confusion qu’il faudra absolument régler dans ses futurs projets. Pour les présentateurs à Fantasia, tous les films proposés sont des petits chef-d’œuvres. La majorité du public encense et suit sans broncher. Come on, man, clean-up your act !

Reflet dans un diamant mort

Reflet dans un diamant mort (Reflection in a Dead Diamond) – France, Italie, Belgique, 2025 / Hélène Cattet, Bruno Forzani

Avouons que Cattet et Forzani sont sincères dans leur proposition. Il y a du James Bond, un Hommage bien mérité à l’acteur italien Fabio Testi, qui méritait une carrière beaucoup plus internationale, un sursaut de films d’autres époques, comme les 60 et 70. C’est un peu chaotique, change souvent de registre, se permet des invraisemblances, Bond, encore une fois, est largement évoqué, comme si revenir à lui d’un passage à l’autre, serait garant de réussite. Le dernier plan, bouleversant, où le bleu de la mer semble combattre le tragique de la finitude, confirme adroitement que le film est une dédicace amoureuse et dans le même temps nostalgique à un acteur qui a compté. Dommage que le « trop plein » embrouilles ces pistes, bien intéressantes, mais conspuées par une surenchères d’idées éparses. Reste encore une fois, un Fabio Testi, malgré ses légères interventions, totalement épris par le cinéma. On comprend ses plus de 100 rôles.

The Virgin of the Quarry Lake (Virgen de la tosquera) – Mexique, Argentine, Espagne 2025 / Laura Casabé

Ce film fera la joie des critiques d’une autre époque et de ceux, jeune génération, qui croient encore à cette autre époque. Le récit horizontal n’existe pas ou est signe de maladresse, la mise en scène intentionnellement désinvolte est preuve de savoir-faire, l’amitié féminine est source de conformité, de trépas ou d’autres rapports de force (c’est vrai, comme c’est vrai pour les garçons aussi). Bref, ce long de Casabé est propulsé par une série de très bonnes intentions où le fantastique-vaudou prend une certaine ampleur, mais le tout semble piraté par cette envie de la perfection; Les actrices y adhèrent de cet emballage presque parfait, mais pas tout à fait convaincant. C’est aussi un film politique sur une Argentine passée dans la dérive, d’une autre époque, elle, morose. La métaphore fonctionne, mais pas tout à fait. Et il y a Diego, celui de toutes les attentions. Il est impassible, sait attendre, pour finalement…

The Wailing (El llanto) – France, Argentine, Espagne 2024 / Pedro Martín Calero

À Madrid, de nos jours, et à Buenos Aires, il y a 20 ans, deux femmes sont tourmentées par une force occulte dont elles ne saisissent pas qu’elles sont les véritables intentions. Prémisse intéressante de film de genre de la part de l’Espagnol Pedro Martín-Calero, début de la quarantaine, qui, assurément, contribuera à l’essor du cinéma hispanique de genre, quitte à coproduire avec d’autres pays œuvrant dans le même genre. Il y a, dans The Wailing, même si ce n’est guère montré, cette tentative d’universaliser, encore une fois, le genre dont il est question en lui attribuant, dans ce cas-ci, une occidentalisation globalisante. Est-ce le résultat d’une œuvre à triple production ? Mais la question qui se pose, et non seulement dans ce cas, c’est bel et bien de comprendre pourquoi tous ces démons, ces êtres occultes, ces fantômes venus de l’au-delà, ces créatures infames sont la plupart du temps relégués au femme. Une refonte du genre s’impose.

The Wailing

Bilan – Un parcours, certes, affirmatif, bien que, dans quelques cas, presque prêt à sortir de la salle. Une salle, on doit le souligner, totalement conquise, dans certains cas, plus par l’atmosphère qui y règne que par les films proposés. On aurait compris, qu’en plus d’un Festival de films de genre, Fantasia est un évènement cinématographique qui se transforme en Happening contrôlé, bien sûr, et qui, principalement aura compris de quoi sont faites les nouvelles générations. Un grand atout.