Je le jure
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 1er août 2025
À quarante ans, Fabio se laisse porter par le courant. Un peu largué, il trouve du réconfort dans l’alcool. Un jour, il reçoit une convocation pour être juré d’assises.
CRITIQUE
Élie Castiel
★★★ ½
Les aveux
les plus flous
Si le récent Je le jure boucle la trilogie consacrée à la Moselle, après les formidables Party Girl (2014) – un moment de ma vie professionnelle que je préfère oublier pour causes d’affiliation médiatique arbitraire – et Petite nature (2021), un retour à une normalité ajustée et libre de tensions, force est d’admettre que le récent segment dresse un portrait plutôt désespérant de l’activité humaine.
La conclusion, dans Je le jure, un aveu en somme, qui partage le point commun de cette rivière de France géographiquement binaire avec les deux premiers segments, semble être portée sur la notion du non-dit, une sorte d’agnosie des faits, impensable dans un procès. Autant pour l’accusé qui ne sait point exprimer les faits pour lesquels on l’accuse; mais dans le même temps, un des juré, un mec comme les autres qui aurait voulu ne pas se retrouver là, mais que les circonstances exigent sa présence.
À première vue, le critique, désorienté face au manque horizontal du scénario, débordant ainsi vers une mise en scène qui paraît, je dis bien « paraît » bancale, ferait mieux d’y penser avant de lancer un jugement sur le film de façon partiale, sans en déceler les nuances, si chères dans l’esprit cartésien français.

Absence d’intérêt pour une cause perdue d’avance.
Nous sommes comme dans deux fictions à la fois. Celle de l’amour qu’un homme dans la jeune quarantaine, beau mec, attirant, ressent envers une dame plus âgée. Comme nous sommes dans un société toujours patriarcale, le contraire (une jeune femme qui s’éprend d’un homme qui aurait pu être son père) n’aurait pas suscité de controverse. Inutile de se pencher sur ce phénomène socialement créé depuis des lustres par toutes les sociétés du monde. Dérive pseudo-incestueuse relatif au père sans aucun doute ?
D’autre part, le procès d’un jeune Africain d’avoir mis le feu dans un établissement, causant mort d’homme. La défense bien sûr et de l’autre côté, la partie civile.
Ici, la mise en scène est le point central du film, dont l’étau se resserre lorsque la caméra s’infiltre dans l’intime et nous fait oublier la procédure, point central du film, faut-il le rappeler.
Un tournage en pleine crise, alors que le réalisateur, ayant apparemment été accusé de harcèlement sexuel sur un technicien, avait dû continuer son film « à distance ». Aucun champ/contrechamp entre lui et l’équipe. Une stratégie de production visant à terminer le projet.
C’est en fin de compte de cela qu’il s’agit : ces drames, ces prises de position – comme cette finale imprévisible entre Fabio (excellent Julien Ernwein) et Marie (grandiose Marie Masala, même dans sa vulnérabilité). Tout en soulignant un casting impeccable, dont le visage éteint d’un Souleymane Cissé parfaitement casté. Bien entendu, Marina Foïs, comme d’habitude, totalement intégrée.
Mise en abyme, selon les rouages du hasard, entre le sujet traité et l’acte que constitue le tournage ? Toutes ces questions retiennent notre attention et nous ne pouvons juger le film que sur ce rapport de forces opposées. La réalité sombre dans la fiction en quelque sorte.
Ce n’est guère étonnant qu’à l’instar des deux parties antérieures de la trilogie, on ait recours à un milieu prolétaire, souvent oublié, de la Moselle – même si ces derniers temps, on le privilégie de plus en plus.
Qu’en conclure de ce film volontairement asymétrique qui, en fait, ne l’est pas du tout. Dans un sens, faut-il souligner, il s’agit, pour les auteurs, de montrer la fragilité de nos quotidiens, quelles que soient les circonstances dans lesquelles on se trouve, sujette constamment à des changements parfois brusques, étourdissants, qui nous jettent un nouveau regard sur notre existence.
C’est en fin de compte de cela qu’il s’agit : ces drames, ces prises de position – comme cette finale imprévisible entre Fabio (excellent Julien Ernwein) et Marie (grandiose Marie Masala, même dans sa vulnérabilité). Tout en soulignant un casting impeccable, dont le visage éteint d’un Souleymane Cissé parfaitement casté. Bien entendu, Marina Foïs, comme d’habitude, totalement intégrée.
Un film fort, humble, du coup sorti d’une imagination révélatrice de la condition humaine. Fortement efficace.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Samuel Theis
Scénario : Samuel Theis. Direction photo : Jonathan Rickebourg. Montage : Nicolas Desmaison. Musique : Maud Geffray.
Genre(s)
Drame judiciaire
Origine(s)
France
Année : 2024 – Durée : 1 h 50 min
Langue(s)
V.o. : français
Je le jure

Samuel Theis
Distributeur
FunFilm International
Contact @
Avenue B Productions
Diffusion @
Cinéma Beaubien
Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
