Endless Land

RÉSUMÉ SUCCINCT
Après la mort accidentelle de son père, Lazarus grandit dans un village éloigné de L’Épire, une région des Balkans partagée entre la Grèce et l’Albanie. Il y fait l’expérience de la perte, de la solitude et de la migration dans un récit sur la mémoire et l’identité.

CRITIQUE
[ Découverte ]

Élie Castiel

★★★★

Le regard

de Lazarus

 

Vassilis Mazomenos demeure assurément parmi ces quelques cinéastes grecs qui persistent et signent une œuvre composée de recherches formelles éclatées en dépit de leur solennité presque sacrée, parfois même provocatrice, non pas pour défier le regard, mais tout au plus pour le transformer en une arme visuelle de transformation. Quelque chose qui pourrait éclairer notre vision du monde et des choses.

Ce qui est d’autant plus à son honneur qu’il l’exprime sans ostentation ; tout le contraire, faisant preuve d’une retenue qui confirme sa différence dans le cinéma grec, encore peu connu internationalement malgré ses nombreuses présences festivalières au cours des quelques dernières décennies. Si après la disparition de Theo Angelopoulos, cet universaliste, chaman cinématographique de son temps, Yorgos Lanthimos a su s’imposer au monde à coups d’expérimentations qui lui ont valu une reconnaissance internationale, l’important même à l’étranger pour continuer son chemin,
Mazomenos, lui, croit à ses origines et construit son opus de l’intérieur, contre vents et marées, quoi qu’il arrive. D’où son attachement à une Grèce antique, fondatrice en quelque sorte de notre modernité, aujourd’hui bafouée par tous ces conflits sociaux et politiques.

La mort de Lazarus

Il s’est épris de l’Épire, cette contrée qui respire la tragédie antique, les insignes fondamentaux de la condition humaine, la magie du lieu, et surtout la contemporanéité qui tente de s’installer dans cet endroit immuable, non pas en lui livrant une bataille, néanmoins en lui imposant ce respect dû. Comme dans le film, le Ciel et la Terre semblent autant ennemis que se vouant mutuellement respect.

Il y a, chez ce cinéaste, quelque chose de moral qui s’exerce dans chaque film. Nous avons pu le constater dans plusieurs des critiques de ses films, comme par exemples, dans le très puissant Purgatoire (Purgatory / Kathartírio).
Cette fois-ci, un film différent où la référence à la tragédie grecque fait office de fiction – dans un sens, il aurait pu filmer un documentaire tout simplement – le chœur des femmes, quelques situations, l’arbre central de toutes les incantations et les situations dramatiques ou une simple texture blanche peut servir d’offrande, tous ces rituels propres au peuple hellène qui, sous l’œil attentif de Mazomenos, semblent abandonnés par la modernité actuelle du pays, et pourtant inscrite dans une europanéité fondatrice. C’est de ce matériau qu’est fait le film. Puissant.

En fin de compte, Endless Land, un titre qui donne toute la beauté, la signification, l’allégorie même d’un retour aux sources, non pas physique, organique, mais tout du moins spirituel, pour que la mémoire, au bout du compte, ne s’efface guère.

La durée du film est aussi un état d’esprit, une arme de résistance pour éviter ces nombreux plans inutiles, s’en tenir à l’essentiel. Et pourtant, il y a tellement d’idées qui reflètent l’idiosyncrasie autant formatrice que créatrice du réalisateur, ne jurant que par elle, et dans le même temps, faisant preuve d’une profonde affection envers le médium qu’il ne cesse de défendre.

Comme une résurrection.

Qu’importe le récit dans cette histoire. Il existe dans les différents lieux, les diverses variations dramatiques, les dialogues empreints de vérité malgré, parfois, leur humour particulier.

Unité de lieu, de ton, d’époques qui se confondent. Non pas un récit linéaire, mais une suite de tableaux dialogués, sentis qui tout en assumant leur accessibilité, rende cette œuvre intense, totalement différente des films précédents de l’auteur. Et tous les comédien(nes) investi(es) dans leur foi en ce projet.

Tout en rendant un hommage à la Grèce antique, Mazomenos procure un respect discret envers l’orthodoxie chrétienne de son pays, que d’aucuns pourraient juger un peu douteuse, mais tout en faisant attention, s’avère au contraire juxtaposée à l’antiquité, justement en la dévoilant à l’extérieur du lieu sacré. Un croix blanche très présente à la porte de l’église, signe de point d’attache.

Ce mélange des genres produit une étrange sensation. Le pari est gagné. Le tout mis en valeur par un excellent apport du son dû au doigté de Filipos Marinelis et Antonis Samaras, et à la musique élégiaque de DNA, et que le ratio 2.35:1 renforce encore plus.

En fin de compte, Endless Land, un titre qui donne toute la beauté, la signification, l’allégorie même d’un retour aux sources, non pas physique, organique, mais tout du moins spirituel, pour que la mémoire, au bout du compte, ne s’efface guère.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Vassilis Mazomenos

Interprètes
Alex Davris (Lazarus), Eleni Korda (Chaido)
Vassilis Stratis (père de Lazarus), Katerina Tzimoula (femme de Lazarus)
Giolanta Kaperda (mère de Lazarus)

Scénario : Vassilis Mazomenos, Christos Basmos. Direction photo : Stelios Pissas. Montage : Yannis Kostavaras. Musique : DNA.

Genre(s)
Drame
Origine(s)
Grèce

Année : 2025 – Durée : 1 h 20 min
Langue(s)
V.o. : grec
Apreiri Yí

Vassilis Mazomenos

Production @
Hormes Pictures

Public
GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]