35e Festival international
« Présence autochtone »

ÉVÈNEMENT
Cinéma |

texte
Luc Chaput

Arpenter les

mondes vivants

 

À Wabush au Labrador, trois personnes visitent des lieux près du lac et comprennent d’où elles viennent. Des pleurs s’en suivent ainsi qu’un échange par téléphone cellulaire avec un homme obligé de rester plus au sud à cause de son état de santé encore chancelant.

The Memory of Butterflies

Une femme trouve une photo de deux aborigènes sud-américains habillés à l’européenne. Elle entreprend de remonter le cours de l’histoire de ce cliché et exhume l’exploitation de l’hévéa en Amazonie et les exactions allant jusqu’à l’esclavage de ces populations par certains industriels devenus richissimes. The Memory of Butterflies (La memoria de las mariposas) de Tatiana Fuentes Sadowski, par ses allers-retours entre hier et aujourd’hui en remarquable noir et blanc, redonne également droit de cité à Roger Casement, diplomate irlando-britannique.

Un auteur-compositeur-interprète retrouve son studio d’enregistrement après un grave épisode médical et est filmé au travail. Par le biais du dit projet qui n’aurait pu être qu’un vidéo d’accompagnement du dit disque, la réalisatrice Isabelle Longnus, sur trois ans, construit un portrait complexe et empathique dans Florent Volant : Innu. Elle intègre de diverses façons des membres de sa famille et capte au plus près à la fois les joies et les peines que les épisodes d’hommages bien mérités qui parsèment le dernier versant d’une existence remplie à ras bord dans laquelle la musique, depuis Kashtin a permis à tant de personnes de renouer ou de connaître la culture innue.

Free Leonard Peltier

Le documentaire Free Leonard Peltier de Jesse Short Bull et David France revient avec moult détails, plus de trente ans après Incident at Oglala de Michael Apted, sur la vie et le long emprisonnement injustifié de ce combattant iconique de l’AIM qui est finalement sorti de geôle par une décision de l’administration Biden quelques jours avant la fin de son mandat. À l’opposé tout au moins géographiquement, en Aotearoa, nom maori de la Nouvelle-Zélande, Mike Jonathan recrée, dans Struggle Without End (Ka Whawhai Tonu) avec verve malgré des moyens limités, l’ultime combat militaire d’un groupe d’organisations autochtones dans le nord de cette contrée qui mena en 1864 à la prise du Pa (fortin) d’ Ōrākau par l’armée britannique. Le scénario s’intéresse à prime abord à la relation entre deux adolescents marginalisés, l’un métis et l’autre orpheline pris dans cette nasse guerrière. La mise en scène rend mieux hommage à des personnalités historiques Rewi Maniapoto et Hine-i-tūrama Ngātiki fortement incarnés par Temuera Morrison (Once Were Warriors) et Miriama Smith. Cette production s’est mérité le Prix de la meilleure fiction devant le plus dérangeant Canuto’s Transformation (A Transformação de Canuto). Ce fruit de la collaboration d’un réalisateur Mbyá-Guaraní Ariel Kuaray Ortega et de Ernesto de Carvalho élabore, à partir d’une expérience familiale, la place du jaguar dans la mythologie autochtone et son incarnation en un enfant qui devient adulte. Le tiraillement entre le documentaire et la fiction devient plus complexe dans ce projet qui suit son long cours dans des embranchements nombreux.

Strugle Without End

Canuto’s Transformation

Dans le désert d’Atacama au Chili, une scientifique du pays reliée au centre spatial qui s’y est installé marche à la recherche de morceaux de météorites pendant que des Aymaras et des biologistes nous font découvrir la diversité étonnante de ce lieu plein de vies cachées et l’effet dévastateur d’exploitations minières sur l’écologie marine limitrophe. La fictionnalisation par la science-fiction mise en marche dans Cosmographies par Juan Francisco Salazar du discours narré en 2051 rajoute un autre niveau de lecture entre la mise à sac ancienne et contemporaine de ces lieux déclarés non habités et les projets d’exploration d’astres ayant des formes de vies qui ne nous sont même pas envisageables ou compréhensibles.

Nous avons déjà traité dans la dernière année d’Endless Cookie et de Singing Back the Buffalo récipiendaire du prix APTN et nous reviendrons assurément au cours des prochains mois lors de leurs ressorties sur les très beaux courts Inkwo for When the Starving Returns et Vientre de Luna ainsi que sur The Falling Sky (Hutomosi Kerayuwi /A Quedo Do Céu) auscultation de la cosmologie Yanomani par Gabriela Carneiro da Cunha et Eryk Rocha, qui faisaient partie de l’offre nombreuse de ce festival qui a su prendre définitivement sa place entre autres dans le Quartier des spectacles.