Le Point |.| 36
du Ven 5 au Jeu 11 sept 2025

Ces films qu’on distribue
comme « ethniques »

Ce sont de productions en provenance de l’Inde, en très grande majorité des Bollywood, des films musicaux (chantés et dansés), maintenant représentant les langues tamoul, malayalam, pendjabi et bien entendu celle par qui tout a commencé, le hindi.

On fait appel aux Philippines, à la Chine, l’Égypte – de temps en temps, la Corée du Sud. Le film d’action est souvent le cadre principal de ces films.

Productions colorées, de plus en plus affichant le classement 13+, dû principalement aux nombreuses violences, parfois filmées comme de vraies chorégraphies, vedettes d’hier encore en service, de nouvelles têtes que le spectateurs connaissent déjà grâce aux réseaux sociaux qui rendent l’information en temps réel et à partir de n’importe quel endroit du monde.

J’assume ma totale adhésion à ces films – j’en rate quelques-uns dont la bande-annonce n’augure rien de bon – Ces productions ont ceci de particulier, qu’importe leur origine, qu’ils adhèrent de ce penchant nationaliste souvent poussé à l’extrême.

Nostalgie de la langue, nostalgie des lieux, des us laissés derrière lorsqu’on a décidé de quitter le pays, et des coutumes qu’on a un peu oubliées.

Mais dans le même temps, si on vérifie le site indispensable IMDb, certains de ces films ont été programmés dans des festivals et le nom des cinéastes est parfois connu des cinéphiles avertis.

Aucune projection de presse pour ces films. Si on tient à voir l’une de ces productions (presque personne si l’on observe la tendance), on se remet aux séances publiques. KinoCulture Montréal a déjà couvert dans ses pages quelques petites perles rares.

Fantasia, l’évènement essentiel en matière de « films de genre » programme certains de ces films (particulièrement ceux d’Asie (Chine, Corée du Sud, Indonésie, Inde de plus en plus) et les salles sont majoritairement pleines. L’engouement et l’enthousiasme se fait sentir. Alors pourquoi cette désertion de ces mêmes spectateurs lorsque les films sortent en salle?

La représentation des minorités au cinéma en Occident est un phénomène qui date de quelques décennies. Résultat de l’immigration massive, d’une sorte de repli sur soi de ces communautés malgré une certaine intégration au système social et politique des pays d’accueil, tout en soulignant parfois la réticence de ces « minorités » (quel vilain mot) à accepter certaines libertés de comportement non approuvées dans leurs pays d’origines et que ces films, bizarrement, accueillent favorablement de plus en plus.

Un fait, quelques films en provenance de l’Amérique latine font souvent l’objet d’une distribution locale « normale ». La raison : les films de cette partie du monde ont toujours eu la cote ici. Une sorte de voisinage harmonieux et souvent politique.

Finalement, les films des Premières Nations, bien que considérés comme québécois ou canadiens, ont toujours tendance, ne serait-ce que dans l’esprit, de faire partie d’un genre à part. Seraient-ils les garants d’une « nouvelle solitude » ? Ça, toutefois, c’est une autre histoire.

Élie Castiel
Rédacteur en chef