Hong Kong Cinema Classics
@ Cinéma du Parc
| ÉVÈNEMENT |
texte
Pascal Grenier
Hong Kong
à feu et à sang
Il faut saluer l’initiative du Cinéma du Parc qui, sous le titre évocateur Hong Kong Cinema Classics, nous replonge pendant deux semaines dans un âge d’or inégalé : celui du cinéma hongkongais de 1985 à 1992. Sept œuvres majeures, sept éclats de pure cinéphilie, seront projetées à plusieurs reprises, offrant autant d’occasions de mesurer à quel point cette époque fut féconde, libre et inventive.

A Better Tomorrow
A Better Tomorrow (1986) ouvre le bal. Plus qu’un simple polar, c’est la renaissance flamboyante de John Woo, et surtout l’avènement d’une icône : Chow Yun-Fat. Entre amitié virile, codes d’honneur et fusillades chorégraphiées comme des ballets tragiques, le film s’impose comme un modèle matriciel, cloné et recopié jusqu’à l’usure dans toute l’Asie et le cinéma contemporain. Après Peckinpah dans les années 1960 et 1970, c’est au tour de Woo de réinventer la manière de filmer et de monter le cinéma d’action. La légende raconte que le port du long manteau et la célèbre scène des allumettes ont à eux seuls forgé une génération entière de cinéphiles et de réalisateurs.

The Killer
Trois ans plus tard, Woo signe The Killer, sommet de sa carrière, relecture sanglante et romantique du Samouraï de Melville. Des gunfights baroques, une émotion à fleur de peau, une relation presque fraternelle entre tueur et policier, et un Chow Yun-Fat en ange de la mort mélancolique : un chef-d’œuvre absolu, où chaque balle tirée semble peser son lot de regrets.

Hard Boiled
Puis vient Hard Boiled, monument indestructible de l’action pure. Plus de trente ans après, aucune production, hollywoodienne ou autre, n’a égalé cette démesure contrôlée, cette intensité visuelle et sensorielle qui en fait encore aujourd’hui LE film d’action ultime, notamment grâce à son hallucinant plan-séquence dans l’hôpital.

City on Fire

Peking Opera Blues
Mais il ne faut pas oublier City on Fire de Ringo Lam, polar sec et poisseux qui conforte Yun-Fat comme valeur sûre, et dont le dernier tiers — huis clos étouffant, paranoïaque — sera recyclé sans vergogne dans Reservoir Dogs de Tarantino. Lam y injecte un réalisme brutal et une tension continue, tout en laissant sourdre une humanité blessée derrière chaque coup de feu. Plus inattendu pour certains, Peking Opera Blues de Tsui Hark s’impose comme la perle rare de la sélection : fresque historique, comédie d’aventure et satire politique, servie par un trio féminin éblouissant (Brigitte Lin, Sally Yeh, Cherie Chung), parée de mille qualificatifs — virevoltante, inventive, flamboyante, inclassable, généreuse — qui en font un joyau du 7e art où chaque scène explose de vitalité et d’audace.

Enfin, les inconditionnels pourront se replonger dans Bullet in the Head et A Chinese Ghost Story, déjà défendus avec passion dans mes chroniques passées au festival Fantasia. Qu’on les découvre ou qu’on les revoie, ces films rappellent qu’avant l’ère du formatage et de la prudence industrielle, le cinéma populaire pouvait être un laboratoire de styles, d’émotions et de récits plus grands que nature. Cette rétrospective en est la preuve éclatante, un véritable antidote à la fadeur contemporaine et aux productions Netflix formatées.
Diffusion @
Cinéma du Parc
Dès le vendredi 5 septembre 2025
