Don Giovanni
@ Place des Arts

CRITIQUE
[ Art lyrique ]
Élie Castiel

★★★

Toutes ses femmes

 

La bonne idée était de ne pas moderniser l’un des opéras les plus représentatifs de Mozart. Le contraire aurait porté atteinte aux femmes d’aujourd’hui, notamment dans le fameux air de Zerlina, dans son dialogue avec Leporello, et en quelque sorte, provoquer l’ire de nombreuses personnes dans l’assistance, même si dans les mots de Zerlina, l’ironie est évidente.

De ce côté, l’honneur est sauf. On peut donc compter, par défaut, sur tous ses airs, dont plusieurs connus du grand public et non seulement des experts et des aficionados. Dans cette version-OdM, un décor passe-partout qui évite plus d’entractes pour effectuer les changements. Belle stratégie de main-d’œuvre et, force est le souligner, de coûts, souvent exorbitants par les temps qui courent.

Mais ces deux chandeliers d’époque (côté gauche et droit) donnent l’impression qu’ils finiront par échouer. Mais rien de fâcheux n’arrive. Trop bas sur la scène par contre – c’est moche de ce côté-là – mais ils sont relevés lorsque les scènes importantes prennent le relais.

Est-ce nécessaire de raconter cet imbroglio (anti)amoureux dans le principal intéréssé est celui « par qui le(s) scandale(s) arrive(nt) » ? Si la complicité d’ensemble est tenu par des chanteurs et chanteuses qui ont une très bonne idée de l’espace scénique, les voix, en général, n’étaient pas toujours porteuses et la diction italienne n’était presque parfaite que dans certains cas.

Un séducteur pas si cupide que ça.

Pour une raison difficile à expliquer, on se met à penser au magnifique film de Joseph Losey, Don Giovanni (1979), avec un Ruggero Raimondi en tombeur de (nombreux) jupons diabolique, sensuel, attirant toutes ces dames de son entourage et bien au-delà selon les dires de Leporello (valet dont on doit souligner l’effort de Ruben Drole, qui rend le personnage respectable compte tenu des circonstances – voix et interprétation à l’appui).

Mais reste Don Giovanni, cet ingrat des vrais sentiments amoureux que John Brancy, à la tenue corporelle comme il faut, ne projette pas la cupidité libidineuse que l’on a souvent l’occasion de constater dans d’autres versions sur scène du même opéra. À certains moments, on serait prêt à lui donner « le bon Dieu sans confession » au sens positif de l’expression.

Au pupitre, Kensho Watanabe, dont, même de loin, on sentait l’enthousiasme, le manifestait aussi lors du traditionnel « standing ovation » (ovation), étape elle aussi traditionnelle, de rigueur chez le public montréalais.

Dans cette version-OdM, un décor passe-partout qui évite plus d’entractes pour effectuer les changements. Belle stratégie de main-d’œuvre et, force est le souligner, de coûts, souvent exorbitants par les temps qui courent.

Tout au cours de la représentation, quelques applaudissements encouragées par des mains mystérieuses, que suivent d’autres spectateurs après chaque air connu. Elles continuent de plus belle tout au court de l’opéra. Mais bon, on ne s’étendra pas longtemps sur le sujet.

Reste la scène de déchéance de notre Don Giovanni, où la table du souper est toujours là, mais où de trop nombreux personnages s’accumulent, laissant ce moment de vengeance intime entre l’apparition, l’esprit torturé du Commendatore et son assassin, trop chargé.

« Par la suite, les autres personnages réfléchissent à la chute de Don Giovanni » (sic). Tout bonnement, était-ce nécessaire ? On l’avait déjà compris. Et une entrée aux enfers avec des portes qui sentent le tourment et vibrent de façon curieuse, voir un peu maladroitement.

Somme toute, une ouverture de saison avec un grand opéra, mais ici sous le signe d’un mélange bizarre d’économie et de surenchère.

FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE
DON GIOVANNI
Opéra en 2 actes
Compositeur
Mozart

Livret
Lorenzo Da Ponte

Pupitre
Kensho Watanabe

Mise en scène
Stephen Lawless

Distribution
John Brancy (Don Giovanni), Ruben Drole (Leporello)
Kirsten Leblanc (Donna Anna), Anthony Gregory (Don Ottavio)
Andrea Núñez (Donna Elvira), Sophie Haubert (Zerlina)
Matthew Li (Masetto), William Meinert (Il Commendatore)

Scénographie
Opéra de Montréal
Costumes
Opéra de Montréal
Éclairages
Thomas Hase

Durée
3 h 10 min

[ Incluant entracte ]

Diffusion & Billets @
Place des Arts
[ Salle Wilfrid-Pelletier ]

Représentations
Le 30 septembre et
le 2 octobre 2025
19 h 30
Dimanche 5 octobre : 14 h

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]