Corps fantômes
@ Duceppe
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★ ★ ★ ½
Fragments
identitaires
On évoquera, soit par le jeu des comédien(nes) ou par le biais des paroles dites, Réjean Thomas, Josée Yvon, Claudine Metcalfe, La Monroe, la grande légende d’une époque, et autres icônes de la communauté gaie montréalaise des années 90, une sphère considérée encore « particulière » où consciemment, on rebute le Sida, encore propagateur de victimes dans toutes les sphères de la vie. Pour la queeritude, une façon de se battre contre la maladie, en fait les maladies qu’il provoque. On danse beaucoup, on baise aussi, on se laisse apprivoiser par les vedettes de la chanson gay-friendly comme Madonna, ou Queen, ou autres prêtres et prêtresses qui sentent le besoin de s’exprimer politiquement par le biais de la culture.
Mais le « gay disease » (la maladie gaie) persiste dans la conscience populaire et s’exprime, à Montréal par des crimes non nécessairement ciblés, mais pris au hasard, par-ci, par-là, des victimes qu’on ignore, parfois même des médias pas si éloquents, des discours à la télévision souvent carrément homophobes, sauf certains, très peu, qui n’ont pas la langue dans la poche.
Comme aujourd’hui où le monde est divisé politiquement entre la droite populiste, de plus en plus évidente et une gauche, disons-le ouvertement, hésitante sur cette question.

Le sexe, comme une arme de combat.
Crédit : Danny Taillon
Ces Corps fantômes, un titre de projet évocateur ; d’une part, ces personnages qui, pour de nombreux cas, ne sont plus là, de l’autre, pour exprimer sans doute un temps qui revient en force pour conscientiser nos nouveaux temps, une époque charnière qui devra décider une fois pour toutes de comment décider son destin.
Une proposition audacieuse de huit auteurs/autrice dont la démarche commune suite à des recherches sur l’époque évoquée ose presque l’impossible. Réduire l’homophobie et lesbophobie grandissantes au silence. Excellente idée de rapports de force.
Comme idée de départ, un tour de passe-passe fictionnel : Marion reçoit une boîte remplie d’objets que lui a laissé son père. Elle découvre un monde qu’elle ne connaissait pas. La suite, on la connaît.
Aujourd’hui, sommes-nous face à de nouvelles luttes ? Ne serait-ce que pour les questions qu’elle pose, sans nier l’humour qu’elle projette pour adoucir le combat, Corps fantômes est une pièce essentielle.
Théâtre entre la fiction et la revendication documentaire, Corps fantômes flirte avec les « genres » de la scène, se permet de prendre des chemins détournés pour parvenir à ses fins, mais il n’est pas certain qu’il aboutit toujours sans que nous nous posions des questions sur la mise en scène. Celle-ci assurée par Maxime Carbonneau, trop (é)pris par le sujet, est encombré par une multitude de séquences dramatiques où les multiples enjeux s’enchevêtrent parfois l’un dans l’autre sans vraiment de logique. On a trop voulu trop montrer.
Mais tout compte fait, une pièce totalement québécoise qui, avant tout, revendique courageusement ses origines, sa langue musicale, son humour particulier, ses « one-liners » (boutades) assassins, ses anglicismes percutants, tout ce qui fait la richesse de l’idiome parfois contestée par une certaine droite conservatrice.

Une prise de conscience collective en phase de politisation.
Crédit : Danny Taillon
Ces Corps fantômes, c’est aussi situer la mythologie des revendications sociales dans la sphère des possibles. Un instrument politique assez adroit, doit-on souligner.
Parmi les moments les plus significatifs, il y en a beaucoup, mais lorsqu’à la deuxième partie, la communauté s’organise, elle commence aussi à se politiser, signe d’un nouveau temps qui marquent ce qu’il s’est passé depuis ce temps-là.
Aujourd’hui, sommes-nous face à de nouvelles luttes ? Ne serait-ce que pour les questions qu’elle pose, sans nier l’humour qu’elle projette pour adoucir le combat, Corps fantômes est une pièce essentielle.
Somme toute, une belle gang d’enthousiastes en amour avec ce projet, d’une énergie farouche et contagieuse.
FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE
Texte
François Édouard Bernier, Dany Boudreault
Maxime Carbonneau, Sébastien David
Christian Fortin, Célia Gouin-Arsenault
Joephillip Lafortune, Matéo Pineault
Script édition
Dany Boudreault
Mise en scène
Maxime Carbonneau
Assistance à la mise en scène
Stéphanie Capistran-Lalonde
Interprétation
Quincy Armorer, Paolo Askia, François Édouard Bernier
Dany Boudreault, Sophie Cadieux, Philippe Cousineau
Gabriel Cloutier-Tremblay, Sébastien David, Élie Dorval
Francis Ducharme, Christian Fortin, Célia Gouin-Arsenault
Joephillip Lafortune, Charlie Monty et Renaud Soublière
Costumes : Marie-Chantale Vaillancourt
Éclairages : Julie Basse
Musique : Antoine Bédard
Concept sonore : Frédéric Auger
Durée
3 h 30 min
[ Incl. entracte ]
Public
[suggestion de notre site Internet]
Déconseillé aux moins de 18 ans
Diffusion & Billets @
DUCEPPE
Jusqu’au 22 novembre 2025
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
