19ᵉ Festival du Cinéma
Brésilien de Montréal

ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]

Luc Chaput

Esprits

des lieux

Lors d’une visite dans un terreiro, enceinte d’un candomblé, Jorge Amado et Héctor Julio Páride Bernabó dit Carybé se taquinent mutuellement tout en conservant un air sérieux dans cet endroit important de cette religion syncrétique brésilienne qui connaît maintenant une résurgence. Avec le musicien et chanteur Dorival Caymini, ces trois artistes majeurs de la société civile de Bahia ont reçu le titre d’Oba, signifiant ministre dans une langue nigériane, comme protecteur de cette organisation spirituelle.

3 Obas de Xangô

Par le biais de cet aspect de leurs existences, le réalisateur Sérgio Machado remonte dans 3 Obas de Xangô (3 Ministers of Xangô), biographies de ces trois individus pour les inscrire dans une histoire de la société brésilienne et de ses tiraillements sur le racisme et la place des femmes. Toutefois, les infos sur Zélia Gattai, épouse d’Amado, sont trop succinctes dans cette présentation considérant qu’elle fut une autrice célébrée également et pas seulement la conjointe de l’auteur de Dona Flor e seus dois maridos. De nombreuses archives tant filmiques que télévisuelles sont utilisées à bon escient accompagnées de musiques entraînantes rendant ce documentaire joyeusement informatif. L’identification en bas de l’image de plusieurs contemporains est insuffisante et retarde donc la possibilité de recherches subséquentes sur cet aspect adroitement dévoilé.

Manas

Dans l’état de Para, au nord-est de cet immense pays, sur Marajó, une des plus grandes îles fluviales de notre planète, le long d’un cours d’eau, vit de menus moyens de subsistance une famille. En quelques séquences, Marcielle dite Tielle, interprétée avec une étonnante assurance par Jamilli Correa, devient la protagoniste. Adolescente, elle est confrontée à un changement d’attitude de son paternel à son égard. La mise en scène de Marianna Brennand pour Manas (Sœurs), en déployant ce scénario écrit à plusieurs mains, conserve plusieurs qualités de son parcours documentaire. La jungle ambiante, avec ses frondaisons et ses jeux d’ombres et de lumière, lieu de jeu et de recherche de nourritures variées est également l’endroit où se cachent des prédateurs bien familiers. L’horreur est gardée hors-champ et l’intervention d’une policière de la région permet de relier les pistes de l’intrigue entre la famille, les attraits vénéneux du monde extérieur et l’exploitation sexuelle des mineures. Dans ce long métrage prenant, coproduit par les frères Dardenne et qui a remporté un prix secondaire majeur à Venise, l’entraide féministe s’exprime par d’autres moyens.

Kopenawa: sonhar a terra-floresta

Le chef amérindien Davi Kopenawa Yanomani a acquis au fil des années un statut international. Dans le documentaire Kopenawa: sonhar a terra-floresta (Kopenawa: rêver à la terre-forêt), les réalisateurs Marco Altberg et Tainá De Luccas en brossent un portrait empathique et assez complet rempli d’archives et de témoignages de proches de ce shaman de l’Amazonie dont celui de l’anthropologue français Bruce Albert, co-auteur du livre A Queda do Céu (The Falling Sky). Le résultat final n’atteint bien évidemment pas la qualité de l’adaptation flamboyante de ce récit, The Falling Sky par Gabriela Carneiro da Cunha et Eryk Rocha (fils du fameux Glauber) présenté cet été au festival Présence autochtone.

Nous reviendrons sur ce site lors de sa sortie en décembre sur O Agente Secreto (The Secret Agent / L’agent secret), de Kleber Mendonça Filho (Aquarius) lauréat de deux prix en compétition au dernier festival de Cannes ainsi que, peut-on le souhaiter plus tard, sur O Último Azul (The Blue Trail) de Gabriel Mascaro également présenté dans ce court festival illustrant la vitalité renouvelée de ce cinéma national.

 

Cinéma-Cinéma
[ @ du Parc ]
du 24 au 30 octobre 2025