De bières et de fleurs

RECENSION
LGBTQ |
Élie Castiel

★★★ ½

 

Nul doute que dans le sens positif du terme, seulement après un récit, un premier roman et ce deuxième, Victor Bégin peut se considérer comme un auteur accompli, tant il s’accommode de toutes les situations, s’invente des imaginaires, situe la dialectique du discours dans une sorte de désordre moral totalement assumé.

 

L’absence

amadouée

 

Veut-il provoquer le lecteur du bienfondé de sa démarche intellectuelle, affective, de sa façon d’en venir à bout de l’absence ? Un déni du vide qui, en fin de compte, consciemment ou inconsciemment, le pousse à poursuivre le plaisir sexuel sans se poser trop de questions. Non pas par contumace, mais présent, dévoilant ses faits et gestes de manière crue, évitant par contre l’image pornographique. Et pourquoi pas ?

Car le héros ou anti-héros de ce récit magnifiquement écrit, cette plume qui ne passe pas par quatre chemins et comprend parfaitement les LGBTQ+ de sa génération, et en dépit qu’il ait un métier (ou profession) s’installe dans une espèce de oisiveté collective où l’ennui se soustrait à la vie par cette poursuite des véritables nourritures terrestres, un peu comme un certain Gide français que vous connaissez sans doute.

La sensualité, à ne jamais faire disparaître de la vie, le sentiment amoureux, même s’il est accouplé de culpabilité ou encore de questionnements, quand on a le temps ou mieux encore, trouver le temps ; ce qui n’est pas toujours probable, penser quand même à sa famille, ne serait-ce que par téléphone.

Sur ce point, le souper de Noël chez ses parents est l’une des séquences les plus émouvantes du livre, procurant chez le lecteur non pas une émotion mélodramatique, mais plus que tout retrouvant ces parcours triviaux lors de ces soirées de fête, entre l’engouement du plaisir de parler, de boire et de manger, mais surtout de ce comment déconstruire la routine des gestes quotidiens.

Bégin, c’est aussi de passer d’une qualité de langue à l’autre. Ici, c’est cet amour de la langue québécois dans son état le plus pur. Refusant les classes sociales, évitant plus ou moins les sacres, l’auteur institutionalise une sorte de manuel-du-parler en imposant son style, et qui semble différent d’un ouvrage à l’autre (notamment dans La complicité des Fjords

Victor Bégin peut se considérer comme un auteur accompli, tant il s’accommode de toutes les situations, s’invente des imaginaires, situe la dialectique du discours dans une sorte de désordre moral totalement assumé

Un titre des plus révélateurs, là où « des fleurs » remet en question les vrais sentiments qu’on peut ressentir à son égard, ou peut-être que ce n’est pas le cas ; d’autre part, « de bières », cet analgésique ou remède contre l’ennui, la souffrance de la perte, le déséquilibre qu’on peut sentir de temps en temps, la conscience de la perte.

Ce qui me frappe chez Victor Bégin, c’est qu’il ne laisse jamais entendre une voix politique, un discours social. Comme si dans son cercle intime, dans son for intérieur, ce n’était pas si important. C’est peut-être voulu ainsi et que cette absence de discours sur cet aspect de la vie est déjà une réponse.

Oui, bien sûr, Transatlanticism, quatrième album du groupe Death Cab for Cutie revient comme un leitmotiv marquant la présence métaphorique de celui qu’on espère retrouver, et qui se prénomme Antoine. C’est important de le souligner.

Victor Bégin
De bières et de fleurs
Montréal : Tête Première, 2025
264 pages
(Sans illustrations)
ISBN : 9-7829-2543-9264
Prix suggéré : 34,95 $

Public cible
| selon le signataire de la recension |

Déconseillé aux moins de 16 ans