Sentimental Value
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 14 novembre 2025
RÉSUMÉ SUCCINCT
Agnes et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, il propose à Nora, comédienne de théâtre, de jouer dans son prochain film, mais devant le refus de celle-ci, il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.
Le FILM
| de la semaine |
| CRITIQUE |
Élie Castiel
★★★★ ½
Le nouveau Joachim Trier a ceci de particulier que rien n’est laissé au hasard. Disciple discipliné d’un certain Suédois, Ingmar Bergman de surcroît, le cinéaste dano-norvégien privilégie l’esthétique, fidèle à la tradition d’un cinéma pas très en vogue de nos jours ; et dont le plan, élément essentiel, devient source autant de contemplation que d’acteur actif.
Ces images initiales, avant le début du récit, de la maison familiale dont il est question sont montrées sous le jour de découverte, comme si le rapport entre le film annoncé et le regard des spectateurs se faufilait dans une sorte de niche où cinéma et public ne serait qu’une seule entité.
Stratégie prodigieuse de la part du cinéaste qui lui permet dans le même temps de signer un film dont la mise en abyme demeure le point essentiel, la trame narrative et formelle qui subordonne toutes les parties.
La mise en abyme
comme
refuge à la mémoire
Le tout selon un sous-thème qui a pour nom : la mémoire, dans le sens de souvenir, de ce que l’on retient du passé, de ce que cette notion de temps laisse derrière nous et de comment on la perçoit avec les années qui passent, s’envolent à une vitesse inimaginable, laissant des traces sur les individus.
Notamment dans le cas de Nora (exemplaire Renate Reinsve dans un rôle, comme on dit, à la mesure de son talent), non mariée, comédienne de théâtre avec un trac traumatisant hérité sans doute de son expérience familiale, notamment en raison du départ du père, Gustav, réalisateur ayant laissé son ex-femme et ses deux filles lorsqu’elles étaient petites.

Un inconfort sous de faux prétextes.
Pour la forme : son retour, alors septuagénaire, lors de l’enterrement de son ex-épouse, va créer le noyau central du film. Il propose à Nora, qui ne lui pardonnera jamais son exil voulu, de jouer le rôle principal dans son prochain film, portant sur cette affaire familiale. Une sorte de rédemption de l’ordre de la création plutôt que du rachat traditionnel.
Il s’agit d’une famille de créateurs dans un certain sens, de gens cultivés dont les failles internes sont peut-être les principales forces, notamment dans le cas de Nora et Gustav, à la création. Créer dans la douleur pour réussir le plus beau, le plus audacieux, ce qui dépasse de loin les attentes.
C’est de cela que Sentimental Value / Valeur sentimentale se nourrit. De ces attributs qui, au quotidien, nous échappe. De ces références à des cinéastes importants, encore une fois Bergman – ce magnifique plan bergmanien montrant en quelques secondes la juxtaposition de la tête de « toutes ses/ces femmes » pénétrant incidemment ou non dans un jeu de passe-droit la tête/cerveau de Gustav, renferme à lui tout seul la quintessence même du film, la proposition de départ.
La séquence finale, qui rassemble certains éléments de la quotidienneté, se transforme par le biais de quelques mouvements de caméra en ce tournage tant souhaité. La voie vers la rédemption, contre toute attente, finit par transformer la proposition initiale en un film de fiction où la mise en abyme disparaît comme par enchantement.
Face à un récit simple, Joachim Trier opte pour le côté visuel, pour que la mise en abyme, ou récursivité si vous préférez, demeure, au même titre que le plan mentionnée précédemment, constitue la principale force d’attraction.
Un récit tenaillé, dérèglements psychologiques par-ci, par-là, remises en question, de sa propre existence ou de son travail, comme comédienne ou cinéaste sur le retour. Surtout une réflexion sur la vieillesse qu’on a tant rejetée, et que la discussion édifiante et honnête entre Gustav et son ancien directeur photo étale en quelques minutes le discours d’une vie.
La séquence finale, qui rassemble certains éléments de la quotidienneté, se transforme par le biais de quelques mouvements de caméra en ce tournage tant souhaité. La voie vers la rédemption, contre toute attente, finit par transformer la proposition initiale en un film de fiction où la mise en abyme disparaît comme par enchantement.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt. Direction photo : Kasper Tuxen. Montage : Olivier Bugge Coutté. Musique : Hania Rani.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Allemagne / Danemark / France
Norvège /Turquie
Suisse / Grande-Bretagne
Année : 2025 – Durée : 2 h 13 min
Langue(s)
V.o. : norvégien, anglais; s.-t.a. & s.t.f.
Valeur sentimentale
Affeksjonsverdi

Joachim Trier
Crédit : Christian Belgaux
Dist.
Entract Films
Contact
[ Elevation Pictures ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Beaubien & du Parc ]
Cineplex
Classement
Visa GÉNÉRAL
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
