Hosanna ou La Shéhérazade des pauvres
@ TNM (Salle Gascon-Roux)
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★★★★

« Je vais te raconter une
histoire : La mienne. »
Crédit : Yves Renaud
Pour le dramaturge prolifique d’une certaine mouvance sociale québécoise, la vernaculaire, celle des classes sociales non perverties aux faux comportements externes de la bourgeoisie d’ici qui, dans le privé des chaumières, font éclater leurs origines dans la ferveur la plus décomplexée. Une nouvelle Hosanna, tant de fois vue et adulée dès ses créations, dans le temps du regretté André Brassard, même traduites dans la langue de Shakespeare.
La confession
d’un prodige
du siècle
Pour la forme, une reprise de deux textes originaux pour en faire un préquel ou une préquelle, selon votre tendance, par le biais d’une entrevue que mène la journaliste d’une revue LGBTQ bien influente de Montréal. Pour le récit, et c’est ce qui compte le plus, la nette conviction de voir un Québec populaire qui s’émancipe peu à peu à la sexualité, lentement pas vite, jadis tant réprimée par l’Église même si en privé, dans les confins des endroits cachés, ces hommes ou femmes de foi…
Un pièce qu’on attendait, comme on dit, avec impatience, d’autant plus que la Hosanna, maintenant vieillie, incarnée ici par notre Mado nationale, Luc Provost de son vrai nom, se donne entière à cette confession qui ressemble à une sorte de mise en abyme dérangeante, cruelle, décomplexée, questionnant l’œuvre originale de Tremblay, le bien fondée de sa présente création. Mais aussi, entre intimes, donnait la chance à Provost, icône du Montréal by Night, l’occasion de briller davantage et que son parcours n’est pas aussi banal que certains croient.

Même chez les LGBTQ, ou surtout chez les LGBTQ,
l’amour est aussi un oiseau rebelle.
Crédit : Yves Renaud
Jeu cruel aussi pour l’auteur, entre (plusieurs) autres, des Belles-sœurs, pour qui cette entrée dans la Main montréalaise, si changée depuis, se voit comme une renaissance provisoire, le temps que les heures passent et le mènent où elles voudront bien.
C’est ainsi qu’il faut voir Hosanna ou La Shéhérazade des pauvres, un moment théâtral inattendue, délirant, osée, un peu vulgaire parce qu’il le faut, impossible autrement. D’une part, la liberté totale de mouvements de ces Drag Queens « qu’on appelait dans le temps ‘travestis’ », mise en relief d’une certaine Guilda qui avait réussi à gravir les échelons, à l’époque, de la très élitiste Place des Arts.
Une histoire de l’Histoire-LGBTQ montréalaise, qui allait s’établir un peu partout dans les environs. Ne mimons par la majorité des médias qui font trop état de ce qui se passe sur scène, gâchant ainsi notre plaisir de la découverte.
Hosanna, c’est Vincent Roy, face à un personnage immense qui lui donne parfois des frisons, mais dont il se dégage avec une extrême facilité. C’est aussi Cuirette et ses complexes, que Gabriel Fournier campe avec un certain amalgame d’excitation et de tragique ; Sandra, à qui Jonathan Gagnon procure ses airs de grandeur, ou La Duchesse de Langeais, la tragique à ses heures que Jacques Leblanc réussit admirablement à échelonner joie et tristesse.
C’est aussi le machisme agressif et homophobe d’une certaine classe sociale, oui, hélas, l’ouvrière ; et une fois de plus, même si en cachette, dans la pénombre, tout pouvait se passer.
C’est aussi, pour nous, d’assister à la Première médiatique et d’ovationner l’équipe. Avec, ceux (surtout ils) qui ont vécu cette époque, même jeune, un pincement qui va droit au cœur et qui demeure en nous pendant encore quelque temps. Cette confession dont il est question, c’est celle d’un homme de théâtre qui n’a jamais prétendu être que lui-même.
Mais c’est aussi la mise en scène édifiante de Maxime Robin qui a saisi à travers un travail d’observation à la loupe toutes les nuances de l’écriture de Tremblay, comme s’il entrait intimement dans son univers particulier.
C’est le récit d’une enfance où un gamin préfère s’habiller en fille, aimer les vedettes de Hollywood, notamment la Elizabeth Taylor de Cléopâtre, comme si les années, le temps avait le privilège de changer les choses selon nos désirs. C’est aussi, pour notre grand plaisir, Michel Legrand, Rita Hayworth, Peggy Lee, ou encore Renée Claude, Elvis (le seul, qui d’autre) et l’incontournable Dalida.
C’est aussi le machisme agressif et homophobe d’une certaine classe sociale, oui, hélas, l’ouvrière ; et une fois de plus, même si en cachette, dans la pénombre, tout pouvait se passer.
C’est aussi, pour nous, d’assister à la Première médiatique et d’ovationner l’équipe. Avec, ceux (surtout ils) qui ont vécu cette époque, même jeune, un pincement qui va droit au cœur et qui demeure en nous pendant encore quelque temps. Cette confession dont il est question, c’est celle d’un homme de théâtre qui n’a jamais prétendu être que lui-même.
FICHE PARTIELLE DE CRÉATION
Texte
Michel Tremblay
Mise en scène
Maxime Robin
Assistance à la mise en scène
Elizabeth Cordeau Rancourt
Interprètes
Les principaux sont cités dans le texte.
Décors
Ariane Sauvé
Costumes
Erica Schmitz
Éclairages
Keven Dubois
Musique
Frédéric Brunet
Durée
2 h 10 min
[ Incluant entracte ]
Public (suggéré)
Déconseillé aux moins de 13 ans
Diffusion & Billets @
TNM
[ Salle Gascon-Roux ]
Jusqu’au 09 décembre 2025
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
