Les passages de Garro
@ TNM (Salle Réjean-Ducharme)

CRITIQUE
 [ Scène ]

Élie Castiel

★★★

Faut-il tout encenser, qu’il s’agisse d’un film, d’un spectacle sur scène ou tout ce qui nous passe par la tête dans le domaine de la culture ? Pour encourager la création ou encore ne pas trop tenir compte des légères failles observées par-ci, par-là et qu’une partie de l’auditoire ne remarque même pas.

Avec Les passages de Garro, nous découvrons, du moins en ce qui nous concerne, la voix de Margarita Herrera Domínguez, autre parce que migrante, mais intégrée dans la québécitude d’aujourd’hui, de plus en plus frontale, exerçant une pression comme jamais auparavant pour inscrire sa particularité à jamais, sans menace extérieure. Geste politique.

Se produire au TNM, certes dans la salle intime, mais peu importe. C’est un grand pas lorsqu’il est question de franchir les portes d’une grande institution théâtrale montréalaise qui, entre autres lieux culturels du même type, projette cette soif d’exister devenue modus operandi idéologique.

Cris

de

femme(s)

 

Comment réagir à ces Passages de Garro, idée, voir proposition d’une radicalité qui questionne le théâtre d’aujourd’hui, très peu politisé, sauf pour les grands classiques, les Grecs, les Français, Britanniques et autres auxquels nous sommes habitués depuis qu’ils existent.

Pour la petite histoire : Elena Garro, c’est l’écrivaine mexicaine du XXe siècle, épouse d’Octavio Paz (est-il nécessaire de qui il s’agit ?). Dans la pièce dont il est question, le monologue intérieur de Garro, personnage bien senti par Ximena Ferrer (qu’importe le fort accent qui parfois confond l’espagnol et le français) sert de leitmotiv à la proposition initiale.

Ferrer dégage ce cri de femme engagée amoureusement dans la vie avec une sommité de la littérature, qui lui, idéalise son propre succès. C’est ici qu’on constate que les artistes, les politiques, ceux et celles qui nous paraissent plus grands que nature, dans le privé, sont égaux aux communs des mortels.

Comme une sorte d’emprisonnement existentiel.
Crédit : TNM

La création de Herrera Domínguez souffre cependant de trop en mettre, d’aborder trop de thèmes à la fois. Nous traversons les époques dans une sorte de marasme, et c’est bien dommage, là nous ne savons plus comment reconnaître telle ou telle moment de l’Histoire.

Il est question de 1968 et du massacre de Tlatelolco dans l’après-midi et la nuit du 2 octobre, dix jours avant l’ouverture des Jeux olympiques d’été au Mexique. Année charnière que 68, comme si annonçant la nouvelle décennie pour bientôt. Mai 68 en France et avant, le 5 janvier et son Printemps de Prague.

De ce point de vue, la proposition de l’autrice est bouleversante, engagée, reposant sur cette idée que la vie et la politique sont des notions étroitement liées l’une à l’autre, ou mieux encore l’une dans l’autre.

Ferrer dégage ce cri de femme engagée amoureusement dans la vie avec une sommité de la littérature, qui lui, idéalise son propre succès. C’est ici qu’on constate que les artistes, les politiques, ceux et celles qui nous paraissent plus grands que nature, dans le privé, sont égaux aux communs des mortels.

Il y a cinq personnages sur scène, dont Paola Huitrón qui manipule un marionnette magnifiquement, d’ailleurs de sa propre création. Oui, cette poupée-femme un peu particulière qui véhicule les détours au sacré, au superstitieux, hérités d’anciennes civilisations dans cette partie du monde. Les trois autres, Melana Balmaceda Venegas (simplement irréprochable), Citladi Germé et Myriam Lemieux (toutes deux aux jeux variés selon les circonstances).

La métaphore des chats (joués par les quatre interprètes) n’est pas très claire, d’autant plus qu’elle revient souvent et on se perd pour essayer de comprendre ce qu’il se passe vraiment.

Dans un sens, n’aurait-il pas fallu simplement discourir sur le couple uniquement ? On comprend que l’idée de départ est également de s’inscrire dans un projet féministe et que seules ces voix précises sont ce qui importe. Les hommes, eux aussi, seront présents en voix off.

Conclusion : pour un public averti.

FICHE PARTIELLE DE CRÉATION

Texte, Création & Mise en scène
Margarita Herrera Domínguez

Passages traduits de l’espagnol
Amélie Lafortune‑Lauzon
Assistance à la mise en scène
Evelyne Londei-Shortall

Éclairages
Rodolphe St-Arneault
Scénographie, costumes et accessoires
Fernando Maya Meneses
Musique
Stéphanie Osorio
Paola Huitrón

Durée
1 h 30 min
[ Incluant entracte ]
Public (suggéré)
Déconseillé aux jeunes enfants
Diffusion & Billets @
TNM
(Salle intime)
Jusqu’au 29 novembre 2025

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]