Image+Nation |38|
Deuxième partie
ÉVÈNEMENT
| Cinéma |
Élie Castiel
Quel inventaire dresser sur la 38e édition d’Image+Nation, du moins selon les films que nous avons pu voir, certains en ligne, d’autres en salle puisque nous n’avions pas le choix. Les changements effectués par l’organisation, à deux ans de son 40e anniversaire, nous ont été transmis la veille du début début du festival. Par conséquent, d’autres liens de visionnement ne se sont pas ajouté au peu que nous avions à notre disposition et dont les films qui nous intéressaient ont été traité dans un récent article.
Bilan d’une
édition imprévisible
Si le tendance se maintient, comme on dit dans le jargon des communications, nous saurons, du moins il est à espérer, comment procéder l’an prochain. Du même coup, nous disons clairement qu’un festival de films à caractère LGBTQ+ est donc essentiel par les temps qui courent. Inutile d’exprimer les raisons. Elles sont claires pour celles et ceux qui suivent la mouvance sociale de près. Devant le faible nombre de films vus en raison du temps à notre disposition, nous continuons, comme dans la première partie, à privilégier l’ordre alphabétique par film.

Jimpa
JIMPA (Australie / Pays-Bas / Finlande 2025) – Sophie Hyde
Dans notre cas, une première incursion dans le travail de réalisation de cette cinéaste australienne. Bénéficiant de la présence de comédiens aussi prestigieux que John Lithgow et Olivia Colman, on ne pouvait trouver meilleurs instruments créateurs à faire de cette comédie dramatique une aventure existentielle sur la différence (l’histoire d’un homme qui apprend, peut-être trop tard, qu’il est homosexuel), parfois saupoudrée de sentiments prévisibles, mais dont le point culminant donne un aperçu de la réalité homosexuelle, du moins celle voulue par les dirigeants de cette proposition. On retiendra la présence de l’excellente Aud Mason-Hyde dans un rôle non-binaire qu’elle défend avec un mélange de timidité et de bravoure innée.

Maspalomas
MASPALOMAS (Espagne 2025) – Jose Mari Goenaga, Aitor Areggi
Le titre se réfère au nom de ce Provincetown espagnol, l’endroit ou un homme marié sorti du placard passe ses vacances à draguer et courir les endroits nocturnes gais. Après un AVC, à 76 ans, sa fille qu’il n’a pas vue depuis longtemps, viens l’aider. Si la première partie présente des scènes, certes assez brèves de sexualité homosexuelle rarement vues, le film se transforme en un voyage entre le passé et le présent qui dans un sens, raconte la route prise par l’Espagne, ou ne serait-ce qu’un court chemin, après la mort de Franco. Une certaine movida culturelle, politique et sociale (à tous les points de vue) qui sévit encore aujourd’hui, mais qu’une vieille génération désapprouve, nostalgique d’un passé fasciste révolu. Ramón Sorois signe une interprétation à la fois bouleversante et grave, traversée par la perte du temps qui passe et ne reste que le souvenir, inflexible et acharné.

Only Good Things
ONLY GOOD THINGS /Apenas Coisas Boas – (Portugal 2025) – Daniel Nolasco
Un film insolite, bouleversant par la beauté sauvage des lieux, par des personnages intentionnellement déconstruit puisque c’est l’environnement qui conduit leurs actions, parfois irréelles, comme s’il s’agissait de rêves ou de cauchemars éveillés. Un film d’auteur, certes, que d’aucuns peuvent trouver barbant si l’on ne tient pas compte de la véritable proposition de ce jeune cinéaste, né en 1983, disciple de ces grands maîtres du cinéma portugais qui l’ont précédé et ont construit un cinéma national, certes peu représenté, mais bâti selon des normes académiques, intellectuelles et hors du cinéma traditionnel. Un exemple magnifique de cinéma autre à prendre sérieusement en considération. Comme les temps changent, la sexualité homosexuelle, telle que montrée par Nolasco ne s’embarrasse guère de règles à suivre. Le plan assume son plein pouvoir, au détriment peut-être de la narration, mais peu importe pour le critique. Il est absorbé devant tant de beauté qu’illumine le plan, le cadre qu’il insère et le contenu, même atteint parfois par une grâce sauvage et indomptée.

The Captive
THE CAPTIVE / El cautivo – (Espagne, Italie 2025) – Alejandro Amenábar
L’Espagnol d’origine chilienne, Alejandro Amenábar s’est déjà distingué dans le passé par des œuvres plus ambitieuses ; ici, les enjeux sont d’autant plus risqués qu’ils tentent de concilier une théorie à la réalité selon laquelle l’incontournable auteur du Don Quichote aurait eu une aventure homosexuelle avec le Pacha d’Alger dans ses jeunes années, lors de sa présence en Afrique du Nord, au 16e siècle. Peu importe si cela est vrai ou faux, mais ce que Amenábar en fait. Une déconstruction de la réalité par des plans où les regards sont obsessionnels, le désir patent, les lieux faits de désir et d’interdits à défier. Si dans l’ensemble, la mise en scène fait parfois défaut, mélangeant passé et présent (non pas celui d’aujourd’hui, mais dans le film) rendant le tout alambiqué, on peut, à la rigueur, pardonner ces défauts, le tout retenant toute la rigueur de sa thèse.

We Are Faheem+Karun
WE ARE FAHEEM+KARUN / Ham Phaheem+Karun Hai (Inde 2025) – Onir (Anirban Dhard)
Un premier regard, un coup de foudre, et on y croit car autant Faheem que Karun ne peuvent tricher avec ce moment qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie. C’est à partir de ce partage aussi imprévisible que rêvé que le cinéaste indien entreprend ce voyage à travers les interdits d’une société aux règles strictes. Des scènes de pure fiction qui alternent à des prises de vue où les lieux désertiques (frontière entre deux nations) et naturels (forêts, bois) deviennent les appareillages dont revêtent intérieurement les protagonistes principaux, des façades protectrices qui peuvent céder néanmoins du jour au lendemain. La fragilité des amours qu’on appeler jadis interdites est illustrée par une finale, certes prévisible, mais dont le réalisme social n’a d’autre objectif que de se résoudre à une regrettable certitude, du moins dans ce coin du monde. Mais le fait d’avoir produit ce film est déjà un pas en avant.
