Resurrection

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 19 décembre 2025

SUCCINCTEMENT
Un jeune homme rêveur se réincarne dans cinq époques. Tandis que le XXe siècle défile, une femme suit sa trace.

Le FILM
| de la semaine |

ANGLE
| CRITIQUE |

Élie Castiel

★★★★

 

Rêver encore

de ces images

qui bougent

 

Pour atteindre l’incontournable mortalité, redevenir humain et ainsi finir un jour de vivre, pour atteindre un au-delà selon nos croyances respectives ou notre philosophie de vie si on a choisi de ne pas croire à une quelconque divinité.

Pour Bi Gan, cinéaste exemplaire proche d’un Apichatpong Weerasethakul, dont le plan est une affaire de morale, et donc plus important que le contenu, ou mieux encore définit le contenu, le rêve dont il s’agit est, dans Resurrection, titre emblématique, celui d’évoquer le cinéma, comme fenêtre ouverte sur le monde ; parler de son histoire, ses influences à travers le temps, de contemporanéité, de son impact sur l’individu, sur ses histoires d’amour, de mort et de création.

Film en épisodes, comme les âges de la vie, comme si du coup, ces cinq épisodes développés au cours des 160 minutes de durée se transformaient en fervents éléments formels d’une puissance inégalée, rejetant d’office le cinéma linéaire.

Resurrection devient ainsi une sorte de post-plan-séquence où on finit par comprendre que tous les chapitres se conjuguent en un amalgame énergisant, une fusion commune, même si chacun d’eux comprend son propre plan-séquence et l’un d’eux le dépasse de loin.

Une sorte de vide existentiel aux multiples possibilités.

Quelques genres cinématographiques sont explorés, certains pas très précisément car Bi Gan, volontairement, place le spectateur dans une condition de complice, comme tenter de comprendre tel ou tel plan, voir son rapport à la narration, au genre dont il est question. Comme le dialogue est plutôt restreint dans un film d’une telle durée, cela n’aide pas.

Essayer d’entrer dans l’univers sémantique de Bi Gan, tant au niveau du langage que celui de l’esthétique est un exercice périlleux. Et cette difficulté, le cinéaste du prodigieux Un grand voyage vers la nuit / Long Day’s Journey into Night en est conscient.

Bi Gan, avec sa puissante Resurrection, se console en combattant ce mauvais présage, en constituant une œuvre sincère, vitriolique envers les sans-rêves de tout acabit, laissant présager un avenir plus prometteur pour l’art qu’il défend. Mais plus simplement, il renforce l’idée selon laquelle le cinéma est une expérience collective qui se joue en groupe, socialement, comme pour prouver amoureusement qu’on existe.

Mais avant tout, le film de Bi Gan est un avertissement, un rappel bouleversant que le cinéma ne doit pas cesser d’exister. D’où le premier épisode, le meilleur à notre sens, où le 1.33 : 1 domine, explorant astucieusement le cinéma des premiers jours. Suivront le 1.85 : 1 et le 2.39 : 1, ces évolutions fantastiques parsemées parfois d’embûches. Dans Le mépris, à mon sens le meilleur Godard, il est écrit quelque chose comme « le cinéma est un art sans avenir » et c’est à l’intérieur d’une salle de projection de Cinecittà.

Bi Gan, avec sa puissante Resurrection, se console en combattant ce mauvais présage concernant le plus jeunes des sept arts en constituant une œuvre sincère, vitriolique envers les sans-rêves de tout acabit, laissant présager un avenir plus prometteur pour l’art qu’il défend. Mais plus simplement, il renforce l’idée selon laquelle le cinéma est une expérience collective qui se joue en groupe, socialement, comme pour prouver amoureusement qu’on existe.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Bi Gan

Scénario : Bi Gan. Direction photo : Jing Song Dong. Montage : Bi Gan. Musique : M83.

Genre(s)
Drame fantaisiste
Origine(s)
Chine / France
Année : 2025 – Durée : 2 h 40 min
Langue(s)
V.o. : mandarin, s.-t.a. ou français
Kwangie shidai

Bi Gan

Dist.
Enchanté Films
Contact / Prod.
[ FilmsWeLike ]

Diffusion 

Cinéma-Cinéma
[ @ du Musée & du Parc]

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]