Brigitte Bardot
| 1934-2025 |

 

Hommage
par Élie Castiel

Vie

privée

Brigitte Bardot, comme on
voudrait se la rappeler.

 

Elle aura vécu deux vies, d’une part celle de ses nombreuses présences à l’écran, des paparazzi qui ne cessaient de la guetter, la critique institutionalisée, en majorité peu élogieuse sur ses films, sauf à quelques rares exceptions. Et sa vie privée à La Madrague, son sanctuaire, refuge ces dernières décennies des animaux qu’elle défendait et auxquels elle tenait depuis sa retraite à 39 ans. Allons-y des prévisions : ce lieu emblématique, sis à Saint-Tropez, deviendra-t’ il musée ?

Mais en ce qui nous concerne, nous n’éviterons pas le cliché : Et Dieu créa la femme, demeure le film qui lance sa carrière internationale. Roger Vadim invente Brigitte Bardot, Bardot réinvente la femme. La Française d’abord, consciente de sa beauté, ses atouts physiques, son comportement, son attitude face à la sexualité, son rapport aux hommes. Mais surtout, être soi-même en dépit d’une société patriarcale guidée par la masculinité d’une autre époque et que certains, même dans les jeunes générations d’aujourd’hui regrettent un peu.

Et Dieu… créa la femme

Bardot, jusqu’à peu avant son décès, en ce qui a trait à ces rapports hommes-femmes d’une autre époque, et en dépit de l’ingérence masculine continue dans les affaires de la chair, construit un univers féminin totalement libre, une femme qui gère son corps, sa pensée, son côté puéril de nymphette affranchie. Un autre époque, et surtout un moment dans l’Histoire de l’Occident d’après-guerre.

Le mépris

La B.B. des premiers temps, depuis Et Dieu… créa la femme devient immédiatement un mythe, une personnalité inatteignable, très vite devenue vedette internationale qui donne envie à de nombreuses femmes de mimer par des gestes ou des jeux de physionomie ses coiffures, son habillé, ses moues. Comme celle que l’on admire dans les affiches de Et Dieu… créa la femme et surtout Le mépris. D’ailleurs dans les deux cas, c’est Bardot qu’on allait voir. Peu importe, pour la majorité, les noms de Vadim ou de Jean-Luc Godard.

Les critiques dits sérieux ne louent pas ses films, des comédies sans grande conséquence, mais sont totalement étonnés par sa performance dans La vérité ; après tout, c’est Henri-Georges Clouzot qui la dirige et, paraît-il, elle avait vécu un tournage assez douloureux, proche du suicide.

La vérité

Pour Le mépris, Jean-Luc Godard ne voulait pas d’elle, mais pris dans la gorge pour des raisons de production liées à l’argent, il obéit aux producteurs, mais invente une Bardot à sa façon. Comment réussir à demeurer intègre à son art et dans le même temps assumer la présence d’un mythe grand public (même si au fond, il reconnaît le beau travail de mise en scène de Clouzot dans La vérité) ; comment alors la filmer, choisir des effets chromatiques qui consacre la légende autour d’elle, la diriger comme si elle faisait désormais partie de son univers. En ce qui me concerne, c’est là le « meilleur » Godard, n’en déplaise à certains. D’ailleurs, elle apparaîtra quelques courtes minutes dans un autre JLG, Masculin-Féminin. Mais non-créditée.

Entre les spectateurs et Brigitte Bardot, une histoire d’attraits et de questionnements quant à ses attributs limités d’actrice. Pas toujours convaicante, mais physique parfait, une sculpture à la française, un symbole national. Le métier d’actrice de Brigitte Bardot demeure un paradoxe, un récit d’admiration et de rejet, d’idéalisation et de reconnaissance culturelle patriotique.

À mesure que le temps passe, les femmes, elles, prises dans la montée des mouvements féministes issus de l’ère hippie, ne s’identifient plus à elle. Les nouvelles femmes s’opposent à cet aspect « femme-objet » qu’elle revendique comme pilier des théories patriarcales. Et pourtant, B.B., elle,. manipule les hommes en quelque sorte.

Entre les spectateurs et Brigitte Bardot, une histoire d’attraits et de questionnements quant à ses attributs limités d’actrice. Pas toujours convaicante, mais physique parfait, une sculpture à la française, un symbole national. Le métier d’actrice de Brigitte Bardot demeure un paradoxe, un récit d’admiration et de rejet, d’idéalisation et de reconnaissance culturelle patriotique.

Elle quitte le métier, après un film moyen, ou plutôt médiocre, inédit ici d’ailleurs, L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise (1973), introuvable en numérique ou peut-être à un prix exorbitant. J’ai pu me procurer une VHS de mauvaise qualité pour la forme, pour dire que j’ai presque tous les Bardot.
Das son quotidien, une nouvelle cause : la défense des animaux. Changement d’attitude de la part des féministes, elles épousent ce nouveau combat et considère Bardot désormais, persona grata. Au Canada, les industriels de la fourrure la honnissent. Plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, on constate qu’ils avaient tort.

Ses prises de position politique, sont de droite – elle défend le Front National de Marine Le Pen ; autrement dit une droite décomplexée, anti-immigration, ceux et celles qui pensent que « c’était mieux avant ». Bardot critique les islamistes de tout acabit, notamment dans leurs habitudes d’abattage des animaux, ce qui lui vaut des poursuites. En ce qui me concerne, je me limite à ses premières années et condamne son idéologie de droite.

Son dernier film, mentionné ci-haut, correspond à une date du siècle dernier où les valeurs sociales changent. Bardot quitte le cinéma, mais c’est à se demander si ce n’est pas plutôt le cinéma qui la quitte, son image ne correspondant plus à la femme plus libérée et surtout aux idées libérales. Même si…

Nous avons vu la majorité de ses films. Nous avons étés subjugués par ses nombreuses présences, nonobstant la qualité discutable des diverses interprétations dans la plupart, nous condamnons irrévocablement certains aspects de sa vie hors-caméra, dont ses propos racistes et homophobes, même si du côté homosexuel, elle a souvent dit qu’elle était régulièrement entourée de gays.

Aujourd’hui, prenant conscience que les choses ne sont pas parfaites, je réalise qu’il existe un paradoxe indissociable entre nos idéaux et ceux de certains artistes, quelles que soient leurs professions, qui nous ont marqué d’une façon ou d’une autre. Le reste n’a pas d’importance. Le contraire serait se plonger dans l’amertume et dans le combat éternel.

Brigitte Bardot, tout au court de la décennie 1960, d’une modernité hallucinante. Le paradoxe enchantée.

MA PROPRE FILMOGRAPHIE
(par ordre alphabétique)
13 films retenus sur les plus de 50

Babette s’en va-t’en guerre – Christian Jaque
En cas de malheur – Claude Autant-Lara
Et Dieu… créa la femme – Roger Vadim
L’ours et la poupée – Michel Deville
La femme et le pantin – Julien Duvivier
La vérité – Henri-Georges Clouzot


Le mépris – Jean-Luc Godard
Le repos du guerrier – Roger Vadim
Les bijoutiers du clair de lune – Roger Vadim
Une ravissante idiote – Édouard Molinaro
Vie privée – Louis Malle
Viva Maria ! Louis Malle
Voulez-vous danser avec moi ? – Michel Boisrond