Magellan
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 16 janvier 2026
Porté par le rêve de franchir les limites du monde, Magellan défie les rois et les océans. Au bout de son voyage, c’est sa propre démesure qu’il découvre et le prix de la conquête. Derrière le mythe, c’est la vérité de son voyage.
ANGLE
| CRITIQUE |
Pascal Grenier
★★★★ ½
La foi
en
eaux
troubles
Aborder Magellan de Lav Diaz, c’est accepter d’emblée de se délester des réflexes habituels du spectateur pressé pour entrer dans un territoire où le cinéma se vit comme une traversée, au sens le plus littéral du terme. Fidèle à sa réputation de cinéaste de la durée et de la contemplation, Diaz signe ici un drame historique et biographique d’une rigueur formelle impressionnante, tout en proposant, fait relativement rare chez lui, une œuvre presque accueillante — toutes proportions gardées — dans sa radicalité.
Tourné en format 4/3, avec un grand angle et une caméra presque toujours immobile, Magellan donne l’impression que chaque plan pourrait être encadré et accroché à un mur. Il y a dans cette fixité une beauté scripturale, une façon de laisser le temps imprimer les images comme des tableaux vivants. La photographie somptueuse d’Artur Tort — que l’on avait déjà admirée dans Pacifiction — enveloppe le film d’une poésie grave, où la nature n’est jamais simple décor, mais véritable interlocutrice. Chez Diaz, les arbres, la boue, l’eau stagnante et le ciel semblent observer les hommes autant que l’inverse.
Le récit se concentre sur l’expédition de Fernand de Magellan et, plus largement, sur les entreprises coloniales portugaises et espagnoles aux Philippines. Diaz, cinéaste philippin parmi les plus prolifiques de sa génération (près de quarante films en moins de trente ans, dont une quinzaine dépassent les trois heures), choisit ici une durée presque modeste pour lui : 163 minutes. Un format qui n’enlève rien à l’ampleur du projet, mûri pendant sept ans, mais qui le rend légèrement plus accessible, notamment parce qu’il s’appuie sur un épisode fondateur des grandes découvertes.

Une discipline de fer.
Pour autant, Diaz ne renonce jamais à son identité. La lenteur assumée, l’attention portée aux gestes, aux silences et à la relation constante entre l’homme et son environnement restent au cœur de sa démarche. Gael García Bernal, étonnamment habité, incarne Magellan avec une intensité intérieure qui évite toute glorification facile. Le navigateur apparaît moins comme une statue héroïque que comme un homme rongé par la foi, l’orgueil et le doute.
La barbarie, omniprésente, est filmée avec une retenue glaçante. Diaz préfère le hors champ, les corps inertes entassés sur les navires, les terres détrempées où l’eau se mêle au sang. Rien n’est spectaculaire, tout est frontal dans sa sobriété. Le voyage — de l’Atlantique au Pacifique, du Brésil jusqu’au détroit qui portera le nom de Magellan, puis jusqu’aux Philippines — devient une lente descente vers le cauchemar, marquée par la faim, la maladie et la violence idéologique.
Oeuvre exigeante, Magellan s’adresse clairement à un spectateur averti ou curieux de vivre une expérience cinématographique hors normes. Mais pour qui accepte l’embarquement, le film de Lav Diaz se révèle être bien plus qu’un récit historique : un voyage initiatique, sensoriel et intellectuel, qui interroge la mémoire, la foi et la violence fondatrice de l’Histoire.
Au-delà du simple récit d’affrontement entre envahisseurs et peuples autochtones, Magellan propose une réflexion beaucoup plus vaste sur le colonialisme et la croyance. Diaz place la foi au centre de son film, allant jusqu’à sanctifier la figure mythique de Magellan. Ici, le diable n’est peut-être pas celui que l’on croit : il se cache dans les certitudes, dans la volonté de convertir au nom d’un salut prétendument universel.
Oeuvre exigeante, Magellan s’adresse clairement à un spectateur averti ou curieux de vivre une expérience cinématographique hors normes. Mais pour qui accepte l’embarquement, le film de Lav Diaz se révèle être bien plus qu’un récit historique : un voyage initiatique, sensoriel et intellectuel, qui interroge la mémoire, la foi et la violence fondatrice de l’Histoire.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Lav Diaz
Scénario : Lav Diaz. Direction photo : Lav Diaz, Artur Tort. Montage : Lav Diaz, Artur Tort. Musique : Daniel Lopatin.
Genre(s)
Drame historique
Origine(s)
Espagne / Portugal / France
Taïwan / Philippines
Année : 2025 – Durée : 2 h 40 min
Langue(s)
V.o. : multilingue; s.-t.a. & s.-t.f.
Magalhães

Lav Diaz
Contact & Prod.
[ Janus Films ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Musée ]
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
