Les échos du passé
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 30 janvier 2026
Quatre filles de quatre décennies différentes grandissent ensemble dans une ferme et semblent être liées les unes aux autres.
Le FILM
| de la semaine |
ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel
★★★★
Éclairages intimes
Pour une raison qui m’échappe puisque les souvenirs sont lointains, le film de Mascha Schilinsky me rappelle un film du Tchèque d’Ivan Passer du milieu des années 1960, Éclairage intime, d’où le titre de notre texte, ajusté au pluriel.
Que le Passer ne dure que 70 minutes et celui de Schilinsky plus de deux heures et trente minutes importe peu. Entre les deux récits, aucun de point de ressemblance, sauf un dénominateur commun selon lequel la famille (dans le Schilinski) est rassemblée dans une même demeure et que les allers-venues, les incidents de parcours, les mouvements de la vie deviennent des idées extraordinaires pour vêtir le plan et ajuster le cadre selon les humeurs de chaque créateur. Même son de cloche chez le Passer, où se sont des amis qui investissent les lieux et marquent dans un certain sens ce milieu des années 60 dans une perspective est-européenne.
Effectivement, si l’on retient sérieusement la proposition pour le moins inusitée de Mascha Schilinsky, totalement absorbée par la mise en scène, seul compte ici l’(in)continuité du récit. Quatre récits qui se superposent, se permettent des retours en arrière, particulièrement vers la première partie, la plus convaincante, celle qui soulève les questions qui s’échelonnent tout le long du film.
Un refus catégorique de bande-son, même si le film contient dans son générique les noms de Michael Fiedler et de Eike Horenfeld qui, par leurs compositions quasi occultes, procurent au film une atmosphère de distanciation, et pourtant si proche de l’âme.

Comme si elle annonçait le futur.
Rarement le cinéma n’aura été aussi visuel, plus porté par le plan, le cadre, dont le ratio 1.37 : 1 n’est pas seulement un détail, mais donne au film ce caractère « album familial », des clichés pris à travers le temps, selon les humeurs et les circonstances. C’est ce qui fait la force de ces Échos du passé, titre français où le souvenir se transforme en une série de catharsis qui culminent vers la purification ou son contraire. Le film de Schilinski est fait aussi de ses contradictions, particulièrement révélées dans la première partie.
La finitude, point central de ce film-quatuor où la pellicule et les couleurs prennent l’allure de ces vieux home movies (en français, films amateurs n’est pas assez fort ) sans qu’ils le soient, car il existe dans le processus de création un véritable contrôle sur ce que signifie faire un vrai film.
Chose bizarre, existe ici un humour particulier qui s’installe à chaque période illustrée, germanique, osant libérer ne serait-ce que quelque instants, la gravité des propos. Car dans ce parcours familial où c’est dans une grande demeure que demeurent les principaux protagonistes, c’est à une mise en scène quasi architecturale à laquelle nous sommes conviés. Portes de toutes les chambres qui s’entrouvrent pour découvrir le défendu ou le privé, trous de serrure des portes, des endroits de pures découvertes, autant d’agents formateurs pour découvrir la vie.
Un beau film, un très beau film, une œuvre philosophique, une fable ou parabole, à chacun de répondre, mais avant tout l’un des plus beaux films de ce début d’année. Car il exige avant tout l’intelligence et la rigueur d’observation des spectateurs.
Les femmes, Alma, Erika, Angelika et Lenka sont les principales anti-héroïnes de ce récit. Des battantes qui tentent de s’installer dans un monde imprévisible.
Et dont la pulsion de mort s’installe petit à petit. Où les jeunes, particulièrement Alma – extraordinaire Hanna Heckt totalement absorbée par son jeu – qui, dans un sens, est celle par qui les autres, à travers le temps, subsistent et existent.
Et les Hommes, eux, dans ce monde très féminin, déploient virilité, quelques accents de misogynie, une relation incestueuse non illustrée ; le sexe au quotidien, les attouchements consentis, la boisson, les besognes quotidiennes, et bien entendu, la fidélité aux lois rigides de la procréation.
Un beau film, un très beau film, une œuvre philosophique, une fable ou parabole, à chacun de répondre, mais avant tout l’un des plus beaux films de ce début d’année. Car il exige avant tout l’intelligence et la rigueur d’observation des spectateurs.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Mascha Schilinski
Scénario : Mascha Schilinski, Louise Peter. Direction photo : Fabian Gamper. Montage : Evelyn Rack. Musique : Michael Fiedler, Eike Horenfeld.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Allemagne
Année : 2025 – Durée : 2 h 35 min
Langue(s)
V.o. : allemand; s.-t.a. / s.-t.f.
Sound of Falling
In die Sonne schauen

Mascha Schilinski
Dist.
Film Service Supérieur
Contact & Prod.
[ MUBI ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Parc ]
Cineplex
Cinémathèque québécoise
[ Dès le vendredi 6 février 2026 ]
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
