Le Point |.| 10
du Ven 06 au Jeu 12 mars 2026

César 2026
L’année des dérapages

 

C’est du moins l’impression que l’ensemble de la cérémonie, inutilement prolongée, nous donnait. Un hommage plus ou moins mérité au canado-américain Jim Carrey, confirmant jusqu’à quel point les Français ont toujours favorisé les comiques des États-Unis, Jerry Lewis en tête.

Comme maître de cérémonie le comédien Benjamin Lavernhe, le plus souvent convaincant, mais pas toujours, qui en mettait trop, essayant d’épater la galerie.

Une galerie où brillaient les robes et les dames qui les vêtaient ; tenues achetées ou empruntées, peu importe ; et les hommes, un peu brouillon parfois, mais en général, en tenue de soirée. Sourires, accolades et autres convenances, comme c’est le cas partout.

Puis, lorsque la magnifique actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani a livré son remarquable discours sur la situation en Iran, dans un français parfait, sans lire un mot, par cœur, sentant le poids de ses déclarations – elle, élégante, d’une modestie affable, mais en même temps proche de désespoir que traverse son pays, un tonnerre d’applaudissements avec une salle restée assise, sans ovation, alors que la dame le méritait hautement.

Une ovation, certes, mais celle manifestée lorsque que Carrey est monté sur scène. Quelques secondes, presqu’une minute (c’est beaucoup) de standing ovation. Premier dérapage incontrôlé lorsqu’on pense à la première intervention musclée citée plus haut.

Totalement inadmissible.

Comme si du coup, le parterre et les balcons de l’Olympia s’étaient mis d’accord pour ne penser que cinéma et glamour. Les discours politiques, « connaît pas ».

De temps en temps, la caméra pointée sur Jafar Panahi, malheureusement parti bredouille de cette cérémonie, alors que c’est le Carine Tardieu, de L’attachement qui a raflé la célèbre statuette, bon film, intelligemment articulé, mais loin des préoccupations que lance admirablement bien Panahi. Les votants souffraient-ils d’amnésie ?

Dans les documentaires de long métrage, Le chant des forêts, de Vincent Munier, s’est mérité la récompense dans cette catégorie. Sans doute parce que le film, qui honore la nature et sa sérénité, est une réponse à toute l’horreur du monde actuel, plein de vices et sans vertus.

Des numéros musicaux à « l’américaine », sans l’être, alors que l’Hexagone peut se vanter d’une riche culture, mais pas toujours exhibée comme il aurait fallu. Somme toute, une cérémonie qu’on espère plus aiguisée en 2027.

Ce soir-là, j’étais indigné.

Élie Castiel
Rédacteur en chef