Le Point |.| 11
du Ven 13 au Jeu 19 mars 2026
Un oubli
de justesse
Trop pris par l’actualité cinématographique, de plus en plus volumineuse (on ne comprendra jamais ce phénomène), mais sans doute poussant distributeurs et exploitants à rehausser leurs coffres-forts. Résultat : deux expositions mémorables au MBA, dont l’une d’elle consacrée à Kent Monkman, je n’ai pas la voir qu’une journée avant la fin de sa tournée montréalaise.
Une œuvre sensuelle, permissive, transgressive, parlant d’Histoire, de Premières Nations, de colonialisme, de religion catholique, d’abus de toutes nature concernant les jeunes autochtones. Lançant en plein visage des spectateurs, nombreux, trop nombreux, un regard critique sur l’art, pas très en vogue dans l’âme populaire.
Parions que ce même monde s’est laissé persuader par les nombreuses critiques dithyrambiques d’un peu partout. À juste titre puisque nous sommes, d’un tableau à l’autre, pris par ce courant où nos sens s’arrêtent de composer avec le temps et la découverte pour entrer dans un monde qui nous dépasse.
Une œuvre sensuelle, permissive, transgressive, parlant d’Histoire, de Premières Nations, de colonialisme, de religion catholique, d’abus de toutes nature concernant les jeunes autochtones. Lançant en plein visage des spectateurs, nombreux, trop nombreux, un regard critique sur l’art, pas très en vogue dans l’âme populaire.
Un génie qui brosse une partie de l’Histoire de l’art pictural en saisissant justement ce qu’il a de plus noble, tout en déconstruisant les paradigmes par une approche queer. Direct, sans passer par des tours de cache-cache, sommant le spectateur, ne serait-ce que le temps de leur parcours, d’ouvrir les yeux aux différences.
Pour ma part, l’œil va des tableaux à l’assistance dans le même temps, les regards sont figés, le geste parfois gêné devant tant de liberté, de désinvolture, de cette prise de conscience, toujours présente chez tout artiste qui se respecte. Si vous ne l’avez pas vue, procurez-vous le catalogue en vente.
Et puis, une autre exposition, du grand portraitiste photographique Richard Avedon. Le noir et blanc domine, et c’est tant mieux puisque les visages tantôt mis en scène, tantôt pris sur le vif, défilant comme dans un album de famille qui passe d’une génération à l’autre. Borges, Gárcia Márques, pub pour Vanity Fair.
Artiste terriblement américain, mais lançant une sorte d’assurance intéressée à l’étranger. L’exposition se poursuit jusqu’au 9 août 2026 au Musée des Beaux-Arts de Montréal.
Mais le portrait le plus saisissant, celle de son père, Jacob Israel Avedon, presqu’à l’aube de son trépas, geste pourtant controversé dans la religion juive, du moins par certains.
Ce visage entre en rapport constant et intime dans la réalité de l’artiste, nous laissant une étrange sensation, d’une part, celle de conduire le regard dans une sorte de voyeurisme inconscient, et en même temps, cette particularité d’entrer dans une aisance non voulue qui laisse un goût d’inconfort, mais que nous acceptons par la force des choses.
Élie Castiel
Rédacteur en chef
