Miroirs No. 3

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 20 mars 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Lors d’un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l’accident et s’occupe d’elle avec affection.

ANGLE
| CRITIQUE |

Élie Castiel

★★★★

 

Le début du film nous met dans un certain embarras, une sorte de reflexe normal pour tout individu normalement constitué. Expression que le talentueux Christian Petzold a un certain plaisir à nous rendre perplexe, notamment dans le visage qu’exprime Laura (changeante à chaque scène Paula Beer, prenant un malin plaisir à changer de registre).

 

La déroute

 

En cours de route de cet étrange début, avant le terrible accident qui va provoquer la mort de son petit ami (avec qui elle ne s’entendait plus), elle croisera le visage de Betty (très convaincante Barbara Auer), un plan rapide mais ô combien significatif, annonciateur d’un récit aussi étrange qui évoque en quelque sorte le Teorema de Pasolini, mais dans une version plus ou moins alambiquée.

Car à mesure que la narration progresse, on entre dans le drame intime, la comédie dramatique (car il y a quand même des épisodes moins lourds) et un nouveau genre que Petzold semble inventer pour les besoins de son œuvre, une filmographique de la déroute, de l’anti-cohésion, car la vie est ainsi faite.

Qui sont ces gens qui nous regardent ?

Ce que vivent les protagonistes de ce film frappés par le deuil, qu’on devine très vite dans le film demeure que le cinéaste aime bien que les spectateurs sachent lire les images et comprendre ce à quoi il aspire, une sorte de collaboration entre l’assistance et le réalisateur qu’il considère comme des individus qui réfléchissent et analysent.

On assiste à un suspense, certes, mais pas celui des grands moments grand public de ce qu’il représente. Au contraire, un déroulement narratif qui rejoint le quotidien chez chacun des personnages selon le rythme qui donne au film son titre, Miroirs no. 3, en référence au célèbre Miroirs no. 3 – une barque dans l’océan de Maurice Ravel.

D’une part puisque la personne décédée dans cette famille embrouillée savait très bien jouer du piano et qu’elle exprimait ce morceau de Ravel de façon exemplaire ; et hasard, la nouvelle jeune femme (Laura/Paula Beer) qui prend, soi-disant, le relais de la disparue, l’exprime aussi bien.

Ce niveau hautement réfléchi de l’intrigue chez le cinéaste allemand situe le spectateur et le cinéma tout court dans une branche post-moderniste selon lequel le cinéma a encore des balises narratives à inventer.

Le dernier plan, un quasi gros plan sur Laura, souriante comme par conviction, pour la première fois dans le film, nous donne cet lumière intime et, pourquoi pas, chaleureuse, nous rappelant que les plaies peuvent se cicatriser et les nouveaux départs se croiser dans le champ des possibles.

L’œuvre de Christian Petzold, dans toute son ambiguïté, manifeste de ce désir farouche de contrôler l’expérience cinématographique comme un laboratoire expérimental, sujet à des transformations, pratiques, tentatives, quitte à risquer d’être en défaut.

Mais avant tout, l’authenticité de Miroirs no. 3 repose surtout sur le degré de psychanalyse que le scénario et la mise en scène jettent sur les personnages ; chacun à sa façon relevant le défi d’une histoire sur le deuil qu’on essaie d’amadouer pour continuer à vivre.

Le dernier plan, un quasi gros plan sur Laura, souriante comme par conviction, pour la première fois dans le film, nous donne cet lumière intime et, pourquoi pas, chaleureuse, nous rappelant que les plaies peuvent se cicatriser et les nouveaux départs se croiser dans le champ des possibles.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Chrisitian Petzold

Scénario : Christian Peltzold. Direction photo : Hans Fromm. Montage : Bettina Böhler. Musique : Pièces du répertoire classique, dont Ravel, Chopin, et autres, ainsi que des morceaux populaires, pris au hasard des situations.

Genre(s)
Drame
Origine(s)
Allemagne
Année : 2025 – Durée : 1 h 26 min
Langue(s)
V.o. : allemand, s.-t.f. / s.-t.a.
Miroirs Nº 3

Christian Petzold

Dist.
Enchanté Films
Contact/Prod.
[ Films We Like ]

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Musée ]
Cinémathèque québécoise

Classement
Visa GÉNÉRAL

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]