Le Point |.| 27
du Ven 03 au Jeu 09 juillet 2026

Les nuits d’Europe
(Europa di notte)  d’Alessandro Blasetti

Le Mondo

un genre mort-né

 

Nous volonté d’entamer ce juillet avec un sujet plus aéré que d’habitude, est en accord avec la saison estivale et proche de l’incontournable Fantasia, en abordant un genre, comme notre titre sous-titre l’indique, « mort-né », le Mondo.

À travers les ans, depuis que la section internationale a vu le jour, Fantasia en a présenté quelques-uns, au compte-goutte néanmoins, car dans l’ensemble, les fondateurs de l’évènement n’ont jamais été intéressés au genre, s’inscrivant essentiellement sur leurs cases départ, les cinémas asiatiques.

Le Mondo ou le documentaire sensationnaliste, tel que conçu par un certain Gualtiero Jacopetti, avec son Mondo cane, suivi d’une suite infatigable signée par d’autres cinéastes italiens et suivie par imitateurs un peu partout à travers les sociétés libres occidentales – même au Québec, avec Montréal interdit (1991), de Vincent Ciambrone et ailleurs au Canada, bien avant, en 1980, avec Mondo Strip, d’Anthony Kramreither.

Des pays comme la France, l’Italie bien entendu, l’Espagne et autres lieux méditerranéens, comme le Maroc, les Mondo accusent un très grand succès. Au Maroc, par exemple, une salle du centre-ville affiche un Mondo une semaine, et la semaine d’après un Bergman. Bizarrement, le même public accourt.

Le Québec, et notamment Montréal les accueille favorablement en termes de films grand public, mais la critique est sévère, et conseille les spectateurs ‘à proscrire’ ces films. Certains passent trois à six moins après leur sortie en salle, à la télévision. Ce qui s’appelait dans le temps, le Canal 10 (Télé-Métropole), leur réserve un accueil , bien entendu, en très fin de soirée, le samedis soir en général. Voici pour l’anecdote.

Le Mondo n’est pas une seule entité en soi, mais constitue quelques variantes : l’anthropologique, le sexy nocturne, le snuff et bien autres fioritures qui confèrent une nouvelle identité, le psychotronisme.

Le genre disparaît au début du XXIe de notre ère, dû à un féminisme revendicateur, l’accès des femmes aux commandes de certains postes autrefois réservés au hommes, ce qui a pour conséquence la fin du patriarcat d’une autre époque ; la femme se masculinise non pas tant pour imiter les hommes, mais afin d’interrompre à jamais les modèles accaparant et souvent misogynes.

Si aujourd’hui les mouvements masculinistes prolifèrent, revendiquant un retour en arrière, les agitations de résistance sont beaucoup plus disposées qu’auparavant.

Manifestation intime de la sexualité, l’érotisme est devenu une commodité, perdant ainsi de son mystère et de ses multiples ravissements.

On soulignera que le genre n’existe plus aussi pour des raisons qui nous semblent apparentes. Un changement de cap s’est opéré dans le cinéma érotique – streaming, sites Internet, réseaux sociaux… Son évolution l’a transformé en cinéma de la pornographie, genre où les corps se conjuguent le plus souvent sans émotion ni véritable sensualité: l’homme demeure pourtant le dominant, la femme l’objet sexuel dominé. Le désir reste absent. Un autre paradoxe !

Dans un autre ordre d’idée, on note une désaffection pour les attractions de cabaret, remplacées aujourd’hui par des spectacles moins kitsch et clinquants, souvent diffusés dans les canaux spécialisés à la télé.

Dans l’ethnologique, on dénonce le côté raciste, sensationnaliste, colonialiste, voire une volonté de faire de l’homme blanc, l’exemple parfait de l’évolution.

Sur un autre ordre d’idée, la femme rejette son ancien statut d’objet mythique, mais en même temps, au nom de la liberté d’expression, elle dénonce la censure de certaines formes d’expression de la pornographie.

Autre paradoxe.

Somme toute, les spectacles de cabaret d’antan, où l’effeuillage domine, surtout à partir de 1950, sont triés sur le volet. Le Crazy Horse de Paris, qui continue d’ailleurs à attirer, surtout les touristes, maintient sa cote d’écoute, mais d’autres lieux bien cotés se spécialisent également.

Dans les années de l’âge d’or, tout au long de ces nuits à haute tension, la femme n’est pas véritablement un objet du désir et si elle l’est, la lumière, le maquillage, tout ce qu’elle cache de corporel, geste réfléchi, demeure occulté, rendant le mythe féminin infranchissable.

Manifestation intime de la sexualité, l’érotisme est devenu une commodité, perdant ainsi de son mystère et de ses multiples ravissements.

Élie Castiel
Rédacteur en chef