The Stunt Driver
ANGLE
| CRITIQUE |
texte : Pascal Grenier
★★★
La folie
des
grandeurs
Après quelques productions Netflix de facture alimentaire, notamment Coffee & Kareem et Stuber, Michael Dowse revient en pays natal avec The Stunt Driver, un projet manifestement plus personnel qui lui permet de renouer avec Jay Baruchel, déjà dirigé dans Goon. Le cinéaste de Fubar s’intéresse ici à une figure singulière de l’histoire québécoise du spectacle à sensations fortes : Ken Carter, cascadeur et casse-cou montréalais qui s’était mis en tête de réaliser l’impossible, soit franchir le fleuve Saint-Laurent sur une distance d’un mille à bord d’une voiture propulsée par une fusée.
Une histoire qui avait déjà fait l’objet du documentaire The Devil at Your Heels en 1981, consacré à cette entreprise aussi démesurée que dangereuse. Dowse reprend donc un récit dont l’issue est connue, mais dont le parcours demeure suffisamment extravagant pour justifier une nouvelle reconstitution. Le film joue d’ailleurs intelligemment sur cette dimension de rêve américain à la sauce québécoise : un homme désillusionné, pratiquement seul contre tous, qui refuse d’abandonner son projet malgré les obstacles financiers, les sceptiques et les multiples revers.

Le coureur (gauche) et le sous-fifre, qui rêve de le remplacer.
Jay Baruchel est particulièrement bien choisi pour incarner Carter. L’acteur apporte au personnage une vulnérabilité et une obstination qui évitent d’en faire simplement un autre clone d’Evel Knievel, son rival et modèle, interprété ici par Ben Foster dans un rôle secondaire. Carter n’est pas présenté comme un héros invincible, mais comme un homme qui a tellement investi dans son rêve qu’il ne lui reste pratiquement plus rien d’autre à perdre.
Dowse privilégie heureusement une mise en scène rugueuse et rythmée plutôt qu’un spectacle hollywoodien hypertrophié. La reconstitution d’époque, modeste mais convaincante, profite également de l’intégration d’images d’archives qui donnent au récit une texture documentaire bienvenue afin de nous rappeler que derrière le folklore se trouve un véritable casse-cou qui mettait littéralement sa vie en jeu.
Ce n’est pas le grand film que l’histoire de Ken Carter aurait peut-être mérité, mais c’est suffisamment énergique et humain pour nous donner envie de croire, pendant quelques heures, à ce rêve complètement fou.
Le problème est que The Stunt Driver demeure malgré tout assez prévisible dans sa construction. On reconnaît rapidement les différentes étapes du récit biographique traditionnel : le rêve impossible, les humiliations, les problèmes financiers, les revers, puis la détermination renouvelée. Dowse ne réinvente donc pas la roue — ce qui est presque ironique dans le cas présent — et certaines situations manquent de profondeur pour dépasser le simple récit d’un homme obsédé par son ambition.
Après plusieurs films d’action et comédies mécaniques sans grande saveur, Dowse signe ici un retour sympathique, imparfait mais sincère. Ce n’est pas le grand film que l’histoire de Ken Carter aurait peut-être mérité, mais c’est suffisamment énergique et humain pour nous donner envie de croire, pendant quelques heures, à ce rêve complètement fou.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Michael Dowse
Scénario : Michael Dowse. Direction photo : Sara Mishara. Montage : Reg Hartema. Musique : Cristobal Tapia de Veer.
Genre(s)
Chronique biographique
Origine(s)
Canada
Année : 2026 – Durée : 1 h 39min
Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.a. & Version française
Le grand saut
Distributeur
Axia Films
Contact info.
[ Bravo Charlie ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Parc]
Cineplex

Micchael Dowse
Crédit : @ Wikipedia
Classement
Visa GÉNÉRAL
[ Déconseillé aux jeunes enfants ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Ce n’est pas le grand film que l’histoire de Ken Carter aurait peut-être mérité, mais c’est suffisamment énergique et humain pour nous donner envie de croire, pendant quelques heures, à ce rêve complètement fou.