À toi pour toujours, ta Marie-Lou
@ Théâtre du Rideau Vert
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★★★★
Les
silences
enfouis
Dans notre cas, c’est la première fois que nous assistons à cette pièce de Michel Tremblay, créée pourtant en 1971, il y a donc 55 ans, et reprises quelques fois au cours des décennies.
À en juger par la mise en scène d’Henri Chassé, cette version actuelle augure fort probablement, ou du moins faut-il l’espérer, une sorte d’engouement envers une certaine forme de théâtre classique qui, tout en respectant ses origines, propose malgré tout une contemporanéité.

Une mise en abyme théâtrale circonstancielle.
Crédit : @ Danny Taillon
Tour de force difficile à atteindre et qui, du coup, dans ce cas-ci, réussit à nous convaincre. Scénographie épurée, non loin du minimalisme, même si le récit l’exige, mais dans une forme réinventée ? Équipe de trois comédiennes conquises par des rôles puissants, qu’elles jugent encore contemporains, et d’un comédien possédé par son personnage ? Mise en scène faite de silences bruts et de paroles d’une gravité inconcevables ? Tout en soulignant ce mélange d’atmosphère lourde qui pèse sur la scène et que, soudain, une note d’humour vient briser pour calmer provisoirement les esprits.
Manon (Catherine Paquin-Béchard, totalement absorbée par son personnage) et Carmen (Rose-Anne Déry, qui rappelle allégrement dans nos esprits la Ste-Carmen de la Main, autre pièce de résistance), deux sœurs qui brillent justement par leurs intensités discordantes.
Si la lourdeur des silences et la violence qui ne se manifeste que par des gestes incommodes sont des exemples de résilience affectée, la version contemporaine de la pièce emblématique de Michel Tremblay est l’exemple déchirant et souverain à la fois qui marque la continuité absolue de son oeuvre.
Et dont les souvenirs peu luisants d’un passé dramatique concernant leurs parents sont présentés ici dans de magnifiques mise en abymes scéniques qui rendent tout de même justice à la structure du récit.
Aussi, ici, un sous-thème, celui d’un état indépendant ; c’est à travers la langue québécoise du peuple que s’illustre ce constat indéniable. Un parler québécois populaire d’une musicalité à la fois colorée et transgressive. Ce détail dans À toi pour toujours, ta Marie-Lou se veut à la fois politique et pour les spectacteurs contemporains, d’aujourd’hui, le cri, pour certains, strident, vers un nouveau départ.
Si la lourdeur des silences et la violence qui ne se manifeste que par des gestes incommodes sont des exemples de résilience affectée, la version contemporaine de la pièce emblématique de Michel Tremblay est l’exemple déchirant et souverain à la fois qui marque la continuité absolue de son oeuvre.
FICHE PARTIELLE DE CRÉATION
Texte
Michel Tremblay
Mise en scène
Henri Chassé
Assistance à la mise en scène
Jean Gaudreau
Interprètes
Michel Charrette (Léopold), Rose-Anne Déry (Carmen)
Catherine Paquin-Béchard (Manon), Madeleine Péloquin (Marie-Lou)

Crédit : @ Martin Girard
(Shoot Studio)
Décors
Loïc Gaudreau
Costumes
Cynthia St-Gelais
Éclairages
Lucie Bazzo
Musique
Jean Gaudreau
Durée
1 h 20 min
[ Sans entracte ]
Public (suggéré)
Tout public
Diffusion & Billets @
TRV
Jusqu’au 28 février 2026
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
