Jongué, carnet nomade

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 24 juillet 2020

SUCCINCTEMENT
Serge Emmanuel Jongué naît à Aix-en-Provence en 1951, d’un père guyanais descendant des Bonis et d’une mère polonaise ayant survécu aux camps de concentration. Durement éprouvé par la mort de sa mère alors qu’il était enfant, il découvre la photographie grâce à un appareil offert par son père.

< COUP DE CŒUR
de la semaine >

texte
Élie Castiel

★★★★ ½

En ajoutant au générique le nom de Zavala après Ferrand, le cinéaste a sans doute voulu se situer au diapason du personnage qu’il dépeint dans le film, c’est-à-dire se substituer à lui, ou plutôt partager avec lui le même périple identitaire. Une quête de soi totale qui a conduit, d’une part le cinéaste, là où il continue son œuvre de foi, documenter le monde, l’esprit; de l’autre, l’image intentionnellement immaculé d’un artiste hors du commun qui s’est construit par un amalgame d’origines, de questionnements et de remises en perspectives sur la vie et la création. Dans un sens, s’approprier les racines des provenances.

La mère, son principal centre d’affinité. La génitrice, blanche, polonaise, ayant survécu aux camps de concentration; le père, noir, d’origine guyanaise, cultivé, avec tout ce que cela comporte à une époque où le métissage dans les couples n’est pas monnaie courante et plus encore, pas si bien vu.

La certitude des provenances

Et pour le principal intéressé, seule la fuite, les voyages vers d’autres cieux, vivre d’autres expériences, à la fois enrichissantes et productives. Il a vécu partout, et s’est installé Montréal au cours des années 1970. Bienheureuse coïncidence puisque l’époque correspond à d’énormes changements socio-politiques qui s’opèrent au Québec, intéressant davantage le jeune homme pour les nombreuses raisons qu’on peut deviner.

Une fois de plus, on constate que dans le choix des sujets, Ferrand [Zavala]  prend à cœur des personnages qui se dépassent dans leurs quêtes personnelles et parfois collectives. On le signalera dans le cours et puissant Cimarrones (1982), dans American (2007) et encore plus dans le percutant 13 A Ludodrama About Walter Benjamin, un autre double exilé, parce qu’aussi Juif.

Jongué, l’individu, c’est surtout l’occasion de se trouver une voie, comme écrire, peindre, s’intéresser aux arts; la bande dessinée l’inspire car en elle, de surcroît, existe une déformation volontaire de l’Humain, nécessaire pour comprendre l’essence même de la vie, justement en raison de cette irascible déconstruction du vivant. Il s’intéresse aux autochtones qui, à ses yeux, vivent les mêmes tensions identitaires que lui, si ce n’est plus.

La mise en scène de Ferrand se distingue par cette tentative fort joliment réussie de contourner les codes du documentaire classique pour le situer au rang des récits poétiques. La voix off du montréalais Joël Des Rosiers, d’origine haïtienne, n’est pas fortuite. Elle sert de rempart, d’anaphore à la voix et au discours jonguien, passant de l’intime au collectif, de la douceur à la colère justifiée avec un aplomb extraordinaire. On ne verra Jongué, physiquement, que dans de rares documents d’archives. Son absence physique dans le film est d’autant plus magistrale que seule la voix l’emporte sur toutes autres considérations.

Plus que tout, Jongué, carnet nomade porte bien son titre. Aussi bien dans l’aventure de la vie, l’exil, le croisement et surtout et avant tout la création, autant d’intuitions internes qui valent la peine qu’on les réalise. Simplement pour exister.

L’importance du son, signé Catherine Van Der Donckt, donne le ton qu’il faut à la peinture d’une personnalité exceptionnelle, peu connue du grand public, mais que Carlos Ferrand Zavala arrache de l’oubli et de l’anonymat. Excellent montage de Guillaume Millet qui juxtapose brillamment et méticuleusement tous ces éléments hybrides constituant l’ensemble du film, comme ces moments furtifs où l’animation de Frances Mckenzie brille par sa maîtrise.

Plus que tout, Jongué, carnet nomade porte bien son titre. Aussi bien dans l’aventure de la vie, l’exil, le croisement et surtout et avant tout la création, autant d’intuitions internes qui valent la peine qu’on les réalise. Simplement pour exister.

Plan sur une boîte de thé métallique d’un autre temps; celui d’un appareil photo tout aussi vieux qui se dissout. Deux images du temps qui passe et qui laisse indéniablement des traces. Édifiant. Essentiel. Sublime.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Carlos Ferrand Zavala

Genre(s)
Documentaire biographique

Origine(s)
Canada [ Québec ]

Année : 2019 – Durée : 1 h 21 min

Langue(s)
V.o. : français ; s-t.a.

Jongué, a Nomad’s Journey

Dist. @
Les Films du 3 mars

Classement
Tous publics

En salle(s) @
Cinéma du Musée
Cinéma Moderne
Avis : Salle à horaire irrégulier ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

Pærish: The Curse of Aurore Gagnon

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 24 juillet 2020

SUCCINCTEMENT
Une clé USB du dark web révèle des images effrayantes de trois cinéastes américains lors d’un voyage d’écriture de scénario dans une region agricole à l’extérieur de la ville de Québec, alors qu’ils faisaient des recherches sur un cas de meurtre d’une jeune enfant en 1920.

SANS
COMMENTAIRES

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Mehran Torgoley

Genre(s)
Horreur

Origine(s)
États-Unis

Année : 2020 – Durée : 1 h 30 min
Langue(s)
V.o. : anglais ; s.-t.f.

La malédiction d’Aurore Gagnon

Dist. @
Cinémas Guzzo – Les Films
@ Cult Cinema

Classement
En attente

En salle(s) @
Guzzo

 

Pompéi

PRIMEUR
Sortie
Vendredi 24 juillet 2020

SUCCINCTEMENT
Dans le sud de la France, des enfants se rassemblent tous les jours dans un coin désertique autour d’une bâtisse en béton, sans portes ni fenêtres. Les adultes sont presque absents de cet univers idyllique où le temps s’est arrêté péniblement.

< BRÈVE >

texte
Élie Castiel

★★★

Séduisant malgré tout

Un film atypique. En premier lieu pour son titre, point de référence d’un endroit irréel, cette cité antique ensevelie, dans le film illustrée par une terre quasi désertique et magnifiquement filmée qui reprend ses droits, sans s’annoncer, car là depuis des lustres. Et pour les deux cinéastes qui signent ici leur première coréalisation, un espace vierge, sauvage, où tout peut arriver. Ou mieux encore, où rien n’arrive, sauf regarder le temps qui passe avec une nonchalance quasi abusive, agressive même. Une bande d’enfants qui semblent abandonnés, par leurs parents, par le lieu, par l’étrangeté éthérée et dans le même temps barbare du paysage.

Pompéi, sans doute pas une découverte, mais suscite notre attention.

La mise en scène respire par le peu de dialogue, préférant la légitimité du non-dit, de ce que l’on devine, de ce que l’on décide de faire ou pas. Un récit amoureux aussi, entre Victor, campé par un Aliocha Schneider qui semble amusé de reprendre contact avec ses racines hexagonales et Billie (tiens, un prénom masculin), rôle tenue par Garance Marillier, une présence où le genre n’est pas important, homme, femme, entre les deux. Et pourtant, un fort rapport au corps entre ses deux personnages même si Victor semble, par moments, dépassé.

C’est aussi la présence de Vincent Rottiers qui frappe. Il nous fait plaisir de le revoir, même si nous avons eu l’occasion récemment dans Sympathie pour le diable et autrefois, entre autres, dans Le monde nous appartient, qui m’avait impressionné. Une gueule, une fraîcheur, un tempérament. Pompéi, sans doute pas une découverte, mais suscite notre attention.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Anna Falguères

John Shank

Genre(s)
Conte poétique

Origine(s)
Belgique / Canada

France

Année : 2019 – Durée : 1 h 35 min

Langue(s)
V.o. : français

Pompéi

Dist. @
Métropole Films

Classement
Interdit aux moins de 13 ans

En salle(s) @
Cinéma Beaubien
Et dès le 31 juillet @

Cinéma Moderne
Avis : Salle à horaire irrégulier ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Mauvais. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]

 

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