RÉSUMÉ SUCCINCT Préparation et déroulement de la 20e édition du Festival 4 Chemins à Port-au-Prince à l’automne 2023.
Un air de quotidien. Crédit : Joseph Hillel (Quatre par Quatre Films)
B R E F S APERÇUS
| Opposition quasi constante entre l’insécurité ambiante spécialement le soir et la farouche volonté de tenir cette manifestation nécessaire ;
| La caméra s’immisce dans des réunions de l’équipe directrice, capte des instants de répétitions et de mise en scène et des séquences de la vie courante à l’extérieur de ce lieu protégé ;
| Les témoignages de Guy Régis Jr., directeur artistique, du chorégraphe Jeanguy Saintus et d’autres artistes, les prestations ingénieuses de Youyou et de Badou servent de limon à des moments de spectacles devant public souvent trop courts ;
| La possibilité de la migration est évoquée dans ce contexte devenu depuis encore plus délétère. La discussion dans un théâtre au Québec est insuffisamment présentée ;
| La présence lumineuse de Frankétienne rend patente la continuité de cette production artistique nationale dans un environnement par ailleurs cauchemardesque ;
| Pour continuer de suivre le travail de ce cinéaste (Rêveuses de villes).
[ LC ] Cote : ★★★
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Joseph Hillel
Idée : Joseph Hillel. Direction photo : Nicolas Canniccioni. Montage : Heidi Haines. Musique : Mathieu Charbonneau.
Genre(s) Documentaire de mœurs Origine(s) Canada [Québec] Année : 2024 – Durée : 1 h 24 min Langue(s) V.o. : français; s.-t.a. At All Kosts
Joseph Hillel
Dist. [ Contact ] @ Koutekekout Films [ Quatre par Quatre Films ]
RÉSUMÉ SUCCINCT Rencontre de deux femmes fréquentant le parloir d’une prison de Gironde.
CRITIQUE texte : Luc Chaput
★★★ ½
L’échappée belle
Une femme, offusquée de ne pas voir son mari incarcéré, s’écroule dans la salle d’attente.
Les longs métrages de prisons sont nombreux et souvent importants tels Sing Sing de Greg Kwedar dernièrement, et Le prophète de Jacques Audiard. Ici, le scénario à plusieurs mains renverse la proposition en s’intéressant aux épouses venues de près ou de loin visiter à l’occasion d’une séance de parloir leurs maris coincés là. Mina qui s’est trompé de date de rendez-vous doit retourner par train dans la ville dans laquelle elle a un emploi peu rémunéré d’où son esclandre.
Alma qui a compris le manège lui offre de passer la nuit dans sa grande propriété. Ancienne danseuse, membre de la bourgeoisie bordelaise, elle est donc une habituée du paraître et trouve en cette provinciale une interlocutrice différente plus mutique que ses commensaux du cru.
Une amitié fusionnelle qui échappe à toute intempérie.
Les rencontres subséquentes entre les prisonniers et leurs conjointes illustrent dans un cadre restreint l’écart entre les deux unions, l’un écoute, l’autre pas. Le chirurgien est désabusé, le voleur continue à vouloir s’en sortir. La mise en scène de Mazuy offre des fausses pistes symbolisées par cette ouverture chez un fleuriste dans laquelle le haut et le bas sont triturés dans une surcharge de couleurs que la cliente fortunée emporte à la maison. Le récit, étant donnée le contexte pénitentiaire, prend des allures de règlements de comptes mâtinés de cours d’histoire de l’art.
Isabelle Huppert, par sa luminosité intrinsèque au service d’un texte qui lui fournit plusieurs bons mots, offre un chatoiement de zones d’ombre et de lumière. Vingt ans après Saint-Cyr sur l’œuvre de madame de Maintenon, Patricia Mazuy revient différemment sur la nécessaire éducation des femmes et sur leur alliance souhaitable.
La photographie de Simon Beaufils capte avec précision les changements de lumière dans ce Sud-Ouest limitrophe de l’océan. Hafsia Herzi, déjà réalisatrice de Bonne mère, fait de Mina une ouvrière qui se demande dans quel but l’autre veut l’aider. Par son interprétation, elle rend compréhensible les mouvements du jeu de dames qu’elle relance. Isabelle Huppert, par sa luminosité intrinsèque au service d’un texte qui lui fournit plusieurs bons mots, offre un chatoiement de zones d’ombre et de lumière. Vingt ans après Saint-Cyr sur l’œuvre de madame de Maintenon, Patricia Mazuy revient différemment sur la nécessaire éducation des femmes et sur leur alliance souhaitable.
Scénario : Patricia Mazuy, Pierre Courrège, François Bégaudeau, avec la collaboration de Émilie Deleuze. Direction photo : Simon Beaufils. Montage : Mathilde Duyard. Musique : Amin Bouhafa.
Genre(s) Drame Origine(s) France Année : 2024 – Durée : 1 h 48 min Langue(s) V.o. : français La prisonnière de Bordeaux
Patricia Mazuy
Dist. [ Contact ] @ K-Films Amérique [ Les Films du Losange ]
RÉSUMÉ SUCCINCT En 1942, Tauba, une adolescente pleine d’énergie, échappe de justesse avec ses parents à la rafle du Vel d’Hiv. Un couple, les Dinanceau, leur propose de les cacher provisoirement dans un minuscule débarras de leur immeuble, sous les toits de Paris, le temps que les choses se calment.
CHOIX de la semaine
Du désaveu
à l’espérance
CRITIQUE Élie Castiel
★★★ ½
Fils de l’autre Tavernier, qui a marqué d’une empreinte indélébile le cinéma français et les pages de nombreux critiques de cinéma et pourquoi pas, d’historiens du 7e Art, de son père Bertrand, Niels a sans doute retenu une certaine attitude envers ceux et celles qui ont accepté de tourner avec lui.
Ça se voit dans cette espèce de paradoxe entre le travail exigeant de la caméra, celle de Vincent Gallot , de par son parcours, directeur photo passe-partout qui, dans le contexte du film dont il est question, s’abreuve d’un tempérament sérieux dû au contexte pour permettre au récit d’éviter le ton mélodramatique qui l’incombe souvent dans ce genre de projet. Une distanciation bienvenue.
C’est ce qui frappe avant tout dans La vie devant moi, très ressemblant avec le célèbre The Diary of Anne Frank (Le journal d’Anne Frank), le respectueux film de George Stevens, pas très haut placé dans la marge de Metascore (IMDb), mais bon… un détail sans doute.
Un grand écart pris entre le sujet traité et le huis-clos dont il est question dans le cas de La vie devant moi. Une sorte d’emprisonnement dans un espace presque carcéral ou trois personnages sont cachés jusqu’à ce que la situation se calme. Sauf que…
Nonobstant ce qui arrivera par la suite, la grande partie du film s’accroche sur cette idée d’espace scénique qui, au fond, aurait facilité une mise en scène théâtrale – meilleure idée sans doute. Mais dans le même temps, il faut créditer Niels Tavernier d’avoir réussi sans doute un film plus que satisfaisant, même s’il n’arrive pas à reproduire les mêmes effets de réalisation que le très beau L’incroyable histoire du facteur Cheval, une peinture d’ensemble presque surréaliste.
Une sorte de théátralité voulue.
La critique a été mitigée pour La vie devant moi, et dans un sens, on peut le comprendre. Le titre on ne peut plus annonciateur, celui d’un meilleur futur, comme si l’héroïne, Tauba (très attachante, mais surtout combative Violette Guillon – quelques films à l’écran et des télés – ici, sans doute, son meilleur rôle ; elle tient mordicus à faire des choses à venir une histoire de survie, quelles que soient les conséquences – fin de parenthèse, pour dire qu’il existe dans ce film une certaine affectation. Mais est-ce un défaut ?
Guillaume Gallienne et Adeline d’Hermy jouent les parents de l’adolescente. Gallienne semble le plus présent dans le film, non pas en ce qui a trait au diverses séquences du récit, mais dans son aura, et justement, ses silences, sa gestuelle, son comportement peu expressif. C’est voulu. Pour le comédien, une sorte de mise en charge personnelle qui consiste à rendre son rôle comme il le voit, quitte à rompre avec la direction d’acteur.
Dans le cas d’Adeline D’Hermy, une fixation sur son personnage, très proche de l’abandon psychologique et émotionnel dont il est question. Chose bizarre, c’est la véritable Tauba Birembaum, qui en 1987, lors d’une entrevue, fait état de cette histoire.
Mais justement, la question, tout le monde sait de quoi il s’agit : les conséquences et les récits de la Shoah. À l’heure où les survivants de cette tragédie se font de plus en plus rares ou carrément finissent par ne plus exister, pourquoi produire encore des films sur la question ?
La vraie, sereine, digne, une belle femme ; certains l’ont vu dans des documentaires sur la question. Quand ces choses arrivent, comme ce fut le cas des Birembaum, on passe le plus souvent du déni à la douleur ou à l’espoir.
Mais justement, la question, tout le monde sait de quoi il s’agit : les conséquences et les récits de la Shoah. À l’heure où les survivants de cette tragédie se font de plus en plus rares ou carrément finissent par ne plus exister, pourquoi produire encore des films sur la question ? Se le demander est déjà une sorte de négationnisme, certes sincèrement involontaire dans la plupart des cas, mais non pour le moins préjudiciable, particulièrement si l’on tient compte sur ce qui se passe ces derniers temps entre Judaïcité et politique. Pour le reste, c’est selon de quel côté on se place dans l’échiquier conflictuel que l’on vit présentement.
Scénario : Niels Tavernier, Guy Barenbaum, Laurent Bertoni. Direction photo : Vincent Gallot. Montage : Thomas Beard. Musique : Baptiste Colleu, Pierre Colleu.
Genre(s) Drame Origine(s) France Année : 2024 – Durée : 1 h 33 min Langue(s) V.o. : français; s.-t.a. The Future Awaits