Babygirl

P R I M E U R
Sortie
Mercredi 25 décembre 2024

 

CRITIQUE
Élie Castiel

★★★

Simulacres

et

chuchotements

 

Une courte séquence sulfureuse et, avouons-le, adroitement préméditée entre Romy (comme toujours, très compétente Nicole Kidman) et Samuel (Harris Dickinson, signataire de quelques courts métrages et, comme acteur, entre autres, le « pas si pire » The Iron Claw et dernièrement, Blitz) évoque une de Basic Instinct, de Paul Verhoeven ; n’empêche que Halina Reijn tient à rappeler que son scénario ne se veut en rien comparable, voyant en ce moment précis une manifestation d’un des thèmes du film, le fantasme.

La majorité des critiques dits institutionnalisés sont d’accord pour défendre le film, avec tous les discernements que cela comporte. D’autres verront une sorte de produit dérivé sur le désir et le fantasme féminin de la femme actuelle prêt pour consommation. Évitons les extrêmes, et soyons centristes. Idéologie par très en vogue de nos jours.

On a beau réfléchir après la projection : une chose est claire, la très grande partie des spectateurs mâles, bien entendu, hétérosexuels, se rinceront l’œil ou plutôt l’esprit, car Babygirl, avant tout est psychologique, une sorte de thérapie active sur ce qui traverse l’esprit plus que sexuel, malgré les apparences.

Comme si on n’avait rien à cacher.

Romy s’invente des jeux (elle a subi une jeunesse difficile), qu’elle repousse au début, certes, mais qu’elle saisit par la suite, laissant libre cours à son imagination. Et Samuel dans tout cela ? Après tout, c’est un homme, et très masculin, et très porté sur le sexe, manipulateur par moments ; sur ce point, la réalisatrice de quelques films, parmi lesquels, Bodies Bodies Bodies (très bien accueilli à Fantasia en 2022) possède quelque chose de très sincère dans sa démarche thématique – la femme face aux nouveaux enjeux sexuels, l’homosexualité étant l’un d’eux, comme on le soulignera dans ce film – d’ailleurs, même le personnage de Samuel, lors d’une séquence dans une discothèque, laisse présager un doute, mais Reijn décide de ne pas élaborer, question d’éviter de rompre avec le sujet principal.

Le regard (gaze en anglais, quel mot aussi fort) masculin semble être resté le même, même aujourd’hui. Celui de la femme, beaucoup plus évolué, a décidé de conclure un marché avec les avancées sociales – d’ailleurs, n’a-t-on pas dit au début du siècle que ce dernier sera celui de la femme ? Cette aspiration de la part de la cinéaste néerlandaise est constamment illustré sans filtre dans ce film qui se veut érotique, mais demeure, au contraire, psychanalytique.

Peut-on conclure que tous ces divertissements ludiques (et lubriques) ne sont, après tout, que des simulacres, des apparences, des faux-semblants ? Dans l’ensemble du film, ils se passent dans la quiétude et particulièrement par le biais de chuchotements. Comme si le sexe, quelle que soit l’orientation des personnages, était une forme de « passe-temps » normal, mais parfois à haut risque.

D’où une mise en scène nerveuse qui calcule au millimètre près la durée des séquences, comme si, du coup, tous les comportements des personnages dans le film se voulaient compatibles avec le dénouement.

Et pourtant, Kidman, la comédienne, privilégie un jeu statique, quasi clinique, le plaisir se faisant sentir de l’intérieur. Dickinson, lui, plus terre à terre, mais expéditif dans ces jeux charnels – en tant que mâle, tous les droits lui sont encore permis.

Peut-on conclure que tous ces divertissements ludiques (et lubriques) ne sont, après tout, que des simulacres, des apparences, des faux-semblants ? Dans l’ensemble du film, ils se passent dans la quiétude et particulièrement par le biais de chuchotements. Comme si le sexe, quelle que soit l’orientation des personnages, était une forme de « passe-temps » normal, mais parfois à haut risque.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Halina Reijn

Scénario : Halina Reijn
Direction photo : Jasper Wolf
Montage : Matthew Hannam
Musique : Cristobal Tapia de Veer

Genre(s)
Drame
Origine(s)
États-Unis
Année : 2024 – Durée : 1 h 54 min
Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.f. & Version française
Babygirl

Halina Reijn

Dist. [ Contact ] @
Entract Films
[ A24 / Elevation Pictures ]

Diffusion @
Cinéma du Parc
Cineplex

Classement
Interdit aux moins de 16 ans
[ Érotisme ]

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★
Bon. ★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]