Ballet du Grand Théâtre de Genève
@ Place des Arts
CRITIQUE
[ Danse ]
Élie Castiel
★★★★
Sidi Larbi Cherkaoui
Ihsane et le songe des illusions
Des pays du Maghreb, le Maroc est le plus résilient, ouvert aux différentes cultures et particulièrement confessions, là où Musulmans, Juifs et Chrétiens ont vécu ensemble depuis toujours. Quelques heurts de parcours, bien sûr, mais une entente selon laquelle le principal but est de profiter d’une terre hospitalière où seule l’odeur du vent, la couleur du sable et quelque chose de difficile à cerner nous rendent la joie d’exister.
C’est ce que montre en tout cas, Ihsane (le programme nous dit que ça signifie bonté, générosité), mais étant moi-même de ce pays, le vocable quasi intraduisible, signifie encore plus, comme plusieurs mots marocains qui dépassent la simple transposition dans une autre langue. Pour la simple raison, que comme dans le spectacle, il s’agit d’une expérience avec son prochain, la nature, les choses, comme un rituel qui se perd dans la nuit des temps et rend compte de l’ADN sociale d’un Maroc éternel.
Au début, il est dit que des deux importants peuples sémites, l’Arabe et le Juif (qui soit dit en passant, écrivent de droite à gauche – mais ne semblent pas s’entendre ces derniers temps), la calligraphie arabe est la plus sensuelle, allant vers tous les sens de la volupté ; par chuchotements, sans vraiment bien l’entendre, on signalera aussi « hébreu » ; on peut le comprendre, grand risque à prendre ces derniers temps. Mais bon !

Une mixité entre le côté sacré de la danse,
les accessoires du rituel et inventivité.
Crédit : Thomas Amoureux
La ballet, notamment dans une première partie, riche en variations scéniques et d’une sexualité conquise qui prend quand même des pauses quand il le faut, il sera à un moment donné directement question de Gaza. T-Shirt à l’appui, également d’une Cisjordanie complice aux débordements israéliens des Colons et qui, sous la houlette bienveillante de Sidi Larbi Cherkaoui, ceux-ci, comme par miracle, vont rejoindre dans leur mort quasi annoncée les victimes pour proposer une « réconciliation chorégraphique rêvée » (un moment émouvant). Adage selon lequel l’Art serait la réponse à presque tous nos questionnements existentiels.
Un retour aux sources où la mixité des classes sociales s’épanouit, les castes n’existent plus, les différences s’estompent pour laisser la place à une entente que l’on veut pérenne.
[ … ] il s’agit d’une expérience avec son prochain, la nature, les choses, comme un rituel qui se perd dans la nuit des temps et rend compte de l’ADN sociale d’un Maroc éternel.
Et puis, par coïncidence ou pas, on se met à penser indubitablement (mais ce n’est pas dans le spectacle) aux manifestations en temps réel des jeunes marocains d’aujourd’hui, revendiquant leur droit à l’éducation et à la santé. Cette chronique « breaking news » (en français, nouvelles de dernière heure), sans qu’on se rende compte, rend ce brillant opéra de Cherkaoui encore plus évènementiel et déchirant.
Entre le délire de l’individualisme sectaire, le côté belligérant des Hommes et la coexistence florissante, partagée et profitable, Ihsane propose une alternative des plus raisonnées dans un conflit où, sans contredit, et quoi qu’on en dise, les deux partis ont tort si on réfléchit avec sa tête et moins avec ses émotions.
Laissons à nos diplomates humanistes le soin de que faire avec le passé, le présent et le futur, on l’espère, plus serein. C’est du moins l’effet que produit ce brillant spectacle où danse, musique, chants en forme de vives mélopées et questionnements se partagent la scène.
1 h 45 min
(sans entracte)
Diffusion & Billets @
Place des Arts
(Maisonneuve)
Ven 3 & Sam 4 oct 2025
20 h
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
