Bedrock

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 20 février 2026

RÉSUMÉ SUCCINCT
Un voyage à travers la Pologne d’aujourd’hui tissant des histoires d’habitants vivant sur les sites de la Shoah.

 

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★★

Soyons clairs, ne passons par quatre chemins. Il existera toujours entre les Polonais de confession chrétienne, majoritaires, notamment ceux et celles d’autres générations, et les Juifs issus du même pays, d’étranges liens de fascination et de désaccord. Une sorte d’amour-haine qui s’est toujours manifesté au cours du temps.

 

Et la vie continue

 

Ex de Concordia (la meilleure école de cinéma à Montréal – ce n’est pas une pub, mais une évidence), Kinga Michalska signe, après le court Vampires: Nothing to Laugh At (2023), qui parle aussi de traumatisme, un premier long métrage documentaire qui a failli ne pas être réalisé. Heureusement que le film existe et produit un effet autant d’angoisse, de bouleversement, mais aussi lance le discours qui montre d’où sont issues les mésententes entre les races (ici, catholiques et juifs en Pologne).

Durant le régime nazi au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les Polonais savaient-ils quel sort les Nazis réservaient aux Juifs ? Impuissants pour certains, collaboration pour d’autres ; nous sommes dans une petite région de la Pologne, non loin du camp d’Auschwitz où les descendants des familles qui ont vécu là depuis le second conflit mondial y sont restés, sans la moindre attention à ce que le lieu représente encore aujourd’hui.

Indifférence, comparaison avec ce qui se passe aujourd’hui un peu partout dans cet univers qui ne sait plus où il s’en va. Michalska, par un tour de prestidigitation bien orchestré, suscite le discours, plutôt mieux dit, le provoque.

Lieu d’un autre temps qui n’a rien perdu de ses paradoxes.

La jeune génération de catholiques s’empressent de déclencher la parole muette, interdite, de dire les choses comme elles ont été, telles que rapportées par leurs anciens. Certains se libèrent d’un poids, d’autres, peut-être par souci de nostalgie, privilégient le bon vieux temps, mais de façon allusive, comme si les intervenants ne saisirez pas le sens de leur propos.

Michalska filme la terre, grise, avec une végétation qui ne semble pas avoir changé depuis ce temps tragique dans l’Histoire de l’humanité. Les cimetières juifs de fortune ou de ce qu’il en reste. La parole est de mise. C’est elle qui calme ou au contraire divise.

Filip, grand et jeune gaillard Juif polonais d’aujourd’hui, qui travaille pour l’entretiens des cimetières juifs des lieux, est un des noyaux centraux du film. Sa discussion avec son amie de cœur ? sa femme ? est l’un des moments les plus cruciaux du film. Ce qui semble l’indifférence de la femme, en opposition à la recherche de vérité de Filip illustre bien la mentalité des gens de la région.

Alors que le voix antinomiques et les manifestations se multiplient avec ce qui se passe entre Israël, Gaza et la Cisjordanie, chose tout à fait normale, un film comme Bedrock (traduit en français par Roche-mère) assume son identité, permet un autre discours qui, faut-il le rappeler, ne rassemblera pas autant de partisans, mais le fait que le film soit diffusé est déjà un pas en avant.

Mais il y aussi cette partie du film où une jeune mère de famille provoque des parents, les livrant à faire face à leurs propres contradictions. Ce qui ressort de ce documentaire saisissant, non pas par les images, mais par les paroles, c’est bel et bien l’idée de débat, de discours sur des choses de la vie et de l’Histoire que nous avons perdu de vue.

Alors que le voix antinomiques et les manifestations se multiplient avec ce qui se passe entre Israël, Gaza et la Cisjordanie, chose tout à fait normale, un film comme Bedrock (traduit en français par Roche-mère) assume son identité, permet un autre discours qui, faut-il le rappeler, ne rassemblera pas autant de partisans, mais le fait que le film soit diffusé est déjà un pas en avant.

On voudrait dire qu’il s’agit aussi, entre guillemets, d’antisémitisme immuable, mais cette forme de racisme semble, aujourd’hui, de l’ordre de l’inapte interdit.

À noter que Bedrock, un documentaire grave, puissant, énergique, justement en raison du calme déstabilisant et retentissant qu’il suscite, est présenté dans deux salles à Montréal, à raison de séances très limitées. Nous tenons à souligner cette incohérente situation.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Kinga Michalska

Scénario : Kinga Michalska. Direction photo : Hanna Linkowska. Montage : Paul Chotel, Omar Elhanny. Musique : Radwan Moumneh.

Genre(s)
Documentaire
Origine(s)
Canada
Année : 2025 – Durée : 1 h 42 min
Langue(s)
V.o. : polonais; s.-t.a. / s.t.f.
Roche-mère

Dist.
Films du 3 mars
Contact & Prod.
[ Filmoption International ]

Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ du Musée ]
Cinéma Public

Kinga Michalska

Classement (suggéré)
Visa GÉNÉRAL

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]