Black Dog
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 27 juin 2025
Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu’il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d’amitié avec l’un d’entre eux.
CRITIQUE
Pascal Grenier
★★★★
L’humanité
en silence
Il y a parfois des films qui arrivent comme des mirages dans le désert du cinéma contemporain. Des œuvres discrètes, tenaces, qui ne cherchent pas le clinquant ou la surenchère émotionnelle, mais qui s’imposent par leur sincérité brute, leur regard humain, leur lenteur habitée. Black Dog de Guan Hu est de ceux-là. Ce drame chinois d’une âpreté admirable, présenté et primé dans la section Un Certain Regard à Cannes l’an dernier, est une véritable révélation. Un film qui marche tête baissée dans la poussière des routes oubliées, mais dont le cœur bat à chaque plan.
Guan Hu — cinéaste encore trop peu connu en Occident malgré une œuvre déjà bien étoffée — signe ici un film d’une austérité envoûtante, mais jamais aride. Black Dog est une parabole sur la solitude, la dignité des laissés-pour-compte, et la difficile réconciliation entre l’homme et le monde qu’il a abîmé. Le récit, minimaliste, suit un ancien détenu chargé de capturer des chiens errants dans une ville du nord de la Chine en voie de démolition. C’est un cadre de désolation, de fin de règne, où tout semble avoir été vidé de sa substance, sauf, paradoxalement, le regard du film lui-même.

Une complicité faite d’échanges discrets et de non-dits.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la richesse visuelle de l’œuvre, qui ne fait jamais dans l’épate mais construit patiemment un univers fait de brume, de béton effrité, de silences lourds. La mise en scène est d’une rigueur exemplaire, chaque plan est composé comme un tableau, mais sans maniérisme. Il y a une beauté dans la décrépitude, un sens du détail qui rappelle les grands films d’Andreï Zvyagintsev ou de Jia Zhangke, mais avec une économie de moyens et une sécheresse qui évoquent également le néoréalisme italien. Et pourtant, malgré cette épuration, malgré cette dureté apparente, Black Dog est rempli d’une tendresse inattendue mené par une excellente prestation d’Eddie Peng et de son chien, bouleversant tout autant.
Black Dog est un film modeste dans sa forme, mais immense dans sa portée. Une œuvre rugueuse, qui gratte là où ça fait mal, mais qui offre aussi des instants de grâce pure, de réconciliation muette entre l’humain et le vivant. Un de ces films qui nous rappellent que la tendresse n’a pas besoin de mots, et que le cinéma, quand il regarde le réel avec humilité et précision, peut encore bouleverser sans artifices.
C’est là tout le paradoxe du film : dans ce monde où tout semble voué à la disparition, Guan Hu ne filme jamais ses personnages comme des symboles ou des figures de style. Il leur rend leur pleine humanité, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus tenace. Le lien qui se tisse entre l’homme mutique et ce chien noir, sauvage et blessé comme lui, aurait pu sombrer dans le sentimentalisme ou la métaphore appuyée. Mais le film évite tous les pièges de l’artificialité. Il avance à son rythme — lent, contemplatif, presque ascétique — mais jamais ennuyeux, parce qu’il est habité par une intensité morale, un amour discret pour ses personnages et pour les marges qu’ils occupent.
Pas de violons, pas de discours, pas de coups de théâtre. Juste le monde tel qu’il est, dur, souvent injuste, mais encore traversé par des éclats de bonté. C’est rare. C’est précieux.
Black Dog est un film modeste dans sa forme, mais immense dans sa portée. Une œuvre rugueuse, qui gratte là où ça fait mal, mais qui offre aussi des instants de grâce pure, de réconciliation muette entre l’humain et le vivant. Un de ces films qui nous rappellent que la tendresse n’a pas besoin de mots, et que le cinéma, quand il regarde le réel avec humilité et précision, peut encore bouleverser sans artifices.
Un joyau. Rien de moins
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Guan Hu
Scénario : Guan Hu, Rui Ge, Bing Wu. Direction photo : Weizhe Gao. Montage : Mathieu Laclau, He Yongyi. Musique : Breton Vivian.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
Chine
Année : 2024 – Durée : 1 h 50 min
Langue(s)
V.o. : mandarin; s.-t.a. / s.-t.f.
Le chien noir
Ghouzen

Guan Hu
Dist. [ Contact ] @
The Forge
[ Playtime ]
Diffusion @
Cinéma du Parc
Cinémathèque québécoise
Classement
Visa GÉNÉRAL
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
