RÉSUMÉ SUCCINCT
Le fonctionnaire Li Shande se lance dans une mission quasi impossible : livrer des litchis frais sur plus de 5 000 kilomètres pendant la dynastie Tang, afin de satisfaire les exigences de la cour impériale.
S A N S COMMENTAIRES
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Da Peng
Genre(s) Aventures Origine(s) Chine Année : 2025 – Durée : 2 h 02 min Langue(s) V.o. : mandarin; s.-t.a. Chang’An De Li Zhi
RÉSUMÉ SUCCINCT
Chatila et Reda sont deux cousins palestiniens réfugiés à Athènes. Ensemble, ils multiplient les combines pour rassembler une importante somme qui leur permettra d’acquérir de faux passeports, sésame vers l’Allemagne où ils rêvent de pouvoir enfin construire leur vie.
COUP de ❤️ de la semaine
CRITIQUE texte Élie Castiel
★★★★ ½
Les ailleurs
indiciblement
incertains
« In a way, it’s sort of the fate of Palestinians, not to end up where they started, but somewhere unexpected and far away. » Edward Said T.L : D’une certaine façon, le sort des Palestiniens est en quelque sorte celui de ne pas finir là où ils ont commencé, mais dans un endroit inopiné et de bien loin.
Ce carton d’entrée en matière du film est pris d’une pensée du théoricien, activiste et critique américano-palestinien ; il explique de façon vertigineuse la trajectoire d’une mise en scène propulsée par le destin d’un exil auto-imposé.
Ce n’est pas surprenant que le film se passe à Athènes, en Grèce, lieu depuis quelque temps de ces migrants, passage obligé de ceux qui rêvent d’un Occident libre de toutes contraintes sociales ou politiques, à l’inverse de ces territoires géographiques laissés derrière soi, car atteints de corruption, d’injustice, de désordre, de pauvreté endémique ou de quoi d’autre que d’un conflit territorial qui s’éternise.
Le Dano-Palestinien Mahdi Fleifel est de ceux-là, issu du traumatisme de ses origines. De guerres incessantes, de frontières imposées, de check points (terme plus fort que points de contrôle) vertigineux. Dû, bien sûr, à un conflit ayant généré des attaques terroristes d’un côté et des défensives de l’autre, chacun soutenant sa cause alors que des accords par-ci, par-là échouent constamment, sabotés par l’une ou l’autre partie qui s’opposent depuis de longues décennies.
Au hasard des rencontres, un rappel de ce qu’on a laissé derrière soi.
Chatila (excellent Mahmood Bakri), au prénom prédestiné, et son cousin Reda (Aram Sabbah, lui aussi Palestinien – brillant dans sa timidité et débrouillardise) ont quitté la Palestine, atteignent un camp de réfugiés libanais, pour se retrouver ensuite à Athènes. Ils se débrouillent, vivent de menues combines, rencontrent un jeune adolescent futé et astucieux qui n’a personne sur qui compter. Amitié, complicité, tendresse ordinaire. Pour de l’argent, Reda, par ailleurs, vend son corps aux hommes esseulés d’un certain âge, ce qui ne semble pas trop gêner Chatila – sans doute qu’il devine sa possible homosexualité. Outre, rencontre avec des trafiquants peu recommandables, eux aussi issus de l’exil et qui ont trouvé dans la ville emblématique le moyen de faire du commerce illégal. Le cinéaste n’est pas tendre à ce sujet, rendant la fiction encore plus réaliste.
Finalement, un récit presque d’aventures urbaines dans une capitale grecque qui n’a rien d’une carte postale, en proie à l’apport de nouvelles identités causé par les sursauts sinueux de l’Histoire. Une Athènes marginale même dans sa caresse du microcosme qu’elle accueille, celle des laissés-pour-compte. Le but initial des deux cousins : partir pour l’Allemagne. Le nouvel Eden occidental.
Bien plus que film activiste, Mahdi Fleifel a tenu à faire une œuvre humaniste, un projet qui sans doute lui tenait à cœur, mais plus que tout participer de cette pulsion exigeante dans un premier long métrage de fiction tout aussi impératif, poétique que humainement palpitant. Désormais, le cinéma peut compter sur un cinéaste important de plus.
Qu’importe les autres éléments narratifs de ce récit. La mise en scène de Fleifel rompt avec les images propulsées par les médias traditionnels, les réseaux sociaux et toutes ces interventions légitimes ou pas. Le moment, le présent, le quotidien, seuls comptent ces paradigmes du récit dont on entend peu parler ; plutôt objectiver le jour au jour, l’apprivoiser au profit d’un but à suivre. Fleifel, adroitement, dénonce l’infox, préfère un regard sincère, propice à pousser le spectateur à voir dans son for intérieur des images et des idées (oui, c’est bien ça, des idées) sur le problème dont il est question et que le film, intentionnellement, ne montre pas.
Pour mettre en évidence cette fascinante quotidienneté, la caméra du Grec Thodoris Mihopoulos traverse les rues étroites, les recoins emmurés, et comme par petit miracle, car ils existent même dans la gravité, une voix qui sait entendre et fait semblant d’aimer, à sa façon – la prestance de Angeliki Papoulia, qu’on a vu dans le très bon Dogtooth (Canine / Kynodontas), le bel essai surréaliste de Yorgos Lanthimos, se charge de ces quelques rares moments de soleil vite expédiés.
Bien plus que film activiste, Mahdi Fleifel a tenu à faire une œuvre humaniste, un projet qui sans doute lui tenait à cœur, mais plus que tout participer de cette pulsion exigeante dans un premier long métrage de fiction tout aussi impératif, poétique que humainement palpitant. Désormais, le cinéma peut compter sur un cinéaste important de plus.
RÉSUMÉ SUCCINCT
Tim et Millie, ensemble depuis des années, décident de tout abandonner pour s’installer à la campagne. Alors que les tensions sont déjà vives, une force surnaturelle transforme leur rêve en cauchemar.
CRITIQUE Pascal Grenier
★★★ ½
Corps
étranger
Il y a quelque chose d’éminemment contemporain dans ce besoin presque désespéré qu’ont certains couples de se réinventer ailleurs, loin de la ville, de leur passé commun, des blessures ouvertes jamais refermées. Together, premier long métrage du Canadien Michael Shanks, s’inscrit dans cette mouvance à la fois narrative et émotionnelle où le drame conjugal s’entrelace à l’horreur corporelle, avec une conviction et une précision qui forcent le respect, malgré certaines failles évidentes.
On y suit un couple à la dérive — physiquement présent mais émotionnellement déconnecté — qui tente un nouveau départ en s’installant dans une région rurale au charme trompeur. C’est le genre de point de départ qu’on pourrait croire éculé, mais Shanks parvient à le détourner en le contaminant lentement d’un malaise organique, d’une étrangeté croissante, comme si les tensions internes du duo se mettaient à suinter dans l’environnement, puis à le contaminer.
Douter l’un de l’autre ou de la notion de couple ?
C’est ici que l’horreur corporelle s’invite, non pas comme simple ornement sanglant ou gimmick horrifique, mais comme reflet direct de l’érosion identitaire et affective du couple. Together prend son temps — parfois trop — mais cultive une ambiance délétère et suintante, héritière directe de The Thing de Carpenter et, dans une certaine mesure, de l’esprit paranoïaque et insidieux d’Invasion of the Body Snatchers. Les références sont là, parfois trop visibles, mais jamais complètement digérées : Shanks sait où il veut aller, mais n’a pas encore les pleins moyens de transcender ses influences.
Cela dit, le film compense par une rigueur formelle certaine : les effets pratiques sont particulièrement réussis, souvent dégoûtants, toujours efficaces, et sauront faire crisser les dents des spectateurs les plus blasés. Il y a quelque chose de poisseux dans la manière dont les corps se métamorphosent, se confondent ou se rejettent, comme si la chair devenait le dernier territoire d’expression d’une intimité moribonde.
Together s’inscrit ainsi dans l’ère du temps : il parle du couple, du corps, de la perte de repères, et de ce besoin irrationnel d’effacer pour mieux recommencer. Il ne possède pas la virtuosité formelle ou le commentaire acerbe de The Substance, à qui il pourrait servir de modeste contrepoint, mais il n’a pas à rougir de la comparaison. Pour un premier essai, c’est un film habité, rugueux, imparfait — mais sincère. Et c’est déjà beaucoup.
Si les dialogues laissent parfois à désirer et que certains ressorts du genre sont empruntés avec un peu trop de docilité, l’ensemble tient étonnamment bien la route. Le néo-zélandais Shanks maîtrise la montée de la tension et le déploiement du mystère avec doigté. Il ne révolutionne rien, mais il comprend que l’horreur la plus marquante aujourd’hui n’est plus que de miser uniquement sur les jump scares (il y en a, ne vous en faites pas) ou les effets tonitruants, mais dans le malaise persistant, dans l’étrangeté du familier, dans cette impression dérangeante que quelque chose ne tourne pas rond sous la peau.
Together s’inscrit ainsi dans l’ère du temps : il parle du couple, du corps, de la perte de repères, et de ce besoin irrationnel d’effacer pour mieux recommencer. Il ne possède pas la virtuosité formelle ou le commentaire acerbe de The Substance, à qui il pourrait servir de modeste contrepoint, mais il n’a pas à rougir de la comparaison. Pour un premier essai, c’est un film habité, rugueux, imparfait — mais sincère. Et c’est déjà beaucoup.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE Réalisation Michael Shanks
Scénario : Michael Shanks. Direction photo : Germain McMicking. Montage : Sean Lahiff. Musique : Cornel Wilczek.
Genre(s) Drame fantastique Origine(s) Australie / États-Unis Année : 2025 – Durée : 1 h 42 min Langue(s) V.o. : anglais & Version française Inséparable