Clown(s)
@ Place des Arts
CRITIQUE
[ Art lyrique ]
Élie Castiel
★★★★
Ingénieux
et
follement débridé
C’est ce qui fait la magie et surtout l’originalité de ces Clown(s) que propose l’Opéra de Montréal comme deuxième spectacle de la saison. Cette fois-ci au Théâtre Maisonneuve, salle plus petite, mais intime en comparaison à la Wilfrid-Pelletier. Et c’est bien ainsi.
Dans le titre, le pluriel entre parenthèses comme pour suspendre le temps, donner l’opportunité à ces saltimbanques de la vie de s’organiser autour d’une sorte de rapport intime au social, devenu trop sérieux par les temps qui courent.
Puisque c’est ainsi, dans la joie, que l’on doit assister à ce spectacle qui rejoint d’autres disciplines artistiques, bien entendu l’univers circassien, notamment pour ses numéros de clowns, ces Pagliacci hautement appréciés par Federico Fellini qui en a fait un film. En fait deux sur le thème, puisque La strada, dans son spectacle de rue, manifestait en quelque sorte certaines de ces intentions.

Crédit : Vivien Gaumand
Ici, à Montréal, la grande dame de la musique, ajoutons même contemporaine et si l’on se fie à Clown(s), également post-moderne, et conceptrice de scène, la canadienne d’origine serbe Ana Sokolović déploie un univers rarement vu à l’Opéra, du moins ici, à Montréal, hissant la tradition typiquement européenne du cirque, du saltimbanque et du clown dans une sorte de représentation de la société de cet endroit du monde, souvent barricadé par des conflits armés, des luttes intestinales entre les pouvoirs sur place ; comme des moyens de se remettre de toutes ces émotions. Tenons-le pour dit : l’Europe s’est bâtie sur des combats et les disciplines artistiques sont des palliatifs pour y résister.
Plusieurs tableaux, dont un prologue et un épilogue, les autres traversant de la naissance à la mort avec une grâce et un épanouissement sans pareil.
[ … ] une finale passionnante, lumineuse, où la lune prend des allures de globe terrestre qui donne des frissons, mais qui au fond, ne fait que dire qu’après tout, tout est vraiment possible.
Dans ce Clown(s), spectacle d’une puissance vertigineuse, aux nombreux imprévus, précieux, voir même iconoclastes, à l’audace impitoyable, se veut une nouvelle voie dans la programmation de l’OdM. La stratégie est sérieuse et de bon aloi : comment convaincre un public jeune d’aller à l’Opéra. Vous avez la réponse avec le Sokolović. Un retour en arrière est impossible. Dans une salle de Première, totalement pleine, la moitié des spectateurs, sinon plus, étaient jeunes – des moins de 30 ans. Un vrai moment d’émotion pour qui tient à le constater où les dits conflits intergénérationnels s’estompent pour laisser la place à une entente.
La mise en scène de Martin Genest est tour à tour virevoltante, par moments reposant sur des épisodes dramatiques qui, du coup, se réveillent de la torpeur pour finalement, aller vers une autre discipline ; le cinéma (qui rappelle ces moments savoureux de l’animation tchèque) se révèle au grand jour.

Crédit : Vivien Gaumand
Effectivement, Martin Genest, dans un délire fascinant, a dû faire une recherche inépuisable dans les divers aspects des arts de la scène et visuels. Ce va-et-vient entre les enseignements artistiques, qui parfois s’entremêlent ici avec un certain bonheur, s’inscrit dans une perspective selon laquelle il faut constamment innover. Pari réussi et bien rôdé.
Magnifiques costumes de Sébastien Dionne, aux couleurs pastel agressives, ce qui fait du bien, dont le rouge domine, les marionnettes de Patrick Martel enchantent, et les éclairages de Laurent Routhier dynamise le propos. Un orchestre presque collé à la scène avec, au pupitre, un Jiřĭ Rožeň agréablement endiablé.
Et une finale passionnante, lumineuse, où la lune prend des allures de globe terrestre qui donne des frissons, mais qui au fond, ne fait que dire qu’après tout, tout est vraiment possible.
Durée
1 h 15 min
[ Sans entracte ]
Diffusion & Billets @
Place des Arts
[ Théâtre Maisonneuve ]
Représentations
Jusqu’au 8 février 2026
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
