Danses buissonnières 2025
@ Tangente
CRITIQUE
| Danse |
Élie Castiel
★★★ ½
Expérimentations
L’adjectif « buissonnières » est à lui seul un critère d’indépendance, de liberté, d’idée selon laquelle les cinq propositions chorégraphiques sont le fruit d’expérimentations dans un but bien précis : entrer dans les ligues majeures d’une discipline artistique, sans doute la plus exigeante de toutes, là où corporalité, sens de l’espace, assiduité, sacrifice et regard porté sur soi et sur le monde sont des composantes indispensables. Nous n’irons pas par quatre chemins. Nous ne ferons pas référence aux explications données dans le programme, mais plutôt opterons pour notre regard.

Absurdité des origines
Crédit : Denis Martin
SHIRLEY GIBBS
Absurdité des origines
Un début électrisant où le corps est assujetti à une sorte d’envoûtement envers la réclusion à laquelle il est assujetti. Comme si seulement dans la souffrance, on pourrait se libérer de toutes ces inconvénients aussi politiques que sociaux. Comme dans la plupart des chorégraphies qui suivront, le corps jaillit du sol, et qu’il devait vite se relever, une sorte de naissance qui a hâte de voir le jour. Une naissance qui vient de la nature elle-même. Shirley Gibbs en est consciente et par conséquent, se permet plusieurs tangentes (pas un jeu de mot) qui vont résulter par une finale dont le message est d’une simplicité étonnante, sans oublier que le corps sur scène fait déjà jaillir son état naturel, celui des origines de l’Être.

So Generous
Crédit : Denis Martin
DHALIA RUE WALLER
So Generous
Elles sont deux. Ensemble, séparées, comme si l’attrait de l’une ne correspondait pas à celui de l’autre. Soudain, comme par enchantement, une symbiose difficile à déchiffrer, que seule l’art chorégraphique peut sublimer et rendre possible. Comme déjà exprimé, ça commence avec le corps au sol, mais cette fois-ci, totalement libéré, projetant une sorte de jouissance intime, de joie profonde, quoique d’un sentiment soudain d’énergie presque barbare, rendant les sentiments humains aussi vulnérables que son contraire. C’est ici, la démonstration d’une nature qui se confond dans ses propres contradictions. Entre l’expérimentation projetée et le « déjà accompli », on peut déjà prédire une suite prometteuse à DRW, surtout à ses deux danseuses dont la délicatesse, l’énergie de combattantes et l’esprit de scène leur valent tous les honneurs. D’où ce titre donné à la partition, qui explique directement les intentions. La danse et rien d’autre.

Carousel
Crédit : Steffie Boucher
KLUANE PEABODY
Carousel
Un côté animal qui se transforme du coup en un amalgame de chorégraphie, de gestes imprécis intentionnels, et de dérèglements vites restructurés (on s’en rend même pas compte, à moins de bien observer, essentiel pour le critique), des codes bien précis qui forment les éléments de base d’une proposition dont le proche résultat se fera sentir en un fragment de second. À l’instar de DRW, Kluane Peabody possède déjà la scène, plongeant tout de go en eau profonde. Ce parcours presque souterrain est sans aucun doute le lien qui unit la chorégraphie à l’assistance. Face à l’impuissance, grâce à KP, l’impossible devient possible et se donne la peine de réfléchir.

Le début des yeux
Crédit : Steffie Boucher
GLAMOUR MAGIQUE
Le début des yeux
Parmi les cinq projets, le seul où le masculin s’exprime. Comme on pouvait s’y attendre, la queeritude est de mise et s’illustre en un pas (plutôt « jeu ») de deux dont le but fondamental est celui de libérer le corps et l’esprit malgré les barrières imposées et les qu’en dira-t’on sociaux, eux, remis aux calendes grecques. C’est performant, volontairement grand-guignolesque, osé, sexuel et sexy (ce n’est pas la même chose), osant la ‘luxure chorégraphique’ (une composante que je me permets d’inventer) et mine de rien, projetant dans cette salle comble, ce Who Gives a F…K , indispensable par les temps qui courent. Surtout les femmes projettent des cris de joie à la toute fin. Un couple gai imbattable qui par le chèque en blanc qu’il expose, nous rappelle les vieux bingo de Mado, version amicale (une inside joke, pour les connaisseurs). Une pause essentielle après un début hautement atteint.

Projet Pilote
Crédit : Steffie Boucher
MEGGIE CLOUTIER-HAMEL
Projet Pilote
Dernier tour de force où Meggie Cloutier-Hamel invite quelques personnes à venir s’asseoir face à elle sur scène dans des coussins inconfortables ou chaises disponibles – certainement que la plupart des consentant(es) au sol auront besoin d’une thérapie dorsale – Ces oiseaux-avions en papier inventés par Pilote résonnent comme une promesse, mais cette promesse semble être celle que MP s’est donnée à elle-même. Cela peut sembler égotiste (d’où le nom-même du projet), mais en rassemblant quelques personnes en face d’elle, elle ne fait que leur dire « vous pouvez, vous aussi, faire de même », comme si la frontière entre l’artiste et le public n’existait plus. Un peu fort comme allégation, mais dans le même temps, illustrant jusqu’à quel point, de la part des spectateurs, hommes et femmes, se cachent la caresse d’un rêve inachevé qui persiste le temps que dure le spectacle. En somme, une prise de conscience peut-être un peu trop sévère, mais fondamentale tout de même.
Durée
1 h 20 min
(sans entracte)
Diffusion & Billets @
Tangente
Lun 29 & Mar 30 sept 2025
19 h
Affiche complet : Prenez quand même le risque de vous
présenter, au cas où il y aurait des dernières minutes.
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
