Die My Love
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 07 novembre 2025
Dans une ferme de la campagne du Montana, une femme souffre de problèmes de santé mentale suite à la rupture de son mariage.
COUP de ❤️
| de la semaine |
| CRITIQUE |
Pascal Grenier
★★★★★
Il est rare — ô combien rare — qu’un film vienne nous cueillir à ce point, qu’il nous saisisse à la gorge et nous fasse oublier, pendant deux heures, l’artifice du cinéma pour ne laisser place qu’à une expérience sensorielle totale, viscérale, presque spirituelle. Avec Die My Love, adaptation du roman incandescent d’Ariana Harwicz, l’Écossaise Lynne Ramsay signe une œuvre accomplie digne des plus grands films du XXIe siècle sur la maternité, la perte de soi et le vertige d’exister.
Dès les premières minutes, Ramsay impose sa marque : un cinéma de la sensation, où le son, la lumière, la texture des peaux et le frisson de la nature deviennent des vecteurs d’émotion brute. On pense à We Need to Talk About Kevin pour la précision chirurgicale de la mise en scène, mais ici, la cinéaste va plus loin — elle atteint une sorte de grâce fiévreuse. Die My Love n’est pas un drame psychologique, c’est une expérience sensorielle, un voyage dans les limbes du blues post-partum, cet état de dérive et d’aliénation que Ramsay filme avec une empathie rare, sans misérabilisme ni effet racoleur.
Évidemment, les comparaisons avec Mother! d’Aronofsky surgiront d’elles-mêmes : Jennifer Lawrence y est aussi, le symbolisme maternel y est central, et les deux films embrassent une certaine folie baroque. Mais quelle différence abyssale de ton et de maîtrise ! Là où le film d’Aronofsky sombre dans une cacophonie pseudo-mystique, Ramsay orchestre une symphonie du désespoir où chaque geste, chaque cri, chaque silence trouve sa résonance. Die My Love ne cherche pas à provoquer : il cherche à comprendre.

Une sorte de fureur intérieure qui ne cherche qu’à éclater.
Et Jennifer Lawrence, justement — quelle performance ! On croyait tout avoir vu de cette actrice, mais jamais elle n’avait atteint une telle intensité, un tel abandon. Son personnage n’est pas ici une victime passive des événements, mais une force tellurique, un volcan d’émotions à fleur de peau. Elle provoque, elle blesse, elle se détruit — et dans chaque regard, dans chaque éclat de voix, on sent la douleur d’une femme que la maternité a fait basculer dans un gouffre sans fond. C’est un rôle d’une exigence démesurée, et Lawrence l’habite comme un fantôme enragé, à la fois effrayante et bouleversante.
Le cri
primal du
cinéma
contemporain
Face à elle, Robert Pattinson, en mari dépassé, incarne la déroute du regard masculin devant la détresse féminine. Sa présence calme, presque effacée, contraste magnifiquement avec la tempête Lawrence. Il ne joue pas le héros ni la victime : il subit, il encaisse, il aime malgré tout. Ce duo, filmé avec une tension électrique, confère au film une dimension tragique digne des plus grandes histoires d’amour détruites par la vie.
Die My Love est un cri. Un cri de mère, de femme, d’être humain. Un film incandescent, d’une beauté déchirante, qui fait de la douleur un art, et du désespoir une forme d’amour. Lynne Ramsay signe ici une œuvre totale, vertigineuse, inoubliable — une descente aux enfers filmée comme une renaissance.
Mais c’est surtout la mise en scène de Ramsay qui émerveille. Son cinéma-flamme — fait de ralentis organiques, de gros plans sur la chair, de ruptures sonores étourdissantes — transcende la narration. Die My Love devient un poème visuel sur la perte de repères, une odyssée de l’intime qui ose la folie, la beauté et la douleur dans un même souffle. On y retrouve cette obsession du monde sensoriel — la pluie, la lumière blafarde d’un matin sans sommeil, le cri d’un nourrisson amplifié jusqu’à la transe — qui confère au film une puissance presque hallucinatoire.
Oui, Lynne Ramsay n’en est qu’à son cinquième long métrage, mais déjà, sa signature est indélébile. Elle ne filme pas : elle sculpte la lumière, elle fait respirer le hors-champ, elle impose un style où la rage et la tendresse s’embrassent. Peu de cinéastes osent encore atteindre une telle intensité émotionnelle sans céder à la grandiloquence. Ramsay, elle, le fait avec une précision d’orfèvre.
Et lorsque le film bascule dans sa dernière demi-heure — véritable maelström de visions et de cris, où le réel et le fantasme se confondent — on se surprend à penser que le cinéma n’a peut-être jamais été aussi proche de la musique : une montée en puissance hypnotique, une folie des grandeurs qui évoque les délires lyriques de Kubrick ou les fièvres mystiques de Zulawski.
Die My Love est un cri. Un cri de mère, de femme, d’être humain. Un film incandescent, d’une beauté déchirante, qui fait de la douleur un art, et du désespoir une forme d’amour. Lynne Ramsay signe ici une œuvre totale, vertigineuse, inoubliable — une descente aux enfers filmée comme une renaissance.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Lynne Ramsay
Scénario : Lynne Ramsay, Ariana Harwicz; d’après l’ouvrage éponyme d’Alice Birch. Direction photo : Seamus McGarvey. Montage : Toni Frosthhammer. Musique : George Vjestica, Raije Buirchell, Lynn Ramsey, Ben Frost.
Genre(s)
Drame psychologique
Origine(s)
États-Unis / Canada
Grande-Bretagne
Année : 2025 – Durée : 1 h 59 min
Langue(s)
V.o. : français; s.-t.f. & Version française
Meurs mon amour

Lynne Ramsay
Dist.
Film Service Supérieur
Contact
[ MUBI ]
Diffusion
Cinéma-Cinéma
[ @ Cinéma du Parc ]
Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
