Eddington
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 18 juillet 2025
Mai 2020 à Eddington, petite ville du Nouveau Mexique, la confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres en montant les habitants les uns contre les autres.
CRITIQUE
Élie Castiel
★★★ ½
Il était une fois
en Amérique

De Ari Aster, Midsommar (Solstice d’été) avait laissé, chez d’aucuns, un goût de plénitude, mêlée de fascination. Dans le cinéma indie américain, un cinéaste à part, ce qui veut dire qui se démarque par son originalité dans la structure de la mise en scène et la proposition formelle. On avait pensé qu’il deviendrait une nouvelle voix dans le cinéma de genre. Aujourd’hui, avec Eddington, présenté à Cannes, un nouveau cycle semble se créer pour lui, sans doute influencé par les changements rapides et obsédants qui s’opèrent dans son pays.
Ici, une totale déconstruction des codes de la réalisation, non pas pour épater la galerie, de préférence pour amalgamer le sujet au récit, justement en lui infligeant une sorte de chavirement – quoi de mieux alors que mettre en scène les covidés de 2020 dans une Amérique profonde, plus précisément à l’intérieur d’un patelin presque surréaliste du Nouveau-Mexique, lieu de tous les paradoxes.
C’est bien clair : Eddington est un opéra moderne sauvage qui produit, quoiqu’en mode mineur, le même effet que le culte de Sam Peckinpah de 1969, The Wild Bunch (La horde sauvage).
Pour l’histoire : Joe Cross, le Shérif (parfait Joaquin Phoenix) et Ted Garcia, maire (Pedro Pascal, efficace, de plus en plus présent à l’écran) briguent pour la mairie, bien sûr, Garcia, pour un autre mandat.

« Tu essaies simplement d’empêcher ma candidature »
Face-à-face mouvementés, trahisons, stratégies guerrières, coups bas. Toutes ces thèmes qu’on a toujours associés au western. Pour Aster, la possibilité de larguer l’horreur sophistiquée au profit d’un genre « à part », une mixité de genres, pour le simple plaisir de la création, mais surtout pour une réflexion d’un pays qui ne sait plus où il se dirige. Car Eddington se présente comme un nom/prénom annoncée, celui d’une Amérique qui se rappelle son Histoire et la remet en scène chaotiquement. L’ère-Trump dans tous ses états, d’âme, de manque de direction, d’acharnement contre le milieu médical et scientifique. On porte le masque seulement si on le désire. Le reste, tous, des mensonges fabriqués.
On filme les gens collés à leur portable. On filme les habitants cloués à leur concept des choses, c’est-à-dire « pas de concept ». Des idées fausses sur une Amérique aux causes indéfendables, aux vices sociaux qui se vivent en plein jour – un ensemble de contradiction qui rendent le film aussi vénéneux que compatissant, car même dans sa dégradation morale (on ne vous dira rien d’autre), le personnage de Cross, en mode-interprétation, déconstruit simplement les lois de la gravité. Car Phoenix, encore une fois, lui donne une qualité humaine bouleversante.
Parfaite contribution de l’Iranien Darius Khondji, directeur photo à l’échelle mondiale, qui filme ici avec une obsession presque dérangeante, mais tout aussi équilibrée, rendant ce qui paraît illogique, logique, le vrai du faux, des notions qui se permettent de cohabiter, pour mieux nous perdre. Un lieu perdu qui se transforme en véritable champ de bataille. Et la poussière qui n’essaie même pas de voiler ce qui se passe.
On filme les gens collés à leur portable. On filme les habitants cloués à leur concept des choses, c’est-à-dire « pas de concept ». Des idées fausses sur une Amérique aux causes indéfendables, aux vices sociaux qui se vivent en plein jour – un ensemble de contradiction qui rendent le film aussi vénéneux que compatissant, car même dans sa dégradation morale (on ne vous dira rien d’autre), le personnage de Cross, en mode-interprétation, déconstruit simplement les lois de la gravité. Car Phoenix, encore une fois, lui donne une qualité humaine bouleversante.
Et une finale « case-départ » faussement rédemptrice qui défie les lois fondatrices de la raison et de la morale.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Ari Aster
Scénario : Ari Aster. Direction photo : Darius Khondji. Montage : Lucian Johnston. Musique : The Haxan Cloak, Daniel Pemberton.
Genre(s)
Drame
Origine(s)
États-Unis
Année : 2025 – Durée : 2 h 28 min
Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.f.
& Version française
Eddington

Ari Aster
Dist. [ Contact ] @
V V S Films
[ A24 ]
Diffusion @
Cinéma du Parc
Cineplex
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
