Falsettos
@ Segal (Studio)
CRITIQUE
| Scène |
Élie Castiel
★★★ ½
Par les temps qui courent, assister à une pièce profondément enracinée dans la culture juive et abordant ouvertement des thèmes, encore et toujours controversés, dont l’antisémitisme, le racisme, la religion, l’homophobie et surtout l’institution de la famille, est un acte de résistance autant pour les créateurs que pour le public.
La queeritude
est aussi
un acte humaniste
En 1992, encore en plein désarroi du encore-têtu aujourd’hui phénomène médical SIDA, un des thèmes également présent dans Falsettos, la pièce est un succès auquel personne ne s’attendait. À Montréal, jusqu’au 15 mars dans le Studio intime du Segal, existe justement ce rapprochement entre le public et les interprètes, une sorte d’espace dramatique quasi immersif qui, mine de rien, amalgame le social et le politique occulte en proposant une réponse bien acérée à tout ce qui passe en matière d’antisémitisme, aberration qui se perd dans la nuit des temps.
Falsettos, un musical au sens propre de Broadway, ce New York fait de hauts et de bas, de paradoxes et de sensations fortes, que tout le monde vénère et que certains font semblant de détester. La production de l’inégalable Ally Brumer a ceci de particulier qu’elle ose, aujourd’hui, de reprendre ce succès avec les obstacles qui auraient pu être occasionnés dans ce parcours un peu, beaucoup sans doute, périlleux. Le meilleur moyen : aller de l’avant sans penser aux conséquences. Se produit alors un spectacle savoureux, mélancolique où la nostalgie des secondes décennies du siècle dernier sont autant des souvenirs heureux ou encore dramatiques pour certains spectateurs que de tours de force pour les interprètes, des générations d’aujourd’hui.

Faire comprendre au jeune pré-adolescent ce qu’il sait déjà.
Qu’il s’agisse de Marvin (habité Daniel Wilkenfeld), son amant Whizzer (Jonathan Vanderzon, ouvert à toutes les possibilités), la mère du petit Jason et femme de Marvin (Amanda Caron, poussant son personnage jusqu’à éteindre les paradoxes de ses problèmes conjugaux), ou encore Mendel, le psychiatre amoureux, que Joel Bernstein assure avec une commodité désarmante, et bien entendu, le couple lesbien composé de la Dr. Charlotte (sensible Lily Lachapelle) et de Cordelia (excellente Emma Yee, qui presque littéralement illumine la scène). Bien sûr, Jason (que le jeune et attendrissant Lucas Crelinsten interprète avec autant de gouaille, de perspicacité et d’habileté.
Une scène faussement (c’est fait exprès) ou le peu d’éléments servent dans les différentes séquences en se transformant sans gêne à des situations qui dans un espace scénique plus volumineux aurait conduit sans doute à une autre mise en scène.
La production de l’inégalable Ally Brumer a ceci de particulier qu’elle ose, aujourd’hui, de reprendre ce succès avec les obstacles qui auraient pu être occasionnés dans ce parcours un peu, beaucoup sans doute, périlleux. Le meilleur moyen : aller de l’avant sans penser aux conséquences.
On ne vous dira rien sur le déroulement, sauf que les derniers actes, l’avant-dernier acte, celui de la Bar-Mitsvah (donnez-vous la peine de voir dans Google ou Wikipédia si vous ne savez pas ce que ça veut dire) et de la finale, qu’on fait exprès taire, demeurent à eux seuls le détour, sans rien enlever à ce qui se passe avant, bien entendu.
Un spectacle long, peut-être trop long, qui aurait pu être écourté, mais bon…
Lorsque judaïsme ose parler d’homosexualité de façon positive, par vertueux ricochets, dans la branche ashkénaze faut-il préciser, la sépharade, elle, est une tout autre histoire, don’t even try, on assiste à ces Falsettos qui, au fond, ne sont en fin de compte que des vérités.
Production
Ally Brumer
Mise en scène / Chorégraphie
Deborah Friedman
Musique
William Finn
Livret
Willliam Finn, James Lapine
Diffusion & Billets
Centre Segal
(Studio)
Durée
2 h 40 min
(Incluant entracte)
Jusqu’au 15 mars 2026
Le spectacle affiche complet, mais tentez vos chances, au cas…
Public (suggéré)
Déconseillé aux moins de 13 ans
[ Thèmes adultes ]
