Fantasia 2025
« III »
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte
Pascal Grenier
Entre
feu sacré
et faux pas
On a beau dire, mais le festival Fantasia, même rendu à mi-chemin de son parcours, continue de jouer avec les nerfs, les genres et les attentes — pour le meilleur et, à l’occasion, pour le franchement douteux. Cette édition 2025 ne fait pas exception, oscillant entre audaces formelles, hommages sincères, maladresses émouvantes et étrangetés qui donnent envie de prendre une douche bien chaude après coup. Tour d’horizon du volet asiatique donc, d’un festival qui ne dort jamais.

Noise
Il y a des films qui ne réinventent pas la roue, mais qui savent précisément comment la faire tourner sans accroc. Noise (Noijeu), premier long métrage du cinéaste sud-coréen Kim Soo-jin, s’inscrit dans cette lignée. L’histoire ? Rien de bien nouveau sous la lune blafarde du cinéma d’horreur – des sons étranges, une menace invisible, une ambiance chargée – mais le film s’impose par une maîtrise rare du travail sonore, utilisé ici non pas comme simple ornement, mais comme vecteur d’angoisse et de sens. Il y a dans Noise une efficacité, un sens du rythme, une économie dans la mise en scène qui force le respect. On est loin des grandes œuvres du genre, certes, mais pour une première offrande, c’est un coup bien porté.
Toujours de la Corée du Sud, mais sur un tout autre registre, Fragment (Pa-pyeon), de Kim Sung-yoon tente une fusion entre deux récits destinés à converger, mais qui, hélas, s’entrechoquent au lieu de s’épouser. Il y a bien quelques éclats de sensibilité et un regard sincère sur la douleur du deuil et la mémoire, mais l’ensemble se vautre dans un mélodrame appuyé où la mise en scène peine à suivre l’ambition émotionnelle du scénario. On sent que le cinéaste veut nous arracher des larmes, mais au lieu de verser dans la retenue, il plaque l’émotion comme un patch trop collant sur une plaie mal refermée. Un film qui touche parfois, mais surtout par maladresse.
Et voilà qu’arrive Stinker (Sasyq) un des objets les plus charmants et improbables vus au festival jusqu’à présent. Cette fable kazakhe signée Abay Kulbayev évoque immanquablement E.T., le Spielberg, (la comparaison est inévitable), mais revisite la formule avec une absurdité bon enfant et une touche d’humour scatologique assumée. Notre alien ? Un être photosensible caché dans une fosse septique. Oui, oui. Ajoutez à cela une attaque contre les platistes, une famille reconstituée, des dialogues décalés et un ton presque Amblinien version steppe post-soviétique, et vous obtenez une sucrerie excentrique qui détonne et étonne. Un film familial qui ose se salir les mains, littéralement.
Takashi Miike, l’homme, la légende, le caméléon du cinéma japonais, est de retour avec non pas un, mais deux films cette année. Blazing Fists (Aoki wakamono-tachi no bureikingudaun), le premier à être présenté, renoue avec les pulsions les plus jubilatoires du cinéaste. Pensons aux Crows Zero (Kurôzu zero) remixés façon MMA underground, où les poings volent aussi vite que les punchlines absurdes. C’est violent, c’est stylisé, c’est souvent hilarant, et c’est du pur Miike — version post 2020, plus lucide, mais toujours aussi imprévisible. Rien de révolutionnaire, mais l’énergie est là, viscérale, contagieuse. Une bonne dose d’adrénaline pour rappeler à tous que le vieux maître n’a pas raccroché ses gants.

Blazing Fists

Contact Lens
Contact Lens (He ma pi fu), signé Lu Ruiqi, n’a rien du film typique de Fantasia. Hommage revendiqué à Jeanne Dielman de Chantal Akerman (oui, vous avez bien lu), ce long métrage chinois s’ancre dans une forme rigoureuse, lente, presque ascétique, qui rappelle davantage les sélections du FNC que celles de ce temple du cinéma de genre. Ce n’est pas mauvais, loin de là, mais on reste dans le registre de l’exercice de style. Il manque ce je-ne-sais-quoi pour faire basculer l’expérience dans quelque chose de véritablement sensoriel ou déchirant. C’est froid, un peu distant — fascinant par moments, mais souvent hermétique.
Et pour terminer, parlons franchement. Que diable The Verdict (Simpan / Putuvan) faisait-il dans la programmation, qui plus est à une heure aussi prestigieuse ? Ce drame judiciaire coréano-indonésien co-signé par Lee Chang-hee et Yusron Fuadi semble avoir échappé à toute forme de contrôle qualité. Mal écrit, mal monté, mal interprété, le film donne l’impression d’un devoir de fin de session bâclé livré en urgence. Le drame, censé être poignant, se transforme en farce involontairement hilarante, et c’est peut-être ce qui a sauvé la projection d’un désastre absolu. Quelques rires, certes, mais de ceux qu’on pousse par désespoir ou par pitié.
