Fantasia 2025
« VI »
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte
Luc Chaput
Ciné des Amériques
Être fidèle à soi,
seul ou
avec d’autres
Une petite fille va voir le curé de son village clairsemé de l’altiplano et après échange, réussit à lui acheter son vieux camion pour un voyage étonnant.
Fruit de l’imagination du réalisateur espagnol Alberto Sciamma, Cielo est une production britannique tournée en Bolivie et qui tire parti des variations mirifiques de sa géographie pour asseoir un récit empreint de réalisme magique. Transport de cadavre, poissons rouges, condor et ciel étoilé, désert de sel, groupe de lutteuses masquées en tournée et enquêteur veuf intrigué par le périple de la jeune orpheline Santa se conjuguent dans des bifurcations qui prennent en compte également la société et la culture des populations autochtones de cette contrée. Fernanda Gutiérrez Aranda, par son interprétation subtilement consistante de la jeune protagoniste et la cinématographie d’Alex Metcalfe, primée à ce festival et dans d’autres, font de cette incursion dans cette portion de la cordillère des Andes un conte de fée dépaysant bien loin des torrents d’hémoglobine ou des poussées de frayeur qui sont le grain à moudre de ce festival.

Cielo
Cette frayeur souterraine peut être reliée à une dystopie spécialement climatique. The Well du documentariste canadien Hubert Davis arrive peu de temps après 40 acres et arpente des sujets similaires. Une famille ayant le contrôle d’un puits d’eau potable et vivant retirée, voit sa quiétude bouleversée par l‘arrivée de Jamie que se dit de leur parenté. Une amitié fleurit entre Sarah, la jeune fille et le nouveau venu. Le scénario de Michael Capellupo et Kathleen Hepburn conduit ces deux piétons vers un autre groupe dirigée par une combattante au long cours à laquelle Sheila McCarthy insuffle la pleine mesure de son très grand talent. Les discussions gardent un tour trop didactique surtout que les effets de la pandémie transmise par l’eau ne sont pas très visibles. L’avenir de ces individualités, pourtant bien interprétées, devient donc un épiphénomène plutôt qu’un symbole dans ce long métrage trop diffus dans son cri d’angoisse.

The Well
Une jeune femme est réticente à accepter de devenir l’héritière du trône d’une très longue lignée de femmes à barbe. Comédie de mœurs au déroulé d’un roman d’apprentissage. The Bearded Girl prend ses assises dans une région rurale de l’Ouest canadien où certaines valeurs sont encore fondamentales. La réalisatrice Jody Wilson, auparavant spécialiste des effets spéciaux sur de grosses productions et co-autrice du scénario avec Blake Barrie et Thiago Gadelha, réussit, avec semble-t-il peu de moyens, à recréer des environnements distinctifs dans lesquels les protagonistes peuvent se mouvoir. L’enjeu immobilier qui se greffe à cette passation de pouvoir est grevé par une incarnation trop caricaturale de l’homme d’affaires véreux. Jessica Paré endosse avec panache son attirail complet de mater familias face à Anwen O’Driscoll et Skylar Radzion qui font de ses filles des êtres opiniâtres qui trouvent par des dédales amoureux une solution plutôt originale à la démonstration de l’acceptation de soi.

The Bearded Girl

Nous reviendrons lors de sa sortie automnale sur La mort n’existe pas de Félix Dufour-Laperrière, film d’animation flamboyant dans sa facture et conte philosophique sur l’effet du groupe en action face aux bouleversements de notre écosphère. Lurker d’Alex Russell, regard acide sur la célébrité à tout prix dans laquelle Théodore Pellerin livre comme à l’habitude une prestation ensorcelante, sera à la fin du mois l’objet d’une longue critique comme assurément plusieurs autres de ce festival qui vient de décerner ses nombreux prix.
