Fantasia 2025
« VII »
ÉVÈNEMENT
[ Cinéma ]
texte
Pascal Grenier
Derniers
fantômes
d’Asie
Alors que cette 29e édition de Fantasia tire à sa fin, on ne peut que saluer encore une fois la place généreuse qu’y occupe le cinéma asiatique. Si les dernières journées nous ont offert quelques plaisirs cinéphiliques et une ou deux surprises inattendues, elles ont aussi confirmé une chose : même l’Asie, souvent salvatrice à Fantasia, n’est pas à l’abri des faux pas et des passages à vide. Survol final, donc, d’une dernière salve de films où se côtoient poupées maléfiques, super-héros vides, cascadeurs nostalgiques et démonologues essoufflés.

Dollhouse
Connu pour ses comédies grand public (Waterboys, Dance with Me), le cinéaste japonais Shinobu Yaguchi fait ici un virage surprenant et franchement réussi vers l’horreur domestique. Dollhouse épouse les codes bien connus de la J-horror et du film de poupée maléfique, mais le fait avec une maîtrise de ton remarquable. Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice de style en pilotage automatique devient un drame familial habilement tissé, où l’horreur sert de révélateur émotionnel. L’humour, toujours présent chez Yaguchi, s’intègre avec justesse à un récit touchant, jamais moqueur, toujours sincère. Une belle réussite.

New Group
À l’autre bout du spectre, New Group, comédie d’horreur revendiquant le non-sens total, échoue à rendre son délire contagieux. Oui, c’est volontairement idiot. Oui, c’est assumé. Mais une fois qu’on a compris le concept, il ne reste rien à quoi s’accrocher. Ni suspense, ni tension, ni même véritable rythme comique. Ce genre de projet peut parfois engendrer un petit bijou d’humour absurde (One Cut of the Dead étant l’exemple canonique), mais ici, c’est un pétard mouillé.

Hi-Five
Présenté comme une superproduction pop à la coréenne, Hi-Five ambitionne gros… mais livre peu. L’idée de départ — cinq patients d’un même hôpital acquièrent des pouvoirs télékinétiques — est amusante, mais le traitement est une copie carbone du moule hollywoodien. L’emballage est brillant, coloré, saturé de CGI, mais les enjeux sont fades, l’humour forcé et le cœur absent. On voudrait que la Corée se réapproprie le genre, comme elle l’a si bien fait avec le thriller ou le drame policier. Mais ici, on se contente d’imiter les blockbusters américains sans les transcender.

Stuntman
Hommage sincère, mais un brin trop nostalgique, Stuntman, des frères Leung, suit un ancien cascadeur (Stephen Tung Wai) de l’âge d’or du cinéma hongkongais reprenant du service dans une industrie qui n’a plus grand-chose à voir avec celle de ses jeunes années. Le film touche parfois juste, notamment lorsqu’il s’attarde sur les souvenirs de tournage ou l’amour du métier, mais il tombe trop souvent dans le mélo facile et la platitude scénaristique. Surtout, pour un film qui parle d’action, il manque… d’action justement. Quelques scènes de cascade isolées n’arrivent pas à compenser l’ensemble trop sage et trop larmoyant.
Avec Sham, Takashi Miike prouve une fois de plus qu’il n’est pas l’anarchiste incontrôlable que certains décrivent, mais un cinéaste capable de retenue et de justesse quand le sujet l’impose. Inspiré d’un fait divers, ce drame juridique raconte la chute d’un professeur accusé d’abus envers un enfant traumatisé. Oui, le film est un brin manichéen, parfois appuyé, mais la réalisation est solide et la performance de Go Ayano vient tout nuancer, tout habiter. On pense à La Chasse de Vinterberg, en plus feutré, moins corrosif, mais tout aussi humain.

Sham
Par le passé, le japonais Toshiaki Toyoda (9 Souls) nous a souvent habitués aux tripes cinématographiques débraillées, mais avec Transcending Dimensions, il pousse la machine encore plus loin. Véritable expérience sensorielle et spirituelle, ce film est un OVNI métaphysique, un délire cosmique entre rituel shamanique et cinéma expérimental. On pense à Kubrick, à Tsukamoto, à Richard Glenn en plein épisode de L’ésotérisme expérimental, avec une caméra. Ce n’est pas toujours clair, encore moins accessible, mais l’expérience est unique, habitée, parfois hypnotique. Le genre de film qui fait ricaner les uns et planer les autres.

Transcending Dimensions
On aime Don Lee. Vraiment. Il pourrait tabasser une armée de malfrats à mains nues et on resterait bouche bée. Mais Holy Night: Demon Hunters, dont le tournage a traîné depuis 2021, n’est pas à la hauteur de sa charismatique présence. Ce drame d’action fantastique à base de démons et de chasseurs secrets accumule les clichés, les effets numériques moches et les dialogues d’exposition sans âme. Même les scènes de combat sentent la fatigue, comme si le film lui-même regrettait d’exister. Triste gâchis pour une star aussi magnétique.

Holy Night: Demon Hunters
Bref, cette dernière portion du festival confirme ce que l’on savait déjà : l’Asie reste un vivier d’idées, de styles et d’auteurs singuliers, mais tout n’est pas or sous les néons. Entre deux ratages ou hommages trop appuyés, quelques œuvres lumineuses nous rappellent pourquoi on revient à Fantasia année après année. On se revoit en 2026, pour les 30 ans du festival. On espère alors un feu d’artifice digne de ce nom… et un peu moins de boules à mites.
