Frankenstein
P R I M E U R
Sortie
Vendredi 17 octobre 2025
Europe de l’Est, 19e siècle. Le Docteur Pretorious part à la recherche de Frankenstein, que l’on croyait mort dans un incendie quarante ans auparavant. Son but est de poursuivre les expériences du créateur du monstre, le Docteur Frankenstein.
COUP de ❤️
de la semain
| ANGLE |
CRITIQUE
Élie Castiel
★★★★ ½
Le mythe ressuscité
ou
Prométhée enchaîné
Dans le générique de fin, Guillermo del Toro indique que son film est une adaptation moderne de Mary Shelley’s Frankenstein; or, The Modern Prometheus (en français, Frankenstein ou le Prométhée moderne), expliquant le but initial de sa proposition. Ce Frankenstein est assurément l’une des plus belles promesses cinématographiques de l’année.
Del Toro, serait-il devenu soudainement grand romantique, autant dans sa vision de la Créature que celle du Créateur. Dans les Boris Karloff, deux entités qui finissent par se séparer, l’homme de science se rendant compte qu’il a créé un monstre. Ici, les rôles sont en quelque sorte inversé, ce qui permet à l’auteur du remarquable Le labyrinthe de Pan (El laberinto del fauno), duquel on retrouve dans le Frankenstein 2025 quelques éléments. Non pas pour se rappeler du film en question, mais pour expliquer que l’œuvre Deltoressienne est faite de genres qui s’entrecroisent, d’effets qui s’entrechoquent, de personnages pouvant s’interchanger. Comme dans ce dernier film où on se demande en fin de compte : qui des deux possède en lui une âme, la créature ou son géniteur ?
Effectivement, un géniteur car comme le cinéaste le conçoit, il s’agit dans tout ce processus de création à partir de parties humaines, moins mécaniques et outillées que dans les Frankenstein traditionnels, cette œuvre de chair prend une tournure des plus organiques. Le genre horreur est donc quasi relégué aux oubliettes, del Toro le transformant dans les séquences qui l’exigent en quelque chose de vigoureusement humain, comme si deux combattant s’affrontaient dans un lutte à n’en plus finir, sachant du même coup qu’il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu.

Une mécanique entre l’engagement scientifique et le rapport hérétique à Dieu.
C’est là aussi que résident les secrets du film romantique. Guillermo del Toro en est conscient et montre sa propension envers ce mouvement littéraire et artistique; mais qu’il se permet de fignoler à sa guise. L’aspect un peu désuet du romantisme s’accroche à la création scientifique par le truchement, d’une part, du personnage féminin de Elizabeth (magnifiquement campé par Mia Goth – sera-t-elle nommé aux Oscars (ou aux Golden Globes) comme actrice de soutien ? – de l’autre, par la Créature, plus Homme que bête (Jacob Elordi mérite haut la main une nomination aux Oscars (également aux Golden Globes). Non pas un monstre (à la Boris Karloff), mais tel un être de chair et de sang qui prouve qu’il a une âme peu de temps après qu’un des personnages du film se demande s’il en a une.
Peu de critiques en parleront, j’en suis convaincu, mais l’approche du cinéaste mexicain a suscité quelques débats, notamment chez ses admirateurs (ou fans, si vous préférez). À savoir qu’entre le Créateur et son invention, existe peut-être une relation homoérotique non avouée qui, bien entendu, ne se matérialise jamais, mais n’en constitue pas pour moins une sorte de lien paternel incestueux platonique. Certains bouts du dialogue, certaines prises de caméra semblent, du moins en ce qui me concerne, épouser cette théorie : au beau milieu du chaos de la création et bien avant ça, du prologue (un peu trop long à mon avis) donnant le coup d’envoi aux deux récits racontés, d’abord le point de vue de Victor Frankenstein, suivi de celui de la Créature.
La conclusion, d’une force dramatique déchirante, à en pleurer, montre jusqu’à quel point, à travers le poids de cette création scientifique particulière dépourvue de limites, folle, dépassant les lois de l’éthique et de la raison, ce monstre humain au masque de chair et de sang prouve jusqu’à quel point l’Être humain peut parvenir à des sommets rarement atteints. Mais peut-être que tout cela, ce n’est que du cinéma.
Il s’agit d’un récit subliminal sur la condition humaine, ses contradictions, ses excès sans limites, la science qui dépasse l’entendement, et surtout quelque chose qui transparaît très visiblement dans le film : l’Homme se mettant à la même place que Dieu, le Créateur selon la morale de toutes les religions, du moins des trois monothéistes. Sur ce chapitre, Guillermo del Toro ne semble pas trop insister, non pas par excès de tradition, mais étant conscient que toutes ces théories sur la question dépassent ses compétences.
La conclusion, d’une force dramatique déchirante, à en pleurer, montre jusqu’à quel point, à travers le poids de cette création scientifique particulière dépourvue de limites, folle, dépassant les lois de l’éthique et de la raison, ce monstre humain au masque de chair et de sang prouve jusqu’à quel point l’Être humain peut parvenir à des sommets rarement atteints. Mais peut-être que tout cela, ce n’est que du cinéma.
NB : Le ratio d’image est de 1.85: 1, tel que tourné. C’est à notre avis, le format à voir en salle.
FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Guillermo del Toro
Scénario : Guillermo del Toro, d’après le roman de Mary Shelley, Mary Shelley’s Frankenstein; or, The Modern Prometheus. Direction photo : Dan Laustsen. Montage : Evan Schiff. Musique : Alexandre Desplat.
Genre(s)
Drame frantastique
Origine(s)
Mexique / Canada
États-Unis
Année : 2025 – Durée : 2 h 30 min
Langue(s)
V.o. : anglais; s.-t.f.
Frankenstein

Guillermo del Toro
Dist. @
Ēquinoxe Films
Contact @
[ Netflix ]
Diffusion @
Cinéma du Musée
Cineplex
Cinémathèque québécoise
[dès le vendredi 24 octobre]
Classement
Interdit aux moins de 13 ans
[ Violence / Horreur ]
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
