Hofesh Shechter Company
@ Place des Arts

 

CRITIQUE
[ Danse ]

Élie Castiel

★★★★

Theatre of Dreams

 

Un Shechter où règne sans arrêt, la force de l’impulsion, à l’état brut, sans restriction ; une déconstruction de l’art chorégraphique où tout devient possible, où le banal côtoie le pur, et le pur se complaît à déstabiliser le moment, quelque chose de subversif.

Et plus que cela, le néant devient mouvement dansé, ne serait-ce que pendant quelques secondes, comme le prouvent ces manipulation de rideaux de scènes multiples qui s’ouvrent et se ferment à différents niveaux et donnent à l’obscur une force particulière.

À certains moments, les rideaux s’ouvrent totalement et la scène est le socle d’une spectacle dansé d’une rare émotion. Sur scène, une compagnie d’un peu plus de 10 danseurs et danseurs dont le principal but est de provoquer – on invitera l’assistance à un certain moment (une salle archicomble malgré la grève des transports en commun) qui répondra avec la même ferveur. Comme si ce qui leur était proposé jusqu’ici créait en eux et elles ce sentiment libérateur, conciliant, ouvert à tous les possibles. Liberté du corps, du mouvement, de cet espace entre le réel concret et l’éthéré qu’on refuse de voir dans la banalité du quotidien.

 

Euphorie virtuose

 

L’Israélien Hofesh Shechter, résidant à Londres depuis 2002 et fondateur de sa propre compagnie, sans aucun doute formé par l’école de pensée à la Ohad Naharin, aux mêmes origines, le prouve à chacune de ses présentations, du moins dans les chorégraphies présentées à Danse Danse. Le corps, devenant instrument de travail, outil de formation, quelque chose de manipulable par l’individu-même, suit une nouvelle cadence. L’exploration des possibilités ne sont plus des frontières infranchissables.

Toutes proportions gardées, un retour rapide aux origines.
Crédit : Tom Visser

Et une liberté de ton, de rythme, où rave, discothèque, street-dance, folklore israélien et proche-oriental juxtaposent leurs différents politiques pour offrir une espèce de bombe à retardement de l’entente, de l’harmonie et de la raison.

Et pourtant, Shechter ne semble pas, à première vue, politique, dans son cursus chorégraphique. Si les critiques (certains) perçoivent quelques bribes, à peine visibles de son possible engagement, c’est avec une prudence et un sens mesuré de la démonstration qu’il l’exprime.

Le spectacle virtuose… cette année relève non seulement de la puissance de la danse contemporaine, mais également de cet état d’esprit de réconciliation qui ne peut être atteint que par la supériorité de la création artistique.

Le programme nous indique qu’il s’agit d’un « voyage onirique qui nous chavire du chaos à la beauté ». Justement, un chaos que vous devinez et qu’entre les mains et l’inspiration touchante et imaginative du chorégraphe, se permet de multiple tours de prestidigitation dont on devine les véritables intentions.

Le spectacle virtuose qu’il propose cette année relève non seulement de la puissance de la danse contemporaine, mais également de cet état d’esprit de réconciliation qui ne peut être atteint que par la supériorité de la création artistique.

Durée
1 h 45 min
(sans entracte)
Diffusion & Billets
PdA
Jusqu’au 08 novembre 2025
20 h

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]