How to Save a Dear Friend :
Formules pour sortir-au-jour
@ Espace GO
CRITIQUE
[ Scène ]
Élie Castiel
★★★★
Dans la proposition iconoclaste de la Canado-égyptienne Mireille Selwanes Tawfik, quelque chose d’anti organique, reposant uniquement sur l’intellect, comme un conscient reconstitué suite à une crise existentielle.
L’univers mental qu’elle crée est purement de l’ordre de la rupture, le mouvement désorganisé, la mise en chantier de tout un appareillage scénique qui nous rappelle (est-ce le fruit du hasard ?), le travail percutant du Grec Manolis Antoniou, que nous avons vu un ou deux jours avant à Espace Libre – Petits appareils / Small Appliances), privilégiant également les deux langues dans le titre. Dans les deux cas, ce n’est guère un hasard, mais une déclaration qui consiste à élucider la complexité des nouveaux arrivants en matière de langues ; le bilinguisme est-il vivable ?
Quant à ces « formules pour sortir-au-jour » dans le cas présent, il est plus hasardeux de saisir la signification de tout ce qui se passe sur scène, tant les codes de la dramaturgie sont constamment remis en question, intentionnellement bousculés comme si de rien n’était. Ça ressemble à un exercice thérapeutique en vue d’une réconciliation avec soi, avec l’autre, avec la vie.
La
crise existentielle
comme
arme de résistance
Bien entendu, tout cela vient d’un traumatisme vécu il y a longtemps par l’autrice et metteuse en scène, dont les détails sont expliqués dans le programme qu’on retrouve sur le site Internet du GO.
Il y a la vie, la mort, l’homosexualité d’un membre de la famille, source de toutes les tensions dans tous les pays du Moyen-Orient, sauf un, mais vu les temps présents, on préfère ne pas le nommer. Mais on ne verra pas rien de cela sur scène ; c’est du domaine de l’intention.
Dans ce spectacle hors de l’ordinaire, ces fissures, ces cassures lézardées à l’état intérieur de soi sont assez envahissantes que seule la création peut résoudre. Un battement du cœur qui relève, dans ce cas-ci, du conscient qu’il faut réactiver pour rendre la proposition possible.
La mise en scène, ou plutôt mise-en-exécution d’une situation complexe, consiste à déformer la réalité par le biais d’un processus de contextualisation fort abscons, alambiqué même, processus également essentiel pour mener à bien l’hypothèse dont il est question. Tous les moyens sont bon, même les plus bizarres.

Comme une sorte de renaissance allégorique.
Crédit : Maryse Boyce
Tours de passe-passe sournois et efficaces, mouvements circassiens dont un surprenant tour de magie – mettant aussi au premier plan le Libanais Radwan Ghazi Moumneh ; à un moment donnée dans le récit, il manipulera magnifiquement l’instrument du buzuq (qui aurait dû être largement applaudi).
Détail important qui passe inaperçu, ces deux ou trois moments où on cite le magnifique film de la Tunisienne Kaouther Ben Hania, Les filles d’Olfa (Banāt ‘Ulfa) et que sans doute, il aurait fallu mettre plus en évidence vu la proposition dont il est question.
Dans tout ce brouhaha de magnifiques dispositions scéniques, dont ce tapis oriental, source de tous les combats internes et en même temps reliant les « personnages » à leur première condition familial, subitement, à quelques reprises, une « voix humaine », comme descendue du passé, qui, toujours sur le même temps attendrissant, commence par un j’espère-que-tu-vas-bien habituel, et un « rappelle-moi-quand-tu-auras-le temps » passablement plus insistant.
La mise en scène, ou plutôt mise-en-exécution d’une situation complexe, consiste à déformer la réalité par le biais d’un processus de contextualisation fort abscons, alambiqué même, processus également essentiel pour mener à bien l’hypothèse dont il est question. Tous les moyens sont bon, même les plus bizarres.
Mais cette absence de l’espace scénique, de façon brillante, se transforme en petite lueur éclatante, sur fond de scène, marquant pour ainsi dire que la thérapie à deux voix semble avoir fonctionner. Et pour rendre ce curieux discours de la méthode aussi pertinent que nécessaire, deux interprètes de talent qui n’ont aucune gêne de jongler dans l’absurde.
Quant aux commentaires sur Osiris, Isis et Seth, chaque spectateur fera ses propres conclusions.
Et à titre personnel, deux ou trois mélodies arabes d’une sensualité décomplexée.
FICHE ARTISTIQUE PARTIELLE
Texte & Mise en scène
Mireille Selwanes Tawfik
Assistance à la mise en scène
Marguerite Hudon
Interprètes
Mireille Selwanes Tawfik
Radwan Ghazi Moumneh
Dramaturgie
Yohayna Hernández
Décor & Costumes
Pénélope Dulude-de-Broin
Éclairages
Catherine Fée-Ageon
Musique
Radwan Ghazi Moumneh
Durée
1 h 50 min
[ Sans entracte ]
Public cible (suggéré)
Déconseillé aux jeunes enfants
Diffusion & Billets
Espace GO
Jusqu’au 08 novembre 2025
Affiche COMPLET, mais dû à la grève
des transports, tentez votre chance.
ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. ★ Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]
