Kyuka : Avant la fin de l’été

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 12 septembre 2025

RÉSUMÉ SUCCINCT
L’été. Une famille de trois personnes, un père célibataire et ses jumeaux, se rendent sur l’île de Poros sur le bateau familial pour leurs vacances. Les jumeaux rencontrent, à leur insu, leur mère biologique qui les a abandonnés lorsqu’ils étaient bébés.

Le FILM
de la semaine

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★★

Dolce farniente

à la grecque

 

Le cinéphile en lui transparaît chez le Grec Kostis Charamountanis dans son premier long métrage, tant les références à des auteurs contemporains sont si subtilement évoquées qu’il est préférable de ne pas les nommer. Même si, de loin, la légèreté de ton et parfois l’angle de comportement des individus, clinique, de son compatriote Yorgos Lanthimos (Canine / Kynodontas en particulier) me paraît concevable.

Pour la petite histoire, Kyuka est en quelque sorte le prolongement, des années plus tard, de son court Kiókou, avant que vienne l’été (Kiókou prin érthei to kalokaíri, 2018), comme si du coup, ayant atteint une certaine maturité, il lui était possible de parler de la famille. Sauf qu’il s’agit d’une famille où la mère a laissé tomber les deux enfants (une fille, un garçon), au soin du père. Inutile de raconter la suite puisque le film présent est surtout sur la mise en scène, les possibilités qu’elle offre pour la déconstruire, lui donner la possibilité de développer sa propre logique, au gré du tournage, comme si le scénario, dans un sens, n’existait pas, rendant transformant l’expérience cinématographique en quelque chose entre le cinéma et les sensations.

Puisque Kyuka : Avant la fin de l’été exprime surtout des perceptions. La mer autour, le soleil, la Grèce rêvée servant de lieux privilégiés pour cette sorte d’ode à la nonchalance et au fourre-tout. Un film loin d’être parfait, et Charamountanis en est totalement conscient. Un film fait de mouvements saccadés, d’autres de silences, ou d’échanges de paroles sans véritable importance. Cette Dolce farniente à la grecque suspend le temps, film d’aujourd’hui, certes, mais sans aucun signe de l’époque précise. L’intemporalité l’emporte sur la raison, suspend les personnages comme si la mer, immuable dans l’espace et le passage du temps, se chargeait de les immobiliser.

Comme s’ils se connaissaient depuis toujours.

Kostis Charamountanis est un intellectuel assumé et ne se prive guère de nous le faire savoir.

Le format 16 :33, expressément utilisé, l’objectif souvent à l’épaule, le faux 16 mm, ou peut-être construit en IA (aucune preuve là-dessus), ces éléments filmiques renvoient à une expérience visuelle et sonore enrichissante, faisant de cet essai, un film à part.

Mais on ne peut passer sous silence, le retour de « la mère manquée » et la présence du « père édifié » qui, contrairement à certaines critiques, ne semble pas avoir de problèmes avec l’identité sexuelle de son fils. Au contraire, le réalisateur génère souvent des ambiguïtés, suggérant même des glissements qu’on constate en regardant de près.

L’intemporalité l’emporte sur la raison, suspend les personnages comme si la mer, immuable dans l’espace et le passage du temps, se chargeait de les immobiliser.

Pour cadrer tous ces visages, des comédiennes et des acteurs convaincus de l’importance de leurs personnages hors du commun. En premier lieu, à mon avis, Simeon Tsakiris (Babis, le père) et Elena Topalidou (Anna, la mère), qui lors de leur retrouvaille s’emploient à donner à la caméra l’ordre de les cadrer avec une sensibilité inhabituelle. Et bien entendu, Konstantinos Georgopoulos (Konstantinos) et Elsa Lekakou (Elsa), tous deux conservent leur prénom, comme si ce signe identitaire était le prolongement de leur intimité.

La continuité du récit, la plupart du temps, respectée, se permet quelques retours en arrière où on perd parfois la logique. Peu importe cette situation car nos yeux sont rivés sur eux deux (lui, très visiblement gai), conscients que leur jeu et leur implication dans le film reflète totalement la vision du cinéaste.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Kostis Charamountanis

Scénario : Kostis Charamountanis. Direction photo : Konstantinos Koukoulias. Montage : Kostis Charamountanis, Lambris Haralambidis. Musique : Kostis Charamountanis.

Genre(s)
Drame
Origine(s)
Grèce / Macédoine du Nord
Année : 2025 – Durée : 1 h 46 min
Langue(s)
V.o. : grec; s.-t.f. & s.-t.a.
Kyuka : Before Summer’s End
Kioúka prin to télos tou kalokairioú

Kostis Charamountanis

Distributeur @
Ritual Films

Contact @
[ Heretic ]

Diffusion @
Cinéma du Parc

Classement
Visa GÉNÉRAL

 

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]