Le Point |.| 40
du Ven 03 au Jeu 09 oct 2025
Bollywood ou la politique de l’autruche
Notre critique Luc Chaput auquel nous en sommes reconnaissants a eu la bonne idée de nous faire parvenir un article sur le nationalisme indien à Bollywood. Étude rédigée par le chercheur Sahasranshu Dash dans le site Internet du Monde (25 septembre 2025). Bien que nous jugeons sa thèse bien appuyée, films à l’appui, ce phénomène est sans doute très récent et se manifeste particulièrement aux films à caractère politique et mettant en exergue les conflits entre les communautés indienne et musulmane.

Modi… pas vraiment. Un acteur
l’incarnant pour le bien du pays.
Comme c’est le cas des films en provenance de Chine, ces derniers temps, les récits abordent avec grand renfort d’animosité des Japonais envers les Chinois au cours de la Seconde Guerre mondiale et les quelques années qui ont suivi. Grands succès de la part de la communauté chinoise de Montréal qui, pour la plupart des ressortissants, affichent un penchant pour la Chine Actuelle.
Le cas indien est d’autant plus complexe, ou du moins, nous semble ainsi dans la mesure où les divers codes hiérarchiques sociaux représentent le Modus Vivendi du pays, aujourd’hui, le plus peuplé du monde ; un lieu du monde ayant bâti son indépendance avec le départ des Anglais. D’où un nationalisme ancré dans l’ADN des individus, bien que l’obstacle principal est celui de la foi. Hindou ou Musulman ? Entre les deux, une lutte à n’en plus finir qui, entre les mains des cinéastes indiens, a produit auparavant des films réconciliateurs ; des drames romantiques ou sentimentaux ont largement été couverts dans des œuvres majeures. Mais ces derniers temps, la gérance de ce conflit a pris des tournures patriotardes, souvent jusqu’à l’excès, comme c’est le cas dans la plupart des films indiens.
Nous ne pouvons conclure que part un retour souhaité à Bollywood de cette valeur humaine qui faisait de ces films des exemples grand public pour l’assertion d’un possible partage des diversités sociales et politiques.
Mais ce qui frappe davantage dans ces films récents, c’est bel et bien le degré de véracité qu’ils projettent. Les scénarios se basent-ils sur des faits réels, et si c’est le cas, peut-être néanmoins déconstruisant les faits pour favoriser le bien-fondé de la thèse dont il est question. Des films récents comme The Bengal Files ou antérieurement The Kashmir Files (le mot Files lui concède un certain sérieux) que nous avons vu, mais sans texte critique, reflétaient cet état d’esprit ultra-nationaliste ne laissant aucune porte ouverte à la réconciliation.
Nous ne pouvons conclure que part un retour souhaité à Bollywood de cette valeur humaine qui faisait de ces films des exemples grand public pour l’assertion d’un possible partage des diversités sociales et politiques.
Mais comment l’intégrer dans cette machine à illusion dont les principaux ingrédients reposent autour d’un amour de la patrie démesuré. Comme si on se mettait la tête dans le sable sans possible réapparition.
Élie Castiel
Rédacteur en chef
