Le point |.| 48
du Ven 28 nov au Jeu 04 déc 2025

Les sociétés

du spectacle

En 1967, Guy Debord publie le brûlot, le manifeste subversif sur la société de consommation et autres afféteries de dynamique de masse. De gauche, comme il se doit, théoricien, essayiste, poète à ses heures, il n’évite pas les complications textuelles. Pour certains, et ils sont nombreux, un véritable « emmerdeur » qui veut se faire remarquer.

Suivre la cadence du temps.

Pour l’époque, seuls les adeptes s’y intéressent, le texte étant trop hermétique, sinueux, même si un an plus tard, les mai 68 ont lieu un peu partout en Europe et en Amérique, d’une autre façon. Comment réfléchir sur la question en fonction de l’état actuel des choses ?

Pour les besoins de notre Point hebdomadaire, nous préférons accorder le pluriel au titre de ce pamphlet, pour signifier que non seulement l’Occident participe de cet engouement pour le divertissement en tous genres comme une façon de mettre en doute la finitude, comme si, en fin de compte, la mort nous donnait le choix, mais également à travers une série de relations publiques bien orchestrées qui, médias influents obligent, participent à une véritable industrie du divertissement.

Si les cinémas, hormis les films « très grand public » arrivent à remplir les salles, d’autres se voient obligés par les exploitants de limiter le nombre de séances. La cinéphilie n’est plus la même qu’autrefois. Elle a simplement changé ses priorités.

Les arts vivants, de la scène, produisent plus d’effet. Sans doute que l’approche direct avec la physicalité demeure un facteur important. D’autant plus que remplir les salles de spectacle serait en soi un rassemblement important, comme un rituel de célébration. Quant au cinéma, certains (plusieurs) trouvent refuge dans la manne incroyable de festivals de films de tout acabit. D’autant que certains films proposés ne seront jamais distribués localement et ne sortiront donc pas, à moins d’attendre leur disponibilité en DVD (si cela existe encore) ou streaming, si c’est le cas.

Ces sociétés du spectacle existent encore, mais en plus grande mesure, et se diffère du temps de Debord. La retenue n’est plus une vertu, la quantité l’est. Des sociétés du spectacle qui, dans un sens, culminent vers une perte des vrais valeurs, s’accordent en nombre et en nombre pour ne pas s’interroger sur le phénomène et finalement, se dirigent vers une voie sans issues propice au dérèglement social.

Élie Castiel
Rédacteur en chef