Le serment d’Hippocrate

P R I M E U R
Sortie
Vendredi 12 décembre 2025

RÉSUMÉ SUCCINCT
Au Québec, les professionnels de la santé venus de l’étranger se heurtent à des obstacles constants, confrontés à des barrières systémiques et à des sacrifices personnels durant presque 15 ans afin de faire reconnaître leurs compétences. Et pourtant…

 

ANGLE
| CRITIQUE |
Élie Castiel

★★★

 

« La non-reconnaissance des acquis »

 

Le nouveau documentaire de la québécoise d’origine algérienne Nadia Zouaoui est essentiel si l’on suit l’actualité de près. Le « ça passe ou ça casse » auquel les médecins du Québec sont confrontés depuis quelque temps s’immisce indirectement dans la proposition responsable de la documentariste. La non-célèbre Loi 2 (ou, jusqu’ici, projet de loi 2), avec toutes ses clauses et provisions remettant en question la qualité des soins de santé, déjà fragilisée depuis un certain temps, entre indirectement en ligne de compte avec cet intéressant documentaire.

Entre ce projet du gouvernement provincial hautement contesté et Le serment d’Hippocrate, quelque chose qui a à voir avec la pénurie de médecins au Québec, en dehors du secteur privé. Le film arrive d’ailleurs de plein fouet au milieu de ce marasme médicalo-financier qui risque d’envenimer la situation des soins apportés aux contribuables, eux, dans un sens, les vrais vrais-perdants.

Et si le film de Zouaoui n’était après tout qu’un avant-goût, comme si du coup, la cinéaste avait prédit que cette situation dans le domaine de la santé arriverait à se produire tôt ou tard.

L’approche envers les patients varie-t-elle d’un pays à l’autre ?

Pénurie de médecins ?

D’où le titre alarmiste de notre texte, une citation prise parmi les interventions d’un des quatre protagonistes, deux hommes, l’un de France, l’autre d’Algérie et deux femmes d’Amérique latine.

Qui sont-ils : Dr. Abdelkarim Laribi, médecin généraliste d’Algérie ; Dr. Gilles Carruel, médecin urgentiste de France. Elles : Dre Daniela Pujol, anesthésiologiste d’Argentine et Dre Fernanda Pérez Gay Juárez, médecin généraliste du Mexique.

Les quatre ont choisi le Québec comme terre de prédilection. Probablement en raison de sa latinité innée. Néanmoins, entre les promesses et la réalité, une paperasse à non plus finir où les rêves finissent par se cogner la tête contre les murs de la matérialité du quotidien. Se transformant ainsi en une course contre la montre où ce que l’on croyait se réaliser se fige dans le temps, sans véritable issue. Ils sont tous mariés, ont des enfants. Leurs conjoints ou conjoints sont d’ici et partagent de toute évidence leurs angoisses quant à leurs carrières.

Zouaoui s’approchera de personnalités sises dans des associations de médecins qui, en fait, ne partagent pas de solides argument, affichant des phrases creuses qui ne mènent à rien. Comme si du coup, les problèmes liés à l’intégration totale des médecins de l’étranger postulants un poste au Québec ne signifiait plus rien.

On retiendra les propos subversifs d’Amir Khadir, infectiologue bactériologiste. Même, si dans mon cas, à quelques rares exceptions, je suis à des années-lumière de son idéologie politique (car lui aussi aime mêler politique et questions sociales) il n’en demeure pas moins que ses arguments, dans ce cas-ci, tiennent la route. Sans se gêner, fidèle à ses habitudes, il pointera du doigt cette notion tant contestée de discrimination systémique en ce qui a trait à l’étranger. Dans certaines sociétés du monde, elle existe aussi à des degrés différents.

Si le documentaire parvient à convaincre, c’est par cette attachement à filmer les visages. Aucune mise en scène traditionnelle, la caméra est à l’état brut, filmant tel quel, sans illuminer les moments. Simplement laisser parler les intervenants sans passer par quatre chemins.

On retiendra les propos subversifs d’Amir Khadir, infectiologue bactériologiste. Même, si dans mon cas, à quelques rares exceptions, je suis à des années-lumière de son idéologie politique (car lui aussi aime mêler politique et questions sociales) il n’en demeure pas moins que ses arguments, dans ce cas-ci, tiennent la route. Sans se gêner, fidèle à ses habitudes, il pointera du doigt cette notion tant contestée de discrimination systémique en ce qui a trait à l’étranger. Dans certaines sociétés du monde, elle existe aussi à des degrés différents.

Mais on aurait aimé que Zouaoui livre d’autres questions comme celle relevant de l’immigration de plus en plus considérable à laquelle est confronté l’Occident, ainsi que le vieillissement de la population.

La réponse se trouve indiscutablement dans la prise de conscience selon laquelle le Québec a une pénurie de médecins, prenant ainsi fait et cause de la thèse hautement valable de Nadia Zouaoui.

FICHE TECHNIQUE PARTIELLE
Réalisation
Nadia Zouaoui

Scénario : Nadia Zouaoui. Direction photo : Laurence Turcotte-Fraser. Montage : Karim Haroun. Musique : GERVAIS.

Genre(s)
Documentaire
Origine(s)
Canada [Québec]
Année : 2025 – Durée : 1 h 15 min
Langue(s)
V.o. : français
Le serment d’Hippocrate

Nadia Zouaoui
Crédit : Mohand Belmellat

Dist.
Les Productions Nadiaz
Contact / Prod.
[ Nadiaz Distribution ]

Diffusion 
Cinémathèque québécoise

Classement (suggéré)
Visa GÉNÉRAL

ÉTOILES FILANTES
★★★★★ Exceptionnel. ★★★★ Très Bon. ★★★ Bon.
★★ Moyen. Sans intérêt. 0 Nul.
½ [ Entre-deux-cotes ]